Thibault de Tersant
Directeur général adjoint en charge des affaires financières de Dassault Systèmes
«Nous sommes bien positionnés avec la nouvelle version du PLM 2.0»
(Easybourse.com) Pourriez-vous nous faire quelques commentaires concernant les résultats semestriels du groupe ? Les résultats du second trimestre sont au-dessus de nos objectifs. On observe une bonne dynamique du chiffre d’affaires logiciel dont la croissance atteint 15% dans ses deux composantes, à savoir la vente de nouvelles licences (+12%) qui montrent la pénétration de nouveaux marchés et l’acquisition de nouveaux clients, et le chiffre d’affaires récurrent (+17%) qui traduit la fidélité de nos clients. La croissance est relativement bonne sur toutes les zones géographiques, en particulier sur le continent américain (+17% en Non-GAAP) en dépit de la dégradation de la conjoncture économique. Nous l’expliquons par le fait que le groupe aide les entreprises, en particulier dans les périodes difficiles, à améliorer leur productivité et la profitabilité de leurs produits. Ensuite, en raison de la flambée des prix énergétiques, les entreprises éprouvent de plus en plus le besoin de fabriquer des produits plus économes. Enfin, le travail effectué sur notre réseau de vente avec la mise en place d’un canal indirect de vente du PLM, notre offre intégrée pour suivre le cycle de vie des produits, a été très profitable. Quelles ont été les répercussions de l'évolution des taux de change, et en particulier du dollar ? Si nous avions été une société publiant nos résultats en dollars, nous aurions annoncé un chiffre d’affaires logiciels en croissance de 25%. S’agissant du résultat par action, celui-ci est en augmentation d’environ 10% au deuxième trimestre. Hors effet de change, il progresse de 19%. Ces chiffres permettent de bien comparer la performance du groupe par rapport à nos homologues du secteur. Diriez-vous que le taux de change constitue un point faible pour la société ? Cela ne gène pas la vie réelle de la société, c'est-à-dire le développement de notre chiffre d’affaires et de notre base installée de clients. Dans ce contexte de dégradation de la conjoncture économique et de crise financière sur les marchés, quelles sont vos perspectives pour la fin de l’année ? Grâce à nos résultats du deuxième trimestre et à la visibilité que nous avons sur le chiffre d’affaires récurrent, nous maintenons nos objectifs sur 2008, un bénéfice net par action entre 2,10 et 2,17 euros, une marge opérationnelle entre 27% et 27,5%, un chiffre d'affaires non-GAAP d'environ 9% à 10% à taux de change constant. La société américaine Parametric Technology annonce la signature d'un contrat avec EADS dans la gestion de données produits. Pour certains, cette opération constitue un échec pour l'offre PLM de Dassault Systèmes, dans la mesure où le groupe français risque désormais de se voir contraint de se contenter de la partie CAO chez EADS. Qu’en pensez-vous ? Parametric Technology a remporté le contrat qui concerne le renouvellement de l’utilisation par EADS de son logiciel Windchill pour gérer ses documents et fichiers. Ceci ne concerne pas la réalisation des nouveaux programmes. En revanche, tous les nouveaux avions, en particulier d’Airbus, qui seront réalisés, ont vocation à l’être par le biais de nos logiciels à la fois pour la conception numérique (CAO), la gestion de la maquette numérique et la gestion de la collaboration, ceci avec nos différentes marques. De ce fait, il n’est pas exact de dire que nous avons «perdu» face à Parametric Technology. La valeur que représentent les nouveaux programmes d’EADS utilisant nos produits est bien supérieure à celle du renouvellement du contrat Windchill de Parametric Technology. Le groupe multimarque australien Pacific Brands a retenu la technologie de gestion du cycle de vie des produits ENOVIA Apparel Accelerator de Dassault Systèmes pour améliorer la gestion des flux d'informations relatifs à la conception de ses produits. Que signifie un tel partenariat pour le groupe ? Cela démontre que nous parvenons à proposer des business process bien adaptés à chaque industrie que nous servons et il s’agit là d’une véritable