Alain Leclair
président de l’Association française de la gestion financière
«Nous proposons la mise en place de gazelles de la finance»
(Easybourse.com) Vous avez dressé un bilan très positif de la gestion pour compte de tiers. Quels sont les défis à relever aujourd’hui ? La gestion française a connu, pour la quatrième année consécutive, une progression à deux chiffres (+15%) tant pour la gestion collective (près de 1500 milliards d’euros, en hausse de 18%) que pour la gestion sous mandat (+10%). L’industrie française de la gestion a ainsi quintuplé en dix ans passant de 511 milliards d’euros en 1996 à près de 2500 milliards d’euros en 2006. Nos résultats sont donc très bons mais nous devons toujours garder à l’esprit la volatilité des marchés. Pour 2007 et les années à venir, le besoin de financement des retraites constitue l’un des principaux problèmes de la société en raison notamment de l’accélération du vieillissement de la population. Il est également certain que l’épargne des ménages va devoir contribuer de façon grandissante à la solution de ce problème dans la plupart des pays développés. L’une des conséquences majeures est qu’une grande partie des risques assumés dans les systèmes actuels par la collectivité sera de plus en plus transférée vers les investisseurs individuels. Ces transferts confèrent aux gestionnaires un rôle et une responsabilité accrus. L’AFG suit de très près toutes ces questions: le 30 décembre 2006, la loi sur la participation, l’actionnariat salarié et l’épargne salariale a été promulguée. Inspirée par de nombreuses propositions de l’AFG, le texte renforce le développement de la participation pour tous. Rappelons que sur l’ensemble de l’année, l’encours des FCPE devrait, selon nos estimations, augmenter à un taux nettement supérieur à 20%, passant de 69 milliards d’euros à 85 milliards, dont près d’un milliard pour les actifs dans les PERCO. En outre, les enjeux concurrentiels sont considérables et nous devons être en mesure de les affronter. Nous devons également faire face à une réglementation toujours plus contraignante, mais qui permet parallèlement d’avoir des marchés financiers structurés et de rétablir la confiance. Néanmoins, les régulateurs n’ont pas de benchmark quant au niveau de règlementation à mettre sur pied. Il faut s’efforcer de mesurer les conséquences en termes de coûts des nouvelles mesures à adopter. Quelle est la probabilité que la directive OPCVM soit modifiée ? Le monde anglo-saxon est contre l’adoption d’une directive. Il s’oppose à toute contrainte en la matière et plaide afin que les forces de marché s’organisent elles-mêmes. Nous aussi, nous demandons moins de régulation mais nous pensons toutefois qu’il faut une base minimale et commune de régulation en Europe afin de créer l’espace européen nécessaire et de renforcer le marché unique. Progresser en direction d’un véritable marché européen de la gestion, bénéficiant de larges économies d’échelle, constitue un autre défi à relever. L’AFG se réjouit donc que le livre blanc publié en novembre dernier reprenne l’essentiel de ses souhaits : facilitation de l’enregistrement des OPCVM coordonnés, réduction des obstacles à la fusion de fonds, création d’OPCVM maîtres-nourriciers européens, et enfin instauration d’un véritable passeport pour les sociétés de gestion leur permettant de gérer les OPCVM domiciliés dans un autre Etat membre. 2007 sera une année décisive car il faudra s’assurer que ces intentions se traduisent bien dans les faits, notamment par la publication de propositions concrètes de modifications de la directive OPCVM. Un minimum de structures est nécessaire. Aussi nous sommes convaincus de la nécessité de modifier la directive actuelle car elle ne permet pas les fusions de fonds ni même la possibilité de créer des maîtres nourriciers transfrontières. Le dernier livre blanc de la Commission européenne montre une réflexion sur une possible modification de la directive existante. Mais le régime d’adoption des directives est celui de l’unanimité, et sur les mesures proposées il existe de nombreuses oppositions, notamment de la part des petits pays qui craignent la transformation de leur industrie. Quelle est l’importance du domaine de la finance en termes d’effectifs ? L’industrie française de la gestion s’affirme comme l’une des activités les plus créatrices d’emplois à haute valeur ajoutée. Elle s’insère dans un écosystème où la chaîne de valeur comporte un très grand nombre de métiers associés. On estime ainsi qu’une personne employée dans une société de gestion de portefeuilles entraine trois créations d’emplois chez les prestataires de services et les structures de distribution. Que pensez-vous du danger de la domiciliation des fonds au Luxembourg ? Pensez-vous qu’à l’instar d’autres pays européens, la France connaîtra des délocalisations de sociétés de gestion françaises dans ce pays ? Actuellement, nous sommes le seul pays où les valeurs vendues proviennent à plus de 90% des fonds de droit français. Ce qui serait anormal n’est pas tant que des sociétés françaises soient domiciliées au Luxembourg (cela peut se justifier par des raisons d’économies d’échelle) mais que ces sociétés aient été créées au Luxembourg car étant dans l’impossibilité de le faire en France, du fait de la réglementation ou d’un régulateur moins accueillant commercialement. A présent, si nous décortiquons la valeur économique de l’activité au Luxembourg, nous nous apercevons qu’elle est relativement ténue. Certes, le fonds est inscrit au Luxembourg mais les gérants, les distributeurs ou encore les promoteurs ne sont pas luxembourgeois. De même pour le BtoB, ce ne sont pas des sociétés luxembourgeoises qui s’en occupent. Seule une partie de l’administration se fait au Luxembourg. Ce qu’il y a de fantastique dans tout cela, c’est d’avoir fait croire mondialement que le fonds luxembourgeois était le fonds européen de référence. Mais il faut savoir que lorsqu’un fonds luxembourgeois est promu, c’est en fait un modèle économique à 80% non luxembourgeois qui est promu. Pourriez-vous nous donner plus de précisions quant à votre projet de mise en place des gazelles de la finance ? De plus en plus d’acteurs venant de grands groupes ou d’universités sont prêts à créer une entreprise dans le domaine de la finance. Le problème qu’ils rencontrent n’est pas tellement celui du capital à mettre dans l’affaire (les obligations de capital sont relativement raisonnables) mais la capacité à gérer les capitaux. Il faut donc un outil professionnel d’aide à la gestion. Comme boulangerie industrielle a besoin d’un four haut de gamme et 500 000 euros pour commencer à fonctionner, nous proposons d’aider les sociétés de gestion entrepreneuriales en leur apportant leurs premiers capitaux. Il s’agit du capital d’amorçage «seed money». Cette pratique existe déjà à Londres, à Boston et bientôt à Paris. Plus précisément, nous proposons qu’une partie modeste des capitaux puisse servir de capitaux d’amorçage pour les jeunes équipes entrepreneuriales intervenant dans le monde de la finance. J’en profite pour souligner l’importance des sociétés de gestion entrepreneuriales en France, car c’est une spécificité de notre pays. Au cours des quatre dernières années, près de 60 nouvelles sociétés de gestion entrepreneuriales ont ainsi vu le jour (dont une vingtaine en 2006). Une quarantaine de sociétés de gestion entrepreneuriales ont connu un taux de croissance annuel des encours supérieur à 30%. Propos recueillis par I.H. |