Alexis Karklins-Marchay
associé Ernst and Young
«Une différenciation efficace, par la mise en évidence de la valeur immatérielle, sera la base de toute stratégie gagnante des entreprises»
(Easybourse.com) Quelle est la raison d’être de l’Observatoire de l’immatériel ? L’économie a changé. Nous sommes actuellement dans l’ère de l'immatériel, autrement dit dans une économie de la connaissance, du savoir et de l'information. Ces termes, qui recouvrent une réalité bien concrète, peuvent souvent apparaître comme abstraits et difficiles à quantifier. Beaucoup d'entreprises ont pris conscience et identifié les actifs immatériels comme des éléments essentiels dans leur valeur financière, mais rares sont celles qui disposent de données fiables leur permettant de les mesurer précisément et les intégrer dans leurs bilans comptables. Un travail important de recherche et de standardisation a dû être fait pour établir des indicateurs pertinents et permettre des comparaisons au sein d’un même secteur. L’Observatoire de l'immatériel s'inscrit ainsi directement dans cette perspective, c'est-à-dire la volonté de donner des outils et des instruments de mesure aux entreprises afin de leur permettre d’identifier, de mesurer et de suivre les différents types d'actifs de leur capital immatériel: marques et brevets, systèmes d'information, capital humain, relations avec les clients, avec les fournisseurs et avec les actionnaires. Quels sont les enjeux sous-jacents à cette prise en considération des actifs immatériels ? Le premier enjeu est relatif à la valorisation de l’entreprise. Il renvoie au fameux ratio de valorisation entre la valeur boursière d'une entreprise et la valeur des éléments comptables. Depuis près de 25 ans, ce ratio n'a cessé de croître. Cet indicateur révèle que «certaines choses» qui n'étaient pas au bilan étaient constitutives d'une certaine valeur. Ces «choses» sont pour l’essentiel des actifs immatériels. Ces derniers représentent aujourd’hui en moyenne près de 60 % de la valeur d’une entreprise, proportion qui varie en fonction des secteurs : luxe, consommation, chimie, matériaux de construction, utilities, services aux collectivités. Par ailleurs, la valorisation d’une entreprise a un lien ténu avec sa différenciation sur le marché. Fondamentalement nous pouvons dire qu’après le temps de l’industrialisation et de consommation de masse, et qu’après le temps du service, nous sommes entrés dans un temps de la différenciation au sein d’un même secteur. Dans une économie mondialisée et concurrentielle, caractérisée par la course à l’innovation, afin de pérenniser sa croissance, d’assurer sa rentabilité et de gérer les risques liés à des parts de marchés qui peuvent fluctuer très rapidement, seule la différenciation efficace des concurrents peut être la base de la stratégie gagnante des entreprises. Aussi, au-delà de sa valorisation financière, l’entreprise devra s’efforcer de mettre également en évidence sa «valeur immatérielle». Qui est concerné par la mesure de ces actifs immatériels ? L'idée est d'aller vers des instruments qui ne soient pas simplement et seulement compréhensibles par des experts. La valorisation des actifs immatériels n'est plus un exercice réservé à quelques spécialistes de banques d'affaires et effectué de manière accidentelle à l'occasion d'opérations de fusion-acquisition. La direction financière, les experts-comptables, les analystes financiers, les gérants de fonds et les investisseurs s'en préoccupent désormais au quotidien. De quelle manière l’Observatoire aide-t-il les entreprises dans cette évaluation ? Huit classes d'actifs ont été définies de manière à recouvrir l'essentiel des différents types d'entreprises qui existent. Elles sont représentées à des degrés différents selon les secteurs. Ainsi pour une société de la grande distribution, ce n'est pas le brevet qui sera déterminant mais davantage le capital humain, les clients et les fournisseurs. A partir de ces classes d’actifs, 151 critères simples et concrets ont été posés. Qu’est-ce qui fera le succès de l’Observatoire ? L'Observatoire est d'abord une communauté d'experts : une rencontre entre les représentants d'entreprises industrielles, des spécialistes de la finance, des investisseurs, des experts-comptables, des conseils, un lieu de débat et d’échanges. Ainsi le site sera nourri en permanence par des articles, des études de presse, des interventions et des reflets de diverses manifestations. Le succès de l’Observatoire sera quantifié en partie à travers le nombre de clics sur le site, le nombre de pages lues et consultées mais également par la multiplication des manifestations et des articles intégrés. Au final, nous souhaitons que l’Observatoire devienne une référence pour les entreprises. C’est ambitieux et cela demande beaucoup d'efforts mais nous sommes prêts à nous investir dans ce projet qui nous tient à cœur. Propos recueillis par I.H. |