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Dossier
Les sociétés de biotechnologie envahissent la bourse
(Easybourse.com) Elles sont aujourd’hui onze à battre le pavé des places boursières, alors que trois ans auparavant, seules six d’entre elles étaient cotées. Depuis 2005, les sociétés de biotechnologie françaises, communément appelées «biotechs», ont pris du galon sur les marchés financiers, se valorisant à 2,4 milliards d’euros.
Dramatiquement vide il y a moins de trois ans, le compartiment des valeurs biotechnologiques est devenu depuis, l’un des pôles les plus dynamiques de la bourse française.
La palme capitalistique revient sans conteste à l’entreprise franco-italienne Nicox (introduite en novembre 1999), dont la valorisation boursière caracole à presque 900 millions d’euros (elle a été multipliée par six en un an), suivie de près par la société strasbourgeoise Transgene (mars 1998), dont la capitalisation tourne aux alentours de 420 millions d’euros. Quant à ExonHit Therapeutics, introduite plus récemment sur Alternext (décembre 2005), elle pèse 216 millions d’euros, à comparer avec d'autres petites nouvelles comme BioAlliance Pharma, 115 millions d’euros (IPO en décembre 2005), Innate Pharma, 136 millions d’euros (octobre 2006), Cellectis, 128 millions d’euros (février 2007), etc. L’ensemble de ces capitalisations atteint quelque 2,4 milliards d’euros. La dernière société du secteur à avoir été introduite en bourse est Vivalis, société nantaise qui développe et commercialise une technologie à base de cellules souches embryonnaires. «On commence à créer en France, mais aussi en Europe, un marché d'une certaine taille», s'est réjoui Michel Finance, PDG de la société de biotechnologie Flamel, cotée depuis 1998 sur le Nasdaq, et administrateur de France Biotech, l'association françaises des entreprises du secteur, lors d'une rencontre fin juin entre entreprises cotées et analystes. D'ailleurs, «la création d'un indice va se faire sur Euronext», a-t-il poursuivi. Cédric Moreau, analyste chez Ixis Securities, pour qui «on peut désormais parler de secteur biotechnologique», a attesté d'un «momentum très intéressant», à comparer avec cinq ans d'«une traversée du désert» sans «véritables levées de fonds».
Un secteur attractif pour les actionnaires
Même si les horizons de rentabilité sont lointains et la compréhension du secteur pas toujours évidente, l’attractivité des valeurs biotechs ne cesse de se confirmer depuis le début de l’année, en dépit d’une volatilité encore très importante. Ainsi, depuis le 1er janvier 2007, l’action Transgene a gagné près de 50%, et 118% en un an. De même, les titres ExonHit Therapeutics et Cellectis ont pris respectivement 30% et 35% depuis leur IPO.
Cela s'explique notamment par le fait que les «marchés» visés par ces sociétés (sida, cancer, mucoviscidose ou encore arthrose) sont très rémunérateurs en cas de succès (royalties et/ou milestones et/ou annual fees en cas d'accords de commercialisation avec des «bigs pharmas», sinon ventes directes). En outre, comme l'a indiqué il y a un mois Julien Dormois, analyste chez Bryan Garnier, «les biotechs sont la cible des entreprises pharmaceutiques, en recherche de croissance externe», même si on tend «vers des sociétés capables de mettre sur le marché et vendre leurs produits par elles-mêmes».
Financements publics
«L’approche française [en matière de recherche biotechnologique] est souvent trop analytique, disciplinaire, séquentielle, privilégiant les «filières» techniques sur les convergences scientifiques», estime toutefois Joël de Rosnay, scientifique et PDG de Biotics International, une société de conseils en nouvelles technologies.
«Les laboratoires français pèchent également par manque de communication, ce qui réduit les effets de synergie indispensables à la mise au point de nouvelles molécules. Par exemple, la chimie combinatoire ou les études de récepteurs membranaires ont mis plus longtemps à s’imposer dans la recherche pharmaceutique française que dans les laboratoires américains ou anglais», poursuit-il.
Mais grâce à des efforts importants réalisés par les pouvoirs publics et les grandes entreprises privées dans le domaine des biotechnologies, la France dispose aujourd’hui de moyens accrus, non seulement pour rester dans la course, mais aussi pour innover. A titre d'exemple, les subventions publiques compte pour près de 47% des revenus d'Innate Pharma.
L'Hexagone compte aujourd'hui près de 400 entreprises de biotechnologies grâce, notamment, à l'instauration de la loi sur la recherche et l'innovation de juillet 1999 ayant incité davantage de chercheurs français à créer leur propre entreprise. Depuis, d’autres mesures complémentaires ont été additionnées afin de poursuivre l’effort en faveur des sociétés biotechnologiques.
