Alexis Karklins-Marchay
Alexis Karklins-Marchay, associé du cabinet Ernst and Young
«La mondialisation 2.0 est enclenchée»
(Easybourse.com) Comment expliquez-vous le nom donné à votre étude ? C’est un clin d'oeil donné au concept Web2.0, qui est un concept très collaboratif. Tout le monde participant à l'élaboration du nouveau Web. La mondialisation 2.0 recouvre l'idée que, aujourd'hui, les entreprises qui font l'avenir ne sont plus uniquement européennes ou américaines mais viennent des pays émergents. Le monde est encore plus multipolaire d'un point de vue économique qu'on ne pourrait l'imaginer. Petrochina a été sur valorisé en bourse à la fin de l'année 2007, devenant de ce fait la première valeur boursière mondiale. L’évolution de cette valeur, n’inclut-elle pas un biais dans votre analyse et en cela ne remet-elle pas en cause les fondements de l’étude ? Au moment de son introduction Petrochina valait plus d'un trillion de dollars. Au moment de la réalisation de cette étude, elle était valorisée à près de 500 milliards de dollars. Aujourd’hui elle vaut entre 250 et 300 milliards. À côté de Petrochina, il y a plusieurs autres grandes valeurs. Gazprom n'est pas très loin derrière, avec plus de 200 milliards de dollars de capitalisation. Sur les 20 premières capitalisations boursières à la fin de l'année 2007, 8 sociétés étaient issues des pays émergents. Quel a été votre regard concernant les différences au niveau de l'actionnariat ? Nous avons simplement regardé quelques exemples et nous nous sommes aperçus que la performance opérationnelle n'était pas liée à l'actionnariat. La dynamique opérationnelle est bien plus importante que la logique actionnariale. Avez-vous étudié l'aspect immatériel de ces sociétés, leur potentiel ? Peut-on considérer que la condescendance à l'égard de ces sociétés, considérées avant tout comme des entreprises de main-d'oeuvre, n’ayant pas de tâches nobles de création et de conception, n’est plus d’actualité ? Nous n'avons pas procédé à une fusion avec notre étude sur le capital immatériel que nous publions tous les ans. On remarque cependant que ces entreprises ont une véritable vision s’agissant de leur développement, mettent en avant un certain nombre de facteurs, comme leur réputation ou encore la notoriété de leurs marques. Nous ne trouvons pas des entreprises de pays émergents seulement dans l'énergie, les mines ou encore les produits industriels. Nous avons également les télécommunications, les banques, la pharmacie... Qu’en est-il de l'aspect extra financier de ces sociétés ? C'est la première étude du genre. Nous avons souhaité dans un premier temps nous concentrer sur les éléments qui nous semblent les plus faciles à intégrer dans une lecture directe. Si cette étude rencontre un véritable écho, et qu’il y a une réelle demande d'analyse, nous pourrions alors élargir notre champ d'exploration et inclure des éléments extra financiers qui nous semblent tout à fait pertinents. L'absence de diversification n’est-elle pas une tache d'ombre dans l’essor de ces entreprises ? Cela dépend du cas par cas. Dans l'énergie ou dans les mines, la diversification n'est pas tellement un sujet. Je vois dans les entreprises qui ont une activité industrielle ou de services, une multiplication des métiers au fur et à mesure du développement de la société. C’est par exemple le cas de Reliance Industries en Inde qui fabrique des produits pétrochimiques, des fibres synthétiques, des fibres intermédiaires, textiles, etc. Le groupe possède aussi une raffinerie de pétrole à Jamnagar (Inde) qui fabrique une large gamme de produits (essence, kérosène supérieur, GPL…) Il n’y a donc pas de point faible apparent ? Il n'est pas sûr qu'il y aura 32 entreprises de pays émergents dominantes dans les années à venir. Les interrogations se posent concernant l'actionnariat, la transparence, la gouvernance.
Ce qui est sûr, c'est qu'il y aura de plus en plus d'entreprises de pays émergents qui seront les gagnants de demain. Sur le plan du management, peut-on craindre une remise en cause des pratiques managériales établies dans le monde occidental ? Les entreprises européennes ou américaines qui investissent en Chine font état de difficultés culturelles. Le gap culturel semble être moindre en ce qui concerne les entreprises indiennes et brésiliennes. J'ai pour ma part l'impression qu'à un horizon relativement court, 5/10 ans, on verra émerger des managements relativement internationaux capables de travailler dans un contexte culturel hétérogène. Propos recueillis par Imen Hazgui dans le cadre de la conférence de presse organisée par Ernst & Young le 19 mai 2008 |