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Interview
 

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Louis Naugès

PDG de Microcost

«Il n’y a pas d’avenir en dehors du Web»


(Easybourse.com) Qu’est-ce que la dimension Web 2.0 pour une entreprise ?
Depuis quatre à cinq ans, on s’aperçoit que les technologies innovantes (wikis, chats