Parmi ces mesures, on notera celles mises en oeuvre depuis 2004, dont le statut de Jeune entreprise innovante (JEI) accordant aux PME françaises une exonération totale et non plafonnée sur les charges patronales ; les aides publiques allouées par l'Agence nationale de la valorisation de la recherche (Anvar) ; le crédit d’impôt recherche ; et la création de la Suir (société unipersonnelle d’investissement à risque) autorisant les investisseurs individuels (business angels) à apporter leurs capitaux et leur expérience aux jeunes entrepreneurs.
Selon Michel Finance, l’«objectif est de créer de bonnes conditions de marché, pour que le marché puisse vivre». Il rappelle d'ailleurs que si «l’environnement s’est très clairement amélioré», «le souffle ne doit pas retomber». En conséquence de quoi, il milite, dans le cadre de l’«appel du 19 juin», pour «une meilleure mobilisation de l’épargne, le repositionnement de l’Agence de l’innovation industrielle (AII), le statut de Jeune entreprise innovante cotée (JEIC)» que Nicolas Sarkozy avait lui-même proposé en juillet 2005. Car, argue-t-il, le versement de fonds publics vers les grandes entreprises pharmaceutiques n'est ni créateur d'emplois, ni créateur de richesses.
Levée de fonds historique en Europe Côté Europe, le chiffre d’affaires des entreprises privées et cotées en bourse a gagné 13%, à 13,3 milliards d’euros, après une franche progression de 7% en 2005, selon Ernst&Young. Au total, le secteur biotechnologique européen a récolté 4,7 milliards d’euros l’an passé, soit 45% de plus qu’un an plus tôt. De même qu’aux Etats-Unis, le vieux continent est parvenu à lever un capital-risque historique atteignant 1,5 milliard d’euros. Quant au nombre de produits se trouvant dans les différentes phases du développement préclinique et clinique (pipeline), il a crû de 30% en Europe. «En 2006, conclut Jürg Zürcher, Partner et Industry Leader Biotech Central Europe d’Ernst & Young, le marché européen a confirmé de manière saisissante sa tendance haussière entamée un an plus tôt, avec une croissance des revenus à deux chiffres et un afflux massif de capitaux». Pour l’avenir, les entreprises privées affichent leur optimisme et indiquent posséder un réservoir de près de 800 produits, et une douzaine d’autres en attente d’admission. «Les perspectives de la branche sont prometteuses», estime Jürg Zürcher, précisant que «son chiffre d’affaires devrait dépasser la barre des 100 milliards de dollars avant 2010». Cette croissance attendue devrait également charrier son lot d’exigences nouvelles. Le processus de mûrissement de la branche biotech, de plus en plus internationalisée, nécessite en effet de prendre mieux en compte les attentes croissantes des investisseurs, la densification des prescriptions réglementaires ou la gestion de la pression sur les prix sur différents marchés. Malgré une situation jugée globalement satisfaisante, les entreprises biotechnologiques françaises, et européennes, demeurent handicapées par une capitalisation et un financement sans commune mesure avec leurs homologues états-uniens, laissant sous-entendre que le secteur doit encore accélérer sa maturation… La pôle position américaine Si on observe globalement que les Etats-Unis et l'Union européenne sont très proches en nombre de sociétés de biotechnologies (autour de 1 400), on s'aperçoit également, à y regarder de plus près, que les disparités apparaissent sitôt que l’on modifie l’angle d’approche. Ainsi, environ 300 entreprises sont cotées en bourse aux Etats-Unis, contre une petite centaine dans toute l'Union Européenne, et seulement 10 en France (11 en comptant Flamel). A noter toutefois que 50% des sociétés européennes cotées sur Euronext sont françaises. Les entreprises outre-Atlantique sont, par conséquent, plus imposantes et disposent de moyens financiers plus vastes. En 2006, aux Etats-Unis, les entreprises de ce secteur ont d’ailleurs levé 38% de capitaux en plus par rapport à 2005. L’accélération des ventes aidant, le chiffre d’affaires de la branche est monté à 59 milliards de dollars (42,9 milliards d’euros), en hausse de 13% selon une étude réalisée par le cabinet Ernst & Young. Si l’on considère le nombre de dépôts de brevets en biotechnologie, il apparaît, une nouvelle fois, que les Etats-Unis tiennent la pôle position. De fait, en 1999, près de 52% des brevets déposés en Europe étaient d'origine américaine. En 2006, la branche biotechnologie s’est vue octroyer 36 autorisations de produits, dont 25 premières (respectivement 33 et 21 en 2005)… Ce qui saute aux yeux lorsqu'on observe ces chiffres, c’est la différence de vigueur commerciale du secteur, entre Etats-Unis et Europe. Dans le détail, on constate que le passage entre la recherche et ses applications industrielles se fait plus facilement et plus rapidement aux Etats-Unis. Les chercheurs n'hésitent pas à lancer leur entreprise et disposent pour cela de soutiens financiers privés plus importants et plus facilement attribués. Marjorie Encelot et Nicolas Sandanassamy Lire la suite
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Publié le 27 Juillet 2007 |
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