Angelika Mittendorfer
Gérante au sein de Raiffeisen Capital
«Nous observons une possibilité importante d'une réévaluation à l'avenir de l'ensemble du secteur pétrolier russe»
(Easybourse.com) Quelle est votre perception quant à l'évolution du marché financier russe depuis le début de l'année ? L'indice du marché russe, le RTS, a été relativement moins affecté par les remous survenus sur les marchés financiers internationaux et a crû de 6,5 % depuis le début de l'année. Le cycle des matières premières avec le prix élevé des métaux et de l'énergie a été certainement un plus pour le marché, qui est actuellement dominé par les entreprises pétrolières, gazières, et minières. Les valorisations sont faibles pour la plupart des actifs sur le marché financier russe. Peut-on considérer que dans ce contexte une sélection par valeur soit pertinente ? La sélection par valeur est très importante en Russie, ce qui peut se voir étant donnée la forte dispersion des performances entre les différents secteurs pris individuellement et même entre des entreprises à l'intérieur d’un même secteur. Ainsi, parmi les entreprises spécialisées dans l'acier, nous préférons les entreprises intégrées verticalement comme la société Evraz aux producteurs non intégrés, étant donné que l'autosuffisance dans les matières premières est un avantage compétitif majeur en cette période où les prix du minerai de fer et du charbon montent en flèche. Si nous considérons les performances de cette année, les acteurs intégrés ont surperformé massivement les acteurs moins intégrés comme MMK, dans une large mesure. Quelle a été l'importance du marché des dérivés ? Peut-on considérer que cette classe d'actifs soit incontournable dans le processus de décision d'investissement en Russie? Nous n’utilisons pas de dérivés dans le cadre de notre processus d'investissement. Si le pays offre un environnement économique attractif, il présente également des problèmes. De quelle manière appréhendez-vous ces risques dans le cadre d'une recherche de meilleurs rendements ? Notre processus d'investissement est entièrement basé sur le bottom-up, ce qui signifie que bien que les perspectives des actions russes soient très attractives d'un point de vue macro économique en ce moment, nous avons besoin de fortes convictions basées sur l'analyse des fondamentaux des entreprises chacune prise individuellement pour justifier nos acquisitions de valeurs russes. Quel regard portez-vous sur la politique d'imposition menée dans le pays ? Pour certains experts, les impôts perçus constituent un des obstacles majeurs empêchant les investisseurs d'investir pleinement le marché russe. Dans le cadre d'un discours prononcé devant la douma la semaine dernière, Monsieur Poutine a personnellement évoqué la nécessité de réduire les impôts afin de stimuler la production en pétrole et la raffinerie. Après que le ministre des finances ait annoncé une réduction des taxes à hauteur de 4,2 milliards de dollars au mois de mars, nous pensons que les remarques de Monsieur Poutine indiquent que le gouvernement prend très au sérieux ce problème et de ce fait les entreprises énergétiques seront à même de recevoir dans une large part à l'avenir les revenus de gaz et de pétrole. Craignez-vous une implication politique dans les affaires économiques du pays ? La transition du pouvoir entre Poutine et Medvedev s'est faite de manière très douce. Beaucoup de risques politiques concernant la succession de Poutine qui ont dominé les perceptions des investisseurs en 2007 ne se sont pas matérialisées. Nous espérons que l'environnement politique restera stable à l'avenir. Les investisseurs demeurent inquiets au sujet d’une possible expropriation de la part de l'État comme cela fut le cas dans l'affaire TNK BP suite à la décision prise par le consortium mené par Shell de céder la majorité des parts de Sakhalin2... Gazprom, qui détient le monopole dans le domaine du gaz en Russie, va probablement acheter la part dans TNK BP de l’un des deux groupes actionnaires. Bien que cette transaction entraînerait l'accroissement du contrôle par l'État du secteur pétrolier, nous ne pensons pas que cela sera nécessairement négatif pour les investisseurs minoritaires dans TNK BP. Que pensez-vous de la sous performance significative du secteur pétrolier en Russie? Le prix des actions de grands acteurs énergétiques russes comme Lukoil ou Gazprom ont été virtuellement plats ces deux dernières années. Bien que le prix du pétrole poursuit sa hausse, le système d'imposition, qui autorise les entreprises énergétiques à bénéficier partiellement seulement de l'augmentation des prix du pétrole, ainsi que la mauvaise conduite des nombreux investissements nécessaires pour maintenir le niveau de production, expliquent la sous performance significative dans l'ensemble du secteur. Cependant, les changements proposés dans le cadre du système d'imposition évoqué par le Premier ministre Poutine et le ministre des finances Kudrin ont entraîné dans une large mesure des augmentations de prix ces dernières semaines. Plusieurs actions comme Lukoil ou Rosneft ont atteint de nouveaux records historiques. Nous observons une possibilité importante d'une réévaluation à l'avenir de l'ensemble du secteur étant donné que les valeurs pétrolières russes font partie jusqu'à présent des moins chères en comparaison à l'ensemble des valeurs pétrolières dans le monde. Le pétrole a atteint le record de 127 $ le baril la semaine dernière. Pensez-vous que la bulle spéculative dans le prix du pétrole est applicable au marché russe ? Quels sont les risques ? Est-ce que cette forte remontée du prix du pétrole a impacté d'une manière ou d'une autre votre stratégie d'investissement ? Nous ne considérons pas que le prix du pétrole reflète une bulle spéculative mais nous voyons plutôt cela comme la résultante d'une tendance de long terme lié à l'augmentation de la demande provenant des marchés émergents, essentiellement de l'Asie, et du fait de l'augmentation des coûts de production.
Le secteur du pétrole et du gaz reste une des composantes les plus importantes dans l'économie russe. Ce secteur représente environ 65 % de la capitalisation du marché du pays. Est-il difficile en cela d'avoir un portefeuille diversifié ? À côté du secteur pétrolier et du secteur gazier, il y a d'autres secteurs intéressants en Russie qui sont également bien représentés sur le marché des actions. Nous pouvons citer l'exemple des matériaux qui ont récemment montré une performance très attractive du fait de l'augmentation des prix des métaux et du fait du business model verticalement intégré des producteurs d'acier russes.
Cependant, l'ensemble de l'histoire russe reste dominé par les matières premières, et les investisseurs doivent être conscients de cet élément dans le cadre de leurs investissements.
Avez-vous pour objectif d'offrir vos produits d'investissement à la fois à des clients russes et internationaux ? Est ce que ce seront les mêmes produits qui seront offerts ? Notre entreprise ne s'adresse pas aux investisseurs russes directement, c'est plutôt l'unité locale du groupe, Raiffeisen Capital Moscow qui gère les actifs des clients russes.
Propos recueillis par Imen Hazgui |