Universités françaises : le parent pauvre de l’éducation
(Easybourse.com) Les universités françaises courent à la faillite, tel est le constat. En cette rentrée universitaire 2006, il convient de faire un état des lieux de la situation et des remèdes existants.
Les universités françaises souffrent de difficultés financières. A qui la faute ? « L’Etat » claironnent les acteurs du monde étudiant. Mais qu’en est-il vraiment ? Existent-ils des palliatifs à ce moindre financement ?
La dépense intérieure de recherche et développement (DIRD) et la dépense intérieure d’enseignement supérieur (DIES) de l’Etat sont estimées à près de 50 milliards d’euros en 2005, soit 3,3 % du PIB, selon les chiffres communiqués à l’occasion d’un séminaire de la Conférence des présidents d’université (CPU) en juin 2005. Plus précisément, la DIRD représente 33 milliards d’euros, contre 17 milliards pour la DIES. La part de cette première revenant aux universités, stricto sensu, est de l’ordre de 11 milliards d’euros, et la celle de la DIRD de 4,2 milliards d’euros. Au total, l’effort de la France en faveur de ses universités est estimé à plus de 15 milliards d’euros en 2005, soit environ 1 % du PIB, selon la CPU. La moyenne dans les pays OCDE étant de 1,4% du PIB.
En 2004, l’Etat a dépensé en moyenne 6 695 euros pour un étudiant en université contre 12 295 pour un élève en Section de technicien supérieur (STS), soit une progression respective de 16,6% et 31,3% par rapport à 1994, selon les chiffres du ministère de l’éducation. Mais rien à voir avec la dépense moyenne de l’Etat par collégien ou par lycéen cette même année. Dans le premier cas, l’Etat débourse 7401 euros par tête, contre 10 170 euros pour chaque jeune fréquentant un lycée d’enseignement général et technologique et 10 493 s’il est dans un lycée professionnel.
Pour pallier leurs difficultés financières, les universités sont de plus en plus tentées de facturer, en plus des frais de scolarité, de multiples services qu’elles rendent aux étudiants, qu’il s’agisse des droits d’accès aux salles d’informatique ou aux laboratoires de langues. Si la loi autorise de telles pratiques, elle précise toutefois que les établissements ont l’obligation d’informer les étudiants du caractère facultatif et non indispensable au bon déroulement de la scolarité de ces services. Mais cette tendance est loin de faire l’unanimité. L’Union nationale des étudiants de France (Unef) en a d’ailleurs fait son nouveau cheval de bataille.
Le 17 juillet dernier, et pour la deuxième année consécutive, le syndicat étudiant a publié son palmarès des 'Universités hors la loi', liste noire des établissements ne respectant pas le barème des frais d'inscription. Il révèle que près de 60% des universités sont dans l'illégalité. « Ennemi public » numéro un : l'université d'Aix-Marseille III dont les frais d’inscription en deuxième année de certains masters peuvent atteindre jusqu’à 3 500 euros. Le président de l’université, Philippe Tchamitchian, s’est défendu, considérant ces 23 000 francs comme une « somme facultative » permettant aux étudiants de bénéficier « d'un accompagnement professionnel, sous forme d'aide à l'orientation, de participer à des ateliers sur l'emploi et d'être en contact avec des recruteurs ».
Les frais de scolarité au sens strict du terme ont connu une première augmentation en 2004 liée au passage au nouveau système universitaire européen, le LMD. Mais depuis, ils connaissent un relèvement systématique lors de chaque rentrée universitaire. Les frais en licence ont ainsi progressé de 8%, 11% en master et 10,3% en doctorat en l’espace de deux ans. A ces droits s’ajoutent les coûts d'inscription au service de documentation, à la vie étudiante et à la mutuelle étudiante.
Des frais proportionnels aux débouchés qu’offre le diplôme
Toutefois, nombreux sont les experts proposant des modèles alternatifs de gestion des universités. Ainsi, dans une interview accordée à l’Observatoire Boivigny, banque de données sur l’enseignement supérieur, Alain Trannoy, directeur des études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) propose la mise en place d’un système de prêt étudiant à « remboursement contingent ». Le diplômé ne rembourse l'Etat, qui a financé toute ou partie de sa scolarité, que dans les « bonnes années », c’est-à-dire celles où il perçoit une rémunération en contrepartie d’une prestation de travail. Autre solution : la fixation de frais d’inscription proportionnels à la performance des filières et aux débouchés réels, et non supposés ou vantés, qu’elles offrent, car nombreuses sont celles présentant peu de perspectives en termes d’emplois. Les universités en ressortiraient « plus efficaces et plus attractives », souligne-t-il. Ce critère de performance des formations serait apprécié aux vues des déclarations de revenus des diplômés des promotions précédentes.
Mais il ne s’agit ici que de suggestions. Côté solutions déjà en place, on retrouve la taxe d'apprentissage, impôt versé par les entreprises permettant de financer les dépenses liées aux formations initiales technologiques et professionnelles. Toutefois, ce système prévaut surtout dans les écoles de commerce ou d’ingénieurs. Certaines filières universitaires en restent écartées, comme la filière littéraire.
Autre solution : le recours au mécénat et/ou au financement par le réseau des anciens étudiants. Ce que certains appellent le fundraising, c’est-à-dire la collecte de fonds auprès de donateurs individuels ou institutionnels et qui constitue une pratique très répandue dans les universités nord-américaines, a débarqué en Europe et en France. Le risque redouté par certains est un désengagement financier de l'Etat des établissements ayant recours à cette pratique et l’apparition d’une « université à deux vitesses », pour reprendre l’expression de Bruno Julliard de l’Unef.
Dans l’Hexagone, ce sont essentiellement les écoles de commerce et les établissements privés de manière générale qui sollicitent de type de financement. Et dans une moindre mesure les universités, même si elles commencent à étudier sérieusement sur la question.
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Evolution des dépenses moyennes de l’Etat par étudiant en France en 2004 (en euros)
* Universités hors IUT ou écoles d'ingénieurs dépendantes des universités ** Y compris les autres établissements du supérieur Evolution de la dépense intérieure d’éducation (en % du PIB)
Evolution du nombre d’étudiants en France (Métropole+DOM – Public+privé)
Source : Ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement et de la recherche
Evolution de la dépense intérieure d’éducation (en % du PIB)