Les discussions portent sur une possible reprise d’EDS (Electronic Data Systems) par Deutsche Telekom, afin de la fusionner avec T-Systems, d’après les informations confiées au journal allemand par des personnes proches du dossier.
La question du comment est relativement simple : Deutsche Telekom conclurait un deal avec un investisseur financier. La question du pourquoi est plus délicate. Quel est l’intérêt pour le groupe de télécoms le plus important en Europe d’acquérir un fournisseur de services informatiques américain ? S’agit-il de la remettre à flots ou de la vendre ? Deux options opposées et exclusives.
Une stratégie déroutante et peu convaincante
Les actions du groupe allemand ont de quoi dérouter et l’on s’attendait plus à des suppressions d’emplois ou cessions d’actifs qu’à des négociations en cours pour l’acquisition d’une société américaine. En effet, fin octobre, le journal Handelsblatt relayait des rumeurs insistantes sur des licenciements en masse, environ 35.000 salariés sur les 150 000 du groupe, des rumeurs démenties mais qui ne dissipaient pas le doute sur des plans sociaux à venir.
Or, ces dégraissages, imposés par la concurrence et la baisse des coûts et des prix, visaient particulièrement une des nombreuses divisions de Deutsche Telekom, à savoir la filiale de service informatiques T-Systems et ses 18 000 employés, pour lesquels le groupe cherchait un repreneur.
Régler le «problème» T-Systems par le haut et de l’extérieur ?
La division T-Systems constitue une épine, et de taille, dans le pied du groupe et du président, en raison de ses profits en chute libre. Aujourd’hui, elle annonce vouloir acquérir une société américaine pour l’intégrer à T-Systems. Une acquisition faisable : EDS a une capitalisation boursière de 10 milliards de dollars. Le groupe de télécoms allemand peut mettre sur la table du cash à hauteur de 6,5 milliards d’euros, soit presque 10 milliards de dollars (9,5 milliards très exactement), d’après les propres déclarations de René Obermann, président du groupe. Autrement dit, le groupe a les moyens de ses ambitions.
Mais dans quel but ? Insuffler une nouvelle direction à la division, de l’extérieur et non de l’intérieur? En effet, les déclarations du groupe sur de possibles licenciements ont été mal accueillies par les salariés et par ailleurs son offre de partenariat pour T-Systems a rencontré peu de succès. La filiale est jugée trop «lourde» et trop germano-centrée et donc peu séduisante pour les investisseurs volontiers internationalistes en économie.
Devant le peu d’empressement des investisseurs, Deutsche Telekom a décidé d’acquérir EDS et de l’intégrer à T-Systems, en raison de leur parenté d’activité, les services aux constructeurs automobiles (Daimler et Volkswagen pour l’allemand et General Motors pour EDS) et de leur complémentarité. Le groupe américain est présent surtout en Inde (25.000 employés sur 130.000) et en Europe.
L’allemand veut et peut s’emparer de EDS. Le groupe dirigé par Obermann renoue avec la croissance. Il a mis fin aux profits en chute libre au début du mois de novembre et a prédit que les bénéfices de 2008 seraient supérieurs à ceux de 2007. Il a également promis des dividendes «convenables», qui ne devraient pas passer sous la barre des 72 cents. Ceci alors que les profits ont eux chuté de près de 10% depuis 2005. Actuellement, l'action est cotée à 15,22 euros (+0,66%)
Laure Gaillard