Alain Marty
président du Wine & Business Club
«Les grands patrons sont des locomotives valorisantes pour le vin français»
(Easybourse.com) Quelle est la vocation de votre club ? Le Wine & Business Club a été créé il y a 15 ans et compte aujourd’hui près de 1600 membres, tous dirigeants d’entreprises. Il s’agit du premier club d’amateurs de vin en Europe. Nous nous réunissons tous les mois autour de trois thèmes : l’économie, la gastronomie et le vin. Les entreprises doivent s’acquitter d’une cotisation annuelle comprise entre 4 300 et 9 800 euros. Nous projetons maintenant d’exporter notre modèle à Lyon, Genève, Londres ou encore Bruxelles, avec pour objectif final de créer un réseau mondial d’épicuriens amateurs de vin. Quel est le profil des membres du club ? 60% des membres sont des dirigeants de grands groupes et 40% des patrons de PME. La moyenne d’âge est de 44 ans et nous comptons 27% de femmes. Tous les secteurs d’activités sont représentés, même si 20% des adhérents viennent du secteur de la finance. Comment expliquez-vous l’intérêt grandissant des grands patrons pour le secteur viticole ? Nous rêvons tous de devenir des « paysans de luxe ». Il s’agit d’un phénomène de mode, les grands patrons sont désireux d’y acquérir de nouvelles lettres de noblesse. Il y a deux types de grands patrons qui investissent dans le vin : les amoureux du vin, qui sont parfois aussi de véritables vignerons à temps plein, et ceux qui considèrent que ça fait bien d’avoir un domaine. Ils ont toutefois un point commun : ils ont tous les moyens d’investir dans le vin. Le coût moyen d’acquisition d’une propriété viticole varie de 300 000 euros l’hectare dans le Bordelais à 5 000 euros l’hectare dans la Loire. Le vin est avant tout un métier et l’intervention des grands patrons dans ce secteur est parfois perçue comme une simple stratégie marketing. Que répondez-vous à ces critiques ? Je ne crois pas. Les grands patrons constituent des locomotives valorisantes pour le vin français. De même, les grands patrons sont accusés d’intervenir dans le secteur viticole en raison des avantages fiscaux qu’ils peuvent en tirer. Ces avantages existent-ils vraiment ? Si oui quels sont-ils ? L’investissement dans les vignes offre de réels avantages fiscaux pour les très hauts revenus. Comme on le dit dans le milieu, mieux vaut être riche avant d’acheter un vignoble que de compter sur le vignoble pour le devenir. Que pensez-vous des stars du show-biz qui se contentent d’associer leur nom à un vin sans pour autant s’impliquer dans sa fabrication ? Ceci ne risque-t-il pas de décrédibiliser le secteur du vin ? Non, au contraire. Compte tenu du fait que 38% des français ne boivent pas de vin, notamment parmi les 18-25 ans, l’intervention de stars est un moyen pour redonner le goût du vin aux gens et l’envie de consommer. Le marché du vin est divisé en deux grandes catégories en France : les Rolls Royce qui se portent très bien et se vendent très cher, tels certains domaines ou châteaux de la Vallée du Rhône et le Bordeaux. La qualité du vin ne rentre plus en ligne de compte car il s’agit de produits de luxe. Mais cette catégorie ne représente que 1% des vins français, 99% de la production hexagonale se bat dans une concurrence féroce. La mévente des vins français est liée tantôt à la qualité du vin tantôt au mauvais marketing dont il fait l’objet. La consommation mondiale de vin augmente de 0,5 à 5% par an ce qui laisse une lueur d’espoir au vin français. Il faut donc faire en sorte que les gens boivent davantage de vin. Je crois que les vignerons français devraient s’inspirer du modèle de production et de gestion du champagne, qui continue toujours aussi bien à se vendre. Les marques de champagne se caractérisent par le fait que les vins ont le même goût chaque année. De plus, il ne faut pas oublier qu’il y a deux métiers du vin : celui qui consiste à faire du raisin et celui qui consiste à le vendre. Il est difficile de faire les deux car les compétences requises ne sont pas les mêmes. Enfin, en matière de marketing, la France est à la traine. A titre d’exemple, en 2000, l’américain Gallo a investi autant en marketing et publicité au Royaume-Uni que l’ensemble des vignerons français dans le monde entier ! |