Une étude de l’UNEP.FI (initiative finance du programme des Nations-Unies), en collaboration avec le cabinet Mercer, est sortie, en octobre 2007. Demystifying Responsible Investment Performance a passé en revue vingt travaux de recherche académique, sélectionnés pour leur sérieux, leur méthode et leur performance, et qui examinent le lien entre investissement responsable et performance financière. Sur les 20 travaux, 10 concluent que la prise en compte de critères ESG à un impact positif sur la performance, 7 concluent que l’impact est neutre, et seulement 3 considèrent qu’il est négatif.
Pour certains professionnels la question de la performance financière des fonds ISR n’a pas grand sens. «Quand bien même la performance serait égale ou légèrement moindre, il y a lieu de considérer que les gains qui résident dans l’amélioration des pratiques socialement responsables des entreprises sont bien évidemment un «plus».
En ce sens, l’argument de la (sous-)performance me semble être un mauvais argument», signale Robin Edme, Président du Forum pour l’investissement responsable et de l’Eurosif, associé du département développement durable de Grant Thornton.
Fonds ISR et performances financières
Les avis sont partagés sur la surperformance des fonds ISR.
Pour Antoine de Salins, membre du directoire du Fonds de réserve pour les retraites, «il est assez conforme au bon sens de se dire qu’à long terme, une entreprise qui identifie, suit, maîtrise, prévient ses risques environnementaux, qui est plus attentive à la gestion de ses ressources humaines et qui a une gouvernance interne de bonne qualité a relativement plus de chance à long terme de mieux performer sur le plan boursier qu’une entreprise qui fait l’inverse.
Au sein du FRR, nous avons lancé depuis trois ans des mandats ISR pour environ 600 millions d’euros. Nous avons donc sélectionné des gérants qui mettent en œuvre des processus d’investissement suivant des critères ESG.
En comparant les performances avec des gérants financiers plus classiques, on s’aperçoit que le niveau et la dispersion des performances sont globalement équivalents sur le long terme.
Nous n’en tirons pas de conclusions scientifiques car il faudrait pour cela une période de référence plus longue mais cela conforte nos convictions».
Michèle Jardin, directeur général de l'Ideam, une société de gestion dédiée à l’investissement socialement responsable (ISR) de Crédit Agricole Asset Management Group, est convaincue que l'investissement ISR permet de dégager une performance rapportée au risque supérieure à celle des indices.
«Dans le cadre d’un fonds ISR que nous gérons et qui a neuf ans de track record, une étude conduite par notre équipe de recherche quantitative a démontré que nos critères ESG étaient sources de performance.
Sur la période 2006-2007, objet de l’étude, les facteurs ESG bruts utilisés dans la gestion d’Ideam ont dégagé une performance rapportée au risque de 1.44. Ce résultat peut être favorablement comparé à un grand indice boursier européen comme le Morgan Stanley Capital index qui témoigne, lui, d’une performance ajustée de 0,80», explique-t-elle.
Selon l’enquête menée par Novethic, cabinet d'études spécialisé dans l'ISR, et Altedia Investment Consulting sur les entreprises et l’épargne salariale ISR, rendue publique le 18 juin dernier, aucune entreprise déjà impliquée sur l’épargne salariale ISR ne se déclare insatisfaite de la performance enregistrée par ses fonds.
Néanmoins, une courte majorité considère que le bilan est prématuré, ce qui est lié à l’implication relativement récente des acteurs.
À long terme, l’optimisme est de mise : plus des trois quarts des entreprises s’attendent à une performance supérieure ou similaire à celle des fonds classiques. Seules 10% prévoient une performance inférieure.
L’analyse de la situation n’est pas si simple pour Anne-Catherine Husson-Traore, directrice générale de Novethic. La corrélation entre le caractère ISR du fonds et la surperformance financière ne peut être établie.
«Les fonds ISR sont des fonds multiples à géométrie variable, investis dans des classes d’actifs différentes (actions, obligations, taux…). Je pense que la bonne performance des fonds s’explique par la présence de bons gérants et est liée aux conditions existant sur les marchés financiers. La crise des subprimes a entraîné l’effondrement des valeurs petites et moyennes. En cela les fonds investis sur les grandes capitalisations de l’ISR ont davantage résisté».
Pour Jean-Marc Maringe, gérant du fonds AXA WF Human Capital, la corrélation aux marchés financiers parait évidente.
«Du point de vue de la répartition sectorielle, parmi les paramètres influents il y a le momentum boursier, les anticipations des marchés financiers. C’est ainsi que depuis le début de l’année, nous sommes sur pondérés sur le secteur des matières premières, et sous pondérés sur le secteur financier.
