Dan Serfaty
cofondateur de Viaduc
«La communauté permet de combattre la solitude professionnelle»
(Easybourse.com) Comment avez-vous eu l’idée de fonder Viaduc ? En 2000, nous avons créé avec mes deux associés, Thierry Lunati et Marc Reeb, Agregator, un club d’entrepreneurs réservé à des patrons de structures en forte croissance, destiné à leur permettre de mutualiser une partie du capital de leur société. Au-delà des rencontres offline que nous organisions régulièrement pour réunir les membres du club, nous avons vite compris l’intérêt de développer une plateforme en ligne leur permettant de faire connaissance, d’échanger, de se rencontrer et de nouer des contacts d’affaires en toute liberté. L’idée est partie de là. Avec le lancement de Viaduc à l’été 2004, nous avons étendu le concept en ouvrant la plateforme à tous les professionnels - qu’ils soient entrepreneurs (membres ou non d’Agregator), salariés ou indépendants - pour lui donner encore plus de puissance et de richesse. Que représente Viaduc en terme de membres, fréquentation, revenus ? Près de 700 000 professionnels se sont inscrits en un peu plus de 2 ans ! Nous avons enregistré 50 000 nouveaux membres en septembre et la tendance actuelle est de 2 000 nouveaux inscrits chaque jour. Pour vous donner une idée de la fréquentation et de l’usage qui est fait du site, sachez que plus d’1,5 millions de profils (fiches de présentation des membres) sont consultés chaque mois, plus de 4 500 mises en relation réalisées chaque jour et près de 7 000 Hubs (forums thématiques) ont été créés par nos membres. En termes de revenus, ils sont générés à 80% par les abonnements Premium qui donnent accès à des fonctionnalités additionnelles du site et à 20% par la commercialisation des annonces diffusées par les recruteurs et chasseurs de tête. Ces revenus nous permettent de financer une structure de 25 personnes qui recrute 4 à 5 personnes supplémentaires par mois. Quels sont les profils de vos membres ? Ce sont des cadres en entreprise à 75%, des entrepreneurs à 15%, des indépendants ou free lances à 5% et des chercheurs d’emploi à 5%. En termes socio-démographiques, ce sont des hommes à 60% et ils ont en moyenne 35 ans. Enfin, ils habitent en France pour 80% d’entre eux avec encore une légère surreprésentation en Ile de France (20%) Comment expliquez-vous la croissance exponentielle des réseaux virtuels et physiques ces dernières années ? Le réseau répond à une double problématique, constante dans une vie professionnelle :
le besoin d’échanger et de confronter ses idées, de profiter de l’expertise d’autres personnes, de ne pas réinventer le monde à chaque fois…
la possibilité de s’appuyer sur ses connaissances pour s’ouvrir un accès à des personnes qu’on ne connaît pas. Les réseaux virtuels ont l’avantage de permettre d’identifier la bonne personne pour le faire, en quelques clics, peu importe l’endroit où elle se trouve. Et avec le développement de l’accès à Internet, ces réseaux virtuels deviennent toujours plus accessibles. D’une façon plus générale, on retrouve aussi dans cet engouement la logique de « communauté », source de sécurité et de repères, qui permet de combattre la solitude professionnelle. Ce développement ne risque t-il pas de prendre le pas sur la recherche d’emploi traditionnelle, sans recommandation ? C’est déjà le cas aujourd’hui ! Près de 60% des salariés indiquent avoir trouvé leur poste par l’intermédiaire, plus ou moins direct, de leurs connaissances. Un site comme Viaduc permet justement à tous ceux qui n’ont pas au départ les bonnes entrées de se constituer un véritable « carnet d’adresses ». Quelles sont les particularités et les règles à respecter pour développer son réseau sur Viaduc ? Comme le disent nos membres dans les témoignages qu’ils nous envoient, il faut savoir donner pour recevoir… C’est finalement le cas dans toute relation saine et durable, qu’elle soit virtuelle ou réelle. De ce fait, Viaduc est basé sur l’échange, la réciprocité, la convivialité et la transparence. Un conseil pour exploiter au mieux les fonctionnalités de votre plateforme ? Il faut en effet respecter quelques étapes clés pour tirer pleinement profit de Viaduc. Tout d’abord, bien rédiger son profil pour présenter aux autres membres son parcours et son projet professionnel de façon claire et «vendeuse». C’est ce qui vous permettra d’être «demandé». Ensuite, constituer son réseau de contacts directs en retrouvant sur le site les membres que l’on connaît et qui sont déjà membres (anciens camarades ou collègues, relations professionnelles, connaissances…), et en invitant les autres, soit vos contacts non encore inscrits, à rejoindre la plateforme. C’est ce qui vous permettra d’entrer en contact avec les contacts des contacts de vos contacts (4 niveaux). Quelques mots sur la montée en puissance des « hubs ». Nous avons plus de 7 000 hubs actifs à l’heure actuelle. Je pense que leur succès phénoménal vient justement du fait qu’ils sont complètement à l’initiative de nos membres. Ceux-ci se regroupent par communauté d’intérêt (de l’art contemporain à la plongée sous-marine en passant par l’export ou un cursus universitaire spécifique), et échangent sur des problématiques communes. Les Clubs Business, par exemple, organisent régulièrement des événements pour que les membres se rencontrent au niveau régional. D’une manière générale, les hubs permettent aux membres qui s’y inscrivent de se tenir informés, d’échanger et de nouer de nouveaux contacts sur des sujets qui les intéressent. Quant aux membres qui en créent, ils affirment aussi leur expertise et se donnent de la visibilité. Nous sommes au cœur du Web 2.0 : Viaduc fournit un outil, adossé à la formidable audience du site, et chacun lui donne le contenu qu’il veut. Comment gérez-vous la concurrence avec les autres sites de réseaux virtuels ? Avec 700 000 membres, nous sommes le premier réseau professionnel en France. Pour ce qui est de nos concurrents étrangers, ils ont un positionnement différent : Linked’In (US) est perçu, hors des pays anglo-saxons, comme le spécialiste des «profils internationaux» (responsables export, financiers etc…). En effet, leur interface étant 100% en anglais, seuls les utilisateurs ayant une parfaite maîtrise de l’anglais peuvent réellement s’en servir au risque de se décrédibiliser complètement.
OpenBC (All) a quant à lui choisi de traduire son site dans toutes les langues, mais sans localiser ni l’interface, ni le contenu... De fait, leurs membres restent essentiellement allemands.
Quels sont vos projets de développement ?
L’international, avec une stratégie en 2 volets, car nous sommes convaincus que les réseaux professionnels sont dépendants de la culture locale et nécessitent d’être adaptés: Pour l’Europe, nous allons lancer des versions anglaise, portugaise, allemande, espagnole et italienne d’ici quelques semaines sur le modèle de Viaduc en terme d’interface, mais avec des contenus spécifiques à chaque pays. Pour les pays plus éloignés (Inde, Japon…), nous visons une prise de participation ou un accord avec le leader local. Nous avons ainsi pris une participation le mois dernier dans le réseau leader en Chine : Tianji. Nous prévoyons aussi de développer de nouvelles fonctionnalités sur le site pour toujours anticiper au mieux les nouvelles attentes de nos membres.
Propos recueillis par M.L.H. |