diversification industrielle. Dans le domaine de l’habillement, nous avons débuté relativement récemment et nous avons gagné un certain nombre de contrats rapidement. Pacific Brands constitue une de ces victoires par le biais de notre canal de vente indirect. Le contrat conclu est un contrat ouvert. Le client achète ses licences au fur et à mesure. Actuellement Pacific Brands a une centaine de licences. Ce que nous offrons dans ce domaine de l’habillement est clé. Nous aidons à la gestion de toute la collection et à la relation avec les sous-traitants pour passer les commandes des matières premières et s’assurer que les renouvellements de collections interviennent lorsque les stocks sont minimaux dans les magasins. Nous espérons la conclusion d’autres contrats de ce type d’ici la fin de l’année. Dassault Systèmes et Sogeti ont signé une alliance autour de solutions métiers afin d'accélérer et d'assurer la mise en oeuvre de solutions PLM 2.0. Pourriez-vous nous en parler ? Avec la nouvelle version de nos logiciels de gestion du cycle de vie des produits, le PLM est véritablement intégré dans l’entreprise et se connecte à tout l’environnement de logiciels du client. Nos contenus en services, en intégration deviennent plus importants. C’est la raison pour laquelle nous faisons croître notre écosystème de partenaires qui sont des intégrateurs de systèmes et des sociétés de services. Sogeti apportent de bonnes compétences dans le domaine industriel. Le PLM 2.0 est destiné d’une part à nos clients actuels et vise à nous permettre d’intensifier notre diversification dans de nouveaux secteurs industriels. Globalement, sur les cinq dernières années, nous avons gagné 10 points de part de marché dans le PLM et détenons environ 24/25% du marché sur lequel nous sommes leader mondial. Notre ambition est d’améliorer notre part de marché d’environ 2 points par an. Vous avez cédé à Keonys votre filiale Dassault Systèmes Solutions France (DSF), centrée sur la vente de solutions PLM à destination des PME en France, Belgique et Luxembourg. Cette opération s'inscrit dans le cadre d'un plan lancé par DS en 2006 pour mettre en place un puissant réseau de ventes indirectes. Quels avantages concrets escomptez vous d’une telle cession ? Nous avons pour le PLM une force de vente directe, un partenaire IBM pour les grands comptes et depuis un peu plus d’un an nous développons ce canal de vente indirect que l’on appelle le value channel. Ce dernier fonctionne actuellement dans 66 pays en particulier pour le marché des petites et moyennes entreprises. La bonne gestion de ce canal indirect suppose d’avoir des distributeurs indépendants. C’est ce qui explique la cession de DSF à Keonys. Le gain d’une telle opération est avant tout d’avoir une stratégie claire.
Selon une analyse de JP Morgan, l’effet de cette cession sur le chiffre d’affaires s’élève à environ 10 millions d’euros cette année et 20 millions d’euros les années suivantes ? Le développement de notre canal de vente indirect devrait nous permettre d’avoir une meilleure couverture. Nous aurons alors compensé les effets de cette variation de périmètre. Nous escomptons un équilibre avant la fin de l’année 2009.
Des accords similaires dans d'autres régions sont-ils envisagés d’ici la fin de l’année? Nous avons peu de ces organisations de vente aux PMI. D’autres cessions sont envisageables mais pas forcément en 2008.
Quel regard portez-vous sur l’évolution de votre cours de bourse dans ce contexte de marchés financiers chahutés ? Je pense qu’il y a lieu de rester serein et de continuer à creuser notre sillon de stratégie à long terme. Nous sommes actuellement bien positionnés avec la nouvelle version du PLM 2.0 et la restructuration de nos canaux de vente pour continuer à délivrer de la croissance de notre chiffre d’affaires. Le modèle financier récurrent de Dassault Systèmes est un élément relativement rare. Tous ces éléments devraient permettre une progression de notre valorisation dans les années qui viennent. Nous ne comprenons pas vraiment la baisse intervenue suite à l’annonce de nos résultats qui sont supérieurs à nos prévisions.
Propos recueillis par Imen Hazgui |