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Le débat sur la TVA sociale fait son grand retour



(Easybourse.com) Le financement de la sécurité sociale constitue un véritable casse tête, quel que soit le parti au pouvoir, et ce depuis longtemps. Pour 2007, pour la première fois, les recettes affectées à la sécurité sociale représentent la fracassante majorité des prélèvements obligatoires. Face à ce gouffre abyssal (les dettes de l’Etat à l’égard de la sécurité sociale s’élèvent à plus de 5 milliards d’euros au 30 juin 2006), le dilemme reste le suivant : réduire les prestations ou augmenter les cotisations. Par son rapport sur « l’Etat et la sécurité sociale : quels prélèvements obligatoires pour quels besoins collectifs ? », présenté au palais du Luxembourg le 25 octobre, le sénateur Marini tente d’apporter une réponse à la question.


Selon Jean Arthuis, président de la commission des finances du Sénat, «beaucoup d’espoir avait été fondé suite à l’annonce faite par le président de la République le 31 décembre 2005, sur le  fait qu’il fallait financer autrement la sécurité sociale. Aujourd’hui rien n’a avancé, on est dans un véritable statut quo. Il fallait relancer le débat. Ce rapport y contribue de manière positive».

Dans le cadre du débat consolidé sur la loi de finance, ce rapport, essentiellement consacré au financement de la protection sociale, est une sorte de «bilan décennal d’une méthode». «Cet automne nous arrivons au 10ème anniversaire de la révision constitutionnelle de 1996 qui a ouvert la voie à la loi de financement de la sécurité sociale», précise Philippe Marini, rapporteur général à la commission des finances du Sénat.

Le constat principal du rapport

Il explique que «l’imbrication Etat-Sécurité sociale est devenue illisible, cette illisibilité étant une véritable fuite du gouvernement devant ses responsabilités». Aussi, il y a lieu de réagir face à l’interpénétration croissante des finances de l’Etat et de celles de la sécurité sociales.

Les impôts et taxes affectés représentent une place croissante dans le mode de financement de la sécurité sociale. Cette place croissante s’exprimant d’avantage pour certains risques comme la famille et la maladie.
La part des cotisations sociales dans le total des ressources de la Sécurité sociale est passée de 90% en 1987, à 60% aujourd’hui. A l’inverse, les impôts et taxes affectés représenteront 28% en 2007, contre 5% en 1991 et 3% en 1978.
Cette augmentation est due d’une part à l’accroissement de certaines recettes (notamment l’élargissement de l’assiette de la contribution sociale généralisée dans le cadre de la loi relative à l’assurance maladie) et en raison d’un transfert accru des recettes de l’Etat.

Conséquence, au cours du mandat législatif qui s’achève, à l’intérieur du taux de prélèvements obligatoires qui a légèrement augmenté, de l’ordre d’un point environ, s’est opérée une déformation : la part relative à la sécurité social ayant sensiblement augmenté et la part relative à l’Etat ayant sensiblement diminué. 

Les enseignements tirés de ce constat  

Selon Jean Arthuis, «l’idée de résoudre le problème du financement de la sécurité sociale par le système de la valeur ajoutée est sans avenir. Cela conduit à créer une autre taxe professionnelle qui encouragera les entreprises à aller ailleurs.  On ne peut prétendre être un pays innovant et compétitif, favoriser l’innovation et déplacer la charge de la protection sociale vers la valeur ajoutée, c’est complètement antinomique. Taxer la production, c’est forcément programmer la délocalisation d’une partie de cette production».

L’alternative proposée met alors en lumière la nécessaire instauration de la TVA sociale. Autrement dit et si l’on reprend l’expression de Didier Pillet, directeur de l'information à Ouest France, «un moyen de trouver les fonds nécessaires pour colmater les brèches sans augmenter les charges des entreprises et le coût du travail qui sont les deux facteurs majeurs de la délocalisation ou de la non localisation des entreprises».

La TVA sociale semble donc être «la solution». «Cela fait plusieurs années qu’on le dit et on le répète parce que nous pensons réellement que c’est la meilleure solution», déclare Philippe Marini.
Jean Arthuis d’ajouter «si l’on continue à maintenir un statut quo en ce qui concerne le financement de la sécurité sociale ou si on décide d'augmenter les charges sociales, le risque est grand de voir les emplois, les talents et les capitaux nous échapper. Le péril résidera alors dans la compétitivité internationale de nos entreprises»

Des simulations avaient été faites concernant la TVA sociale par les conseillers économiques du premier ministre. Mais, «cet exercice portait sur un volume beaucoup trop faible : un transfert de moins de 10 milliards de cotisation alors que le volume global est de 150 milliards d’euros. Un tel transfert ne peut escompter aucun résultat significatif et aucune amélioration importante de la compétitivité des entreprises. Si on souhaite poursuivre l’examen de cette formule, il faut travailler sur un volume beaucoup plus important pour initier une nouvelle donne du financement de la sécurité social. Un exercice avait été réalisé par la commission des finances, un point de PIB, soit 15 milliards d’euros. Il faut une environ 20 milliards si l’on veut impacter un peu la logique économique», indique le rapporteur général.

