Baudouin Prot
Administrateur, directeur général
«Nous sortons certainement renforcés de cette crise financière»
(Easybourse.com) Quels enseignements tirez-vous de ce premier semestre agité ? BNP Paribas a su sortir du lot et tirer très bien son épingle du jeu en étant une des banques mondiales de taille importante qui a le mieux traversé la crise. Nous sommes notamment la seule banque au monde avec Goldman Sachs à connaître depuis l’apparition des turbulences sur les marchés financiers quatre trimestres de résultats bénéficiaires dans l’activité de banque de financement et d’investissement. Quelles sont vos prévisions pour la fin de l’année ? Il est particulièrement difficile de donner des prévisions. Mais le groupe compte continuer à bien performer et à se distinguer des autres acteurs du secteur. Nous avons le capital et la liquidité suffisants pour y parvenir, que ce soit dans l’activité de crédit, de dépôt, d’accompagnement des entreprises pour la réalisation de leurs projets. Estimez-vous que le plus dur est désormais derrière nous ou escomptez-vous de nouveaux remous au second semestre ? Je ne pense pas que la crise soit terminée. Les tensions sur la liquidité demeurent fortes. La volatilité des marchés est encore significative. Je pense cependant, même si la prudence reste de rigueur, que le pire de la crise financière est derrière nous. Nous observons à présent ses répercussions dans la sphère économique réelle à la fois aux Etats-Unis et en Europe avec un ralentissement prononcé de la croissance. C’est là que réside le véritable défi à présent. Mais sur ce plan, les choses évoluent rapidement. En témoigne le prix du baril qui après avoir énormément augmenté ces derniers mois, a connu une baisse de 20 dollars en quelques semaines et est passé sous le seuil des 100 dollars. Ce qui constitue une bonne nouvelle pour les consommateurs. Quel regard portez-vous sur les conséquences de cette crise financière pour les banques françaises ? Les conséquences sont très différentes selon les banques. Je dois dire que BNP Paribas traverse la crise relativement bien. Nous sommes la seule banque française qui a été bénéficiaire chacun des trimestre depuis la crise. Nous sommes par ailleurs une des quatre banques au monde les mieux notées AA+. A combien évaluez-vous le coût de la crise pour votre établissement ? Globalement, sur les quatre trimestres, nous sommes l’une des grandes banques mondiales à avoir été le moins affectée. Certaines banques évaluent leurs pertes à 10, 20, 30 ou encore 40 milliards d’euros. Nous aurons chez BNP Paribas dégagé au premier semestre un profit de 3,5 milliards d’euros, soit plus que l’impact global de la crise depuis l’été 2007, que nous évaluons à environ 2,5 milliards d’euros. Quel est votre sentiment sur la dégradation de la conjoncture économique à venir ? Plusieurs économistes émérites ont des opinions divergentes sur le sujet. Pour ma part je dirige le groupe en me situant dans un scénario central d’un ralentissement économique sérieux aux Etats-Unis et en Europe qui se poursuivrait en 2009. Cependant, nous ne tablons pas sur une récession lourde, longue et aggravée. Dans ce scénario, BNP Paribas a tout a fait la volonté et la capacité à se développer. Mais nous restons très vigilants vis-à-vis des risques existants. Au cœur de notre culture d’entreprise, nous avons à la fois une véritable culture de gestion du risque et un goût pour la croissance. Nous évitons ainsi de prendre des positions fortes sur des métiers, des produits ou des activités dont la solidité et la rentabilité ne nous paraissent pas convaincantes à long terme. Qu’en est-il de l’impact du ralentissement économique en France ? Parmi tous les marchés européens de la banque de détail, le marché qui présente le plus grand potentiel de résistance est le marché français. Ce dernier présente une solidité notable en terme de revenus. L’absence de bulle immobilière significative et la robustesse de notre portefeuille de crédits hypothécaires feront que le niveau de risque sur le segment des particuliers demeurera faible, comparé à certains pays comme l’Espagne ou le Royaume Uni. Nous avons gagné dans le courant du deuxième trimestre en France 40 000 clients particuliers. C’est pratiquement un chiffre record qui démontre que l’attractivité du groupe se renforce. Ceci étant, le ralentissement de la croissance constituera certainement un défi en terme de revenus. Mais nous ferons en sorte de conserver notre objectif d’un écart d’au moins 1% entre la croissance des revenus et la croissance des coûts dans les prochains trimestres. Peut-on considérer que vous avez repris des clients de la Société Générale ? Je n’ai pas de remarques particulières à faire sur ce sujet. Quelle est votre vision sur la santé des entreprises ? Les entreprises mondiales et en particuliers les entreprises françaises abordent cette période de ralentissement dans de bonnes conditions avec une situation de bilan et de résultats dans l’ensemble satisfaisants. De ce fait, il n’y a pas lieu de céder à un pessimisme généralisé. Si les difficultés sont bien présentes, nous avons tout de même des raisons de rester relativement optimistes particulièrement au sein du groupe. Qu’en est-il de votre politique en termes de croissance externe ? Nous avons depuis le début de l’année procédé à deux acquisitions ciblées : l’activité de prime brokerage de Bank of America aux Etats-Unis et la banque privée Insinger de Beaufort aux Pays-Bas. Au-delà, BNP Paribas est très concentré sur sa croissance organique. Le renforcement de la marque BNP Paribas a conduit à ce que davantage de clients souhaitent travailler avec nous. Nous avons par exemple pris part dans l’opération de rachat par le brasseur belge InBev de son concurrent américain Anheuser-Busch pour un montant de 52 milliards de dollars. Les conditions de crédit se sont durcies au sein des réseaux bancaires. Quel est le mot d’ordre chez BNP Paribas en terme d’attribution ? L’octroi des crédits au sein du groupe aussi bien pour les entreprises que pour les particuliers a continué à être très dynamique dans le courant de ce premier semestre. Il n’y a clairement pas de crédit crunch chez BNP Paribas, puisque les encours ont augmenté en France de 12% et en Italie de 15%. Propos recueillis par Imen Hazgui |