Nous sommes par ailleurs sous pondérés dans les entreprises anglaises qui sont bien évaluées, nous trouvons pas mal de sociétés financières et de sociétés de distribution. Or ce sont des secteurs qui souffrent de la crise financière et du ralentissement économique à l’heure actuelle».
Yannick Daniel, CFA, responsable Société Générale Index semble en partie corroborer cette thèse. «La thématique ISR n'est pas encore un vecteur de sur performance pour une gestion purement financière. L'approche ISR peut-être sur le papier très séduisante mais d'un point de vue purement financier nous pouvons noter que la performance n'est pas toujours au rendez-vous en termes relatifs par rapport à des benchmark paneuropéens. En termes de risques par ailleurs, la volatilité est en ligne avec la volatilité des marchés financiers. Les fonds ISR subissent des corrections aussi importantes que celle des marchés».
Au demeurant, ajoute l’expert, «deux grands moteurs expliquent l’equiperformance des fonds ISR par rapport à des fonds classiques. Tout d’abord, le biais de construction en faveur des grandes capitalisations parce que les grosses sociétés ont tendance à investir un peu plus dans la transparence, en termes d'environnement et de gouvernance. Or, dans le cas de marchés baissiers que nous connaissons actuellement, les Small Caps ont tendance à sous performer les larges capitalisations car il y a plus d'aversion au risque. L'autre moteur de performance est le biais value. Les fonds ISR privilégient les valeurs quand les multiples de valorisation sont peu élevés».
Fouad Benseddik, directeur des méthodes et des relations institutionnelles au sein de Vigeo, estime, quant à lui, que «lorsqu’on se pose la question du lien entre performance et investissements socialement responsable, il y a lieu de préciser investissement socialement responsable à l'égard de quels aspects, de quels paramètres, de quelle conviction. C'est la raison pour laquelle nous avons des études très contradictoires et des fonds qui surperforment et qui surperforment. Le problème est donc mal posé».
M. Benseddik complète son analyse en précisant : «Il est difficile d'escompter d'un univers basé sur l'exclusion subjective au regard de principes qui ne font pas consensus universelle qu'il surperforme techniquement financièrement.
Lorsqu'on sélectionne sur la base de préférences sociétales, l'objectif premier est la conformité avec les convictions et non les performances financières. Il y a une réduction sensible de l'univers d'investissement.
À l'inverse une approche basée sur les risques de responsabilité sociale telle qu'ils sont universellement reconnus et opposables à l'entreprise, élargissement du référentiel».
Pour certains produits tels que l’assurance vie, il semble que la performance ne soit pas un critère déterminant. C’est tout du moins ce que semble révéler l’enquête menée par BNP Assurances sur le lien assurance vie-ISR.
«Un des a priori réside dans le fait que les fonds ISR performent moins bien. En posant la question dans le cadre de l’étude que nous avons menée, nous avons remarqué que, 35% des sondés indiquent ne pas savoir ce qu’il en est, et 34% estiment que les fonds ISR performent aussi bien que les investissements traditionnels.
Ainsi, le critère de la performance n’est pas déterminant, il est décorrélé de l’envie d’investir dans les produits ISR. Il ne constitue pas un frein.
Le premier critère dissuasif étant le manque d’informations et de transparence», déclare Laurence Pessez, directeur de la responsabilité sociétale chez BNP Paribas Assurance.
ISR et avantage compétitif d’une société
Pour Robin Edme, «l’ISR peut être dans certains cas, un outil de marketing pour certaines sociétés qui ne se sont pas encore véritablement saisies des enjeux sous-jacents à leur secteur.
Mais très sincèrement, je pense que la démarche est sérieusement intégrée par la plupart des entreprises.
La mairie de Paris est en train de revoir l’ensemble de son portefeuille de ses catégories d’achat pour inclure des critères environnementaux et sociaux.
De ce fait, si une société veut avoir une chance de répondre à un appel d’offres, il faut qu’elle satisfasse un minimum de ces critères.
Au-delà du permis technique d’exploiter dans un environnement à risque, il y a maintenant le permis social d’exploiter. C’est un fait acquis ! Les règles du jeu sont réellement en train de changer».
Pour l'Ideam, qui a fait récemment l’objet d’un audit extra financier de la part de Vigeo, une agence de notation spécialisée dans l'ISR, cette évaluation est clairement un avantage compétitif.
Ainsi, selon Michèle Jardin, «nous pensons que des audits sollicités sur la responsabilité ESG vont se développer dans le domaine financier sous la pression des marchés, des clients, de la réglementation, des ONG et du public en général, pour plus de transparence.
L’évaluation par Vigeo, nous a permis de mettre en avant le fait que nous étions pleinement conscients de nos responsabilités et que nous souhaitions identifier de nouvelles voies d’action et de progrès».
Imen Hazgui