Jean Arthuis de compléter : «ce que nous proposons, ce n’est pas une solution miracle, elle n’est pas parfaite, mais quelles sont les autres solutions proposées qui soient structurelles et d’avenir ? Une simulation ne remplace pas la décision politique : un élément immatériel qui repose sur une conviction et un élément immatériel fondamental qui est la confiance».

I.H.

Publié le 27 Octobre 2006 Copyright © 2006  Retour à l'accueil
 
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« Un enjeu majeur pour les présidentielles»

«Un débat aura lieu sur le sujet le 6 novembre. Je souhaite vraiment que ce débat soit un grand moment de débat parlementaire et que des analyses et des propositions en ressortent. Je crois que les conditions optimales sont réunies pour que nous puissions tracer des pistes et sortir de ce statu quo qui fait que chaque année, on s’enfonce un peu plus. On aborde là une question qui était presque tabou jusqu’à présent.

L’actuel gouvernement n’est pas le bon interlocuteur pour traiter de ce sujet. Ce sujet de débat public doit de préférence être abordé et traité pendant la compagne présidentielle.
Si la mesure de la TVA sociale n’est pas envisagée par les candidats de la présidentielle, alors ce sera très inquiétant
».

«Un sujet de combat pour les parlementaires»

« Nous arrivons véritablement aux limites du compromis de 1996 qui concerne l’adoption de loi de financement de la sécurité sociale. Une étape a été dépassée par le fait que les croisements des modes de financement sont devenus inextricables. Le fait d’affecter de plus en plus d’impôt au financement de la sécurité sociale rend nécessaire une implication plus importante du Parlement. Or aujourd’hui le parlement ne sait même plus véritablement ce qu’il vote ».
Structure de financement de l’ensemble des régimes de base et régime général en 2007 (en milliards d'euros)

Tout seul dans l'aventure ?

La commission des finances du Sénat représentée par Jean Arthuis, son président, et Philippe Marini, son rapporteur général, serait elle toute seule dans l’aventure ?

L’idée de la TVA sociale avait été enterrée à deux reprises par Edouard Balladur, alors premier ministre, en 1993 et Jean Pierre Raffarin, alors premier ministre, en 2004.

Lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2006, le gouvernement, par la voix de son porte parole et ministre du budget Jean François Copé, s’est opposé au Sénat à deux amendements visant à créer cette fameuse TVA, en pointant le risque d’une spirale inflationniste

Un des plus fermés à la TVA social semble être Alain Madelin, député UMP d’Ile et Vilaine. Dans sa lettre des libéraux du 21 octobre 2005, l’ancien ministre indique que «cette alchimie fiscale de la transmutation des charges sociales en TVA ne permettra pas de lutter contre les délocalisations et le chômage».

A gauche, les partisans sont encore moins nombreux. Dominique Strauss Kahn, ancien ministre de l’économie et des finances, député socialiste du Val d’Oise, «dénonce un facteur d’injustice car tous les consommateurs sont taxés de la même manière quel que soit leur revenu».

En 1998, puis en 2001, le gouvernement de Lionel Jospin avait par deux fois rejeté la proposition.

La CGT s’y oppose également en invoquant «l’apport d’inégalités au détriment des familles modestes sans apporter un surcroît d’emploi».

Selon Pascal Salin, économiste français et professeur à l’université de Paris Dauphine, «le projet est ridicule et dangereux». Il qualifie la TVA social de «petit monstre».
«Le projet supposerait une augmentation du taux de la TVA d’une ampleur considérable probablement incompatible avec les engagements européens de la France ». Par ailleurs, il ajoute que «les cotisations sociales et la TVA reposent très largement sur la même assiette fiscale, de telle sorte qu’en passant de l’une à l’autre, on changera essentiellement le nom de prélèvement fiscal mais pas la réalité».

Mais il semble tout de même, comme le précise Jean Arthuis, que «l’idée fait son petit bout de chemin». En témoigne le revirement de certaines personnes clé du Medef, comme Denis Gautier Sauvagnac, le président de la branche de métallurgie du Medef.
En témoigne également la pleine adhésion du Conseil d’analyse économique du premier ministre.

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