Alam Shiblee
Spécialiste Produit, fonds de Hedge Funds au sein de AXA IM
«Pas de faillite dans les hedge funds où nous sommes investis»
(Easybourse.com) Quel regard portez-vous sur la crise financière que nous traversons ? La crise que nous vivons est complexe et profonde. Nous pensons que tous les effets, notamment sur l’économie réelle, ne sont pas forcement encore visibles. Malgré l’apparente reprise du marché actions depuis la fin du mois de mars, il ne nous semble pas que la crise de liquidités soit complètement résolue et donc que nous soyons déjà repartis sur un marché haussier. Nous anticipons donc que les performances sur le marché actions resteront relativement faibles cette année et que la volatilité restera élevée. Il peut y avoir d'autres corrections. Par conséquent, il y a lieu d'être très prudent. Pour certains experts, le sauvetage de Bear Stearns par la réserve fédérale américaine a marqué le paroxysme de la crise financière. Pensez-vous que le gros de la crise soit derrière nous ? Il est difficile de le dire. Dans le secteur bancaire, nous pouvons supposer que les bilans des grandes institutions ont intégré le plus important des pertes. Les résultats des banques sur le deuxième trimestre nous en diront peut-être plus.
Est-ce que pour autant toutes les répercussions ont été ressenties ? . La visibilité ne nous semble pas suffisante pour revenir de manière agressive sur le marché. Au-delà de l'appétit sur les marchés financiers, il faut également regarder les conséquences de la crise du crédit sur la consommation des ménages ainsi que sur les taux de faillites dans l’économie réelle. Il demeure des incertitudes concernant l'évolution du marché immobilier aux États-Unis comme ailleurs dans le monde, par exemple au Royaume Uni. Parallèlement, il y a la préoccupation des pressions inflationnistes, en particulier en raison de la forte augmentation des prix des matières premières. Par conséquent, il est difficile de savoir exactement où nous en sommes. Dans quels domaines en particulier anticipez-vous des mauvaises nouvelles ? La principale inquiétude réside dans le ralentissement de l'économie réelle globalement, notamment en Occident. De quelle manière cela se traduit-il dans une stratégie de fonds de hedge funds ? La crise de liquidités a entraîné une crise de confiance. Les stratégies les moins liquides comme les stratégies « relative value » et d’arbitrage nous paraissent les plus à risques. Nous privilégions les stratégies directionnelles telles que les globales macros (qui interviennent sur le marché des changes, les matières premières, les marchés obligataires, etc.) pour se protéger contre une dégradation des marchés en générale ou une continuation sur une longue durée de la crise de liquidité. Dans ce sens, nous mettons également l'accent sur les acteurs qui ont plus de flexibilité ou qui sont plus opportunistes.
Avez-vous accéléré le taux de rotation des hedge funds sur lesquels vous étiez investis ? Avez-vous procédé à davantage de diversification dans vos placements? Le taux de rotation n'a pas été accéléré depuis le début de la crise. Nous avions commencé a réorienter notre portefeuille vers un profil défensif depuis le début 2007. Nous n'avons connu aucun défaut ni aucun problème de faillite dans les hedge funds dans lesquels nous sommes investis. Votre stratégie d'investissement n'a alors pas été beaucoup perturbée par la crise financière? Les différents ajustements que nous avions faits préalablement à la crise nous ont permis de bien résister aux perturbations et de se protéger contre les corrections. Nous avons apparemment beaucoup moins souffert que d'autres. Nous avons réussi à atteindre notre objectif de préservation du capital. Notre fonds Français ARIA de fonds Alternatifs a réalisé une performance positive sur la période juillet 2007 - début du mois de mai 2008. Comparativement, les indices hedge funds ont majoritairement réalisés des performances négatives. Quel est votre univers d'investissement? Actuellement il existe 10 000 gérants de hedge funds dans le monde. Nous sommes convaincus que sur ces 10 000, il y a tout au plus 200 - 250 véritables gérants de hedge funds qui ont prouvé leur expertise et leurs performances à travers différents cycles de marché. Aujourd'hui 20 % des managers gèrent plus de 80 % des actifs dans le monde des hedge funds. Nos portefeuilles sont relativement concentrés mais restent diversifiés par stratégies. Nous avons entre 30 et 40 gérants. Nous nous concentrons sur la sélection des gérants. Les managers des fonds dans lesquels nous investissons sont essentiellement des gérants premiums qui ont plusieurs années d'expérience. Notre activité de fonds de fonds gère aujourd’hui un peu plus de 3 milliards d'euros Quels sont les critères sur lesquels vous mettez l'accent lorsque vous sélectionnez vos gérants ? Dans le cadre de notre processus d’investissement, un comité d'investissement se réunit tous les mois pour décider des ajustements à faire et des gérants à sélectionner. Prennent part aux décisions les stratégistes qui donnent leurs avis sur l'opportunité d'investissement (est-ce que le gérant va apporter un profil de risque asymétrique adéquate), les analystes due diligence opérationnelle (pour vérifier si l'organisation et l’infrastructure du fonds est satisfaisante), les analystes quantitatifs qui justifient l'inclusion ou l'exclusion du fonds suivant des critères quantitatifs est-ce que le fonds apporte un élément diversifiant, non corrélé aux autres fonds que nous avons déjà dans le portefeuille). Chris Manser, Global Head of Funds of Hedge Funds chez AXA IM dirige ce comité d’investissement. Peut-on envisager que vous augmentiez votre exposition actions d’ici la fin de l’année ? Il nous semble trop tôt pour le décider, si ce poids augmente ce sera au travers de gérants opportunistes et flexibles qui savent tirer profit de la volatilité accrue des marchés.
Propos recueillis par Imen Hazgui |