L’Internet est un lieu propice à la propagation et à l’affabulation. Chacun peut y aller de son lyrisme satirique pour pasticher «Petit Papa Noël», qui, sous le clavier, de certains se transforme sans trop d’imagination en «Petit Papa Coca».
Haro sur la légende urbaine s’insurgent d’autres, arguant que le Père Noël existait bien avant que Coca-Cola l’utilise dans l’une de ses publicités en 1931. Selon Pascal Ory, historien français et professeur d’histoire culturelle à la Sorbonne, le célèbre barbu « est antérieur à Coca-Cola », qui, en 1931, n’a fait qu’exagérer le rouge et blanc du vieux bonhomme » apparu dans un poème de Clément Clarke Moore.
Le clerc américain écrivit en 1821 un conte de Noël pour ses enfants intitulé «The night before Christmas» (La veille de Noël) dans lequel le Père Noël apparaît dans son traîneau tiré par des rennes.
Ce même auteur rédigea un texte intitulé «A Visit From St Nicholas» (la visite de St Nicolas) qui parut dans le journal Sentinel de New York le 23 décembre 1823. Ce texte parlait de lutins qui distribuaient des cadeaux aux enfants par la cheminée et se déplaçaient dans une carriole tirée par huit rennes. Le récit fut traduit en plusieurs langues et diffusé dans le monde entier.
En 1863, le dessinateur Thomas Nast imagine dans le Harper's Illustrated Weekly, un autre journal new-yorkais, un Père Noël rubicond. Plus tard, en 1904, on retrouve le Père Noël dans les noms propres du Nouveau Larousse illustré.
Le Père Noël, cet émigré hollandais, descendant de Saint Nicolas
Comme le souligne Pascal Ory, «le 24 décembre est la rencontre entre le Saint Nicolas, Santa Claus en anglais, et la tradition (les rites scandinaves du Renouveau, les saturnales chez les Romains, la fête de fous au Moyen-Age, etc.)» .
Avant que le 25 décembre ne devienne officiellement la fête de la nativité de Jésus, on dénombrait 66 fêtes païennes qui célébraient le passage victorieux de la lumière sur les ténèbres.
En Europe, les rituels liés à l'approche de l'hiver sont ancestraux. Une tradition païenne voulait que, pour exorciser la peur de l'obscurité, les jeunes hommes se griment et aillent de maison en maison pour quémander des offrandes. Le vieux qui présidait ce cortège était alors appelé Noël dès le XIIe siècle en France. Au Moyen-Age, l'Église catholique décide de remplacer les figures païennes par des saints. Saint Nicolas est alors présenté comme le saint protecteur des enfants.
En mémoire, le 6 décembre de chaque année - essentiellement dans l'Est et le Nord de la France, en Allemagne, en Suisse, au Luxembourg, en Belgique, en Hollande, en Russie, en Pologne, etc. - un personnage, habillé comme on imaginait que Saint Nicolas l'était (grande barbe, crosse d'évêque, mitre, grand vêtement à capuche), va alors de maison en maison pour offrir des cadeaux et des friandises (fruits secs, pommes, gâteaux, bonbons, chocolats et surtout, de grands pains d'épices représentant le St Evêque) aux enfants sages.
St Nicolas est souvent accompagné du Père Fouettard qui, vêtu d'un grand manteau noir avec un grand capuchon et de grosses bottes, n'a pas le beau rôle puisqu'il distribue des coups de trique aux enfants pas sages et donne aussi parfois du charbon, des pommes de terre et des oignons.
Marjorie Encelot