Albert Mallet
président du Forum de Paris
«La solution de sortie de crise de l’Union européenne réside dans une alliance avec le bassin méditerranéen»
(Easybourse.com) La thématique de cette année a été : « L'union 50 ans après : quelle Europe pour quels Européens ». Pourquoi avoir choisi cette thématique ? Le 50e anniversaire du traité de Rome, que nous fêtons cette année, nous a semblé être une très bonne occasion pour nous de passer au scanner les 50 dernières années écoulées. Suite au « non » à la Constitution européenne, les angoisses se sont renforcées en ce qui concerne les perspectives de l’Union européenne. Ce faisant, et sans trahir notre vocation euroméditerranéenne, nous avons décidé de faire intervenir 45 intervenants de grande qualité pour se prononcer sur des thématiques aussi diverses que l’identité européenne, la gouvernance de l’Europe et l’impasse institutionnelle, le modèle économique et social de l’organisation, l’intégration économique, la puissance mondiale. Nous nous sommes efforcés de répondre à l'ensemble des inquiétudes sous-jacentes au devenir de l'Union européenne. Quelle est votre opinion quant à la crise que semble vivre l’Union européenne à l’heure actuelle ? Je suis habituellement une personne très terre à terre. Ce que nous observons aujourd’hui c’est que les Etats membres de l'Union ont tendance à se replier sur eux-mêmes et sont plus nationaux qu’européens. Aussi, au lieu de trouver un marché commun, nous sommes confrontés à plusieurs marchés concurrentiels. Ceci s’illustre par le bras de fer qui a opposé l'Allemagne à la France concernant le dossier de EADS.Nous avons quelque peu perdu la vision de la construction européenne. Je regrette profondément le « non » français parce que, de mon avis, jamais les Français ne se sont autant intéressés à l'Europe. J'ai notamment pu l'observer par l'élection de la présidente allemande Angela Merkel. Cet intérêt a rendu compte d'une prise de conscience sur ce qu'était l'espace européen. Après le « non » a l'Europe, il y a eu un véritable repli. Le pays a connu une vraie régression par rapport à tous les acquis qu’il avait. Je pense que le « non » des Français s’explique en grande partie par des inquiétudes, un projet pas clair, une absence de perspective, un discours qui manque de cohérence, une action de la Banque centrale trop dirigiste et pas assez entreprenante. Quid du devenir de l'Union européenne ? Nous sommes engagés dans un processus irréversible caractérisé par la mise en place de l'euro, ou encore de l’espace Shenghen. Nous avons beaucoup de choses en commun et nous devons faire fonctionner tout cela. Certes, le processus est jalonné par des crises, mais ces crises ne finiront pas par un suicide collectif. Très souvent une crise aboutit à quelque chose de positif et de constructif. Je crois fortement à l'avenir européen. Pour s'en sortir, il faudra dialoguer, débattre, et éviter qu'une technocratie ne s'installe. Cette technocratie est actuellement très puissante à Bruxelles au sein de la Commission européenne. Au niveau du Parlement européen, il y a beaucoup de parlementaires qui ne s'investissent pas assez dans leurs travaux. Les Etats membres doivent être beaucoup plus impliqués. Que pensez-vous d’une éventuelle coopération renforcée basée sur un axe franco-allemand ? Je projette mon regard vers l'autre rive de la Méditerranée, là où se situe le bassin de population de l'Europe. C'est au Maghreb que l'Europe retrouvera ses marchés, sa main-d'oeuvre, sa matière grise… Je pense que l'Allemagne nous a tiré trop longtemps vers les pays de l'Est. Il est temps que cela cesse. Nous avons une vocation importante par rapport au Sud. Je pense que la solution réside alors dans une alliance avec le bassin méditerranéen. A mon sens, l'Europe a pris conscience de cela et beaucoup de choses ont changé ces deux dernières années. Mais il y a encore beaucoup de travail à faire. Quel rôle joue le Forum de Paris pour sortir de la crise ? Le Forum de Paris a 4 ans d'existence et c'est devenu un rendez-vous annuel important. La raison d'être de ce forum est de créer un lieu grand ouvert au public qui réunit des experts, des initiés, des jeunes, des citoyens engagés. Il a vocation à accueillir les décideurs de demain. Ce n’est pas un forum élitiste et fermé. Ce n'est pas un hasard si à chaque édition il y a environ 3 000 à 3 500 personnes. Quelle sera la prochaine thématique du forum ? Les instances décisionnelles devraient se réunir au mois de mars, mais nous pouvons d’ores et déjà indiquer que le prochain forum sera consacré à la relation entre l'Europe et le Maghreb. Le focus portera sur comment nous pouvons se développer avec cette région du monde. Parmi les sujets traités, nous retrouverons la problématique des flux migratoires, de la sécurité, du tourisme, et les enjeux économiques et sociaux... Il ne faut pas oublier que l'Europe a imposé au Maroc, à l’Algérie, et à la Tunisie une mise à niveau pour pouvoir s'amarrer au niveau des coopérations actives en 2012. Quel bilan faites-vous de ces trois journées ? Nous avons un slogan : dialoguer pour construire. Je pense que ce n'est pas satisfaisant globalement mais c'est déjà un grand pas lorsque vous réunissez des personnes éminentes pour discuter de diverses problématiques majeures. J'ai pu percevoir un éveil important dans l'esprit des participants. Indépendamment des critiques très fortes qu'il y a pu y avoir, les intervenants étaient foncièrement européens. Il y avait une véritable volonté de construire l'Europe à partir d'une vision réaliste et lucide. C’est ainsi que les tables rondes ont fonctionné, toujours de la même manière : une personne faisait le constat, trois personnes débattaient et il y avait toujours un point de vue politique. Ceci permettait des échanges de points de vue très intéressants. Propos recueillis par I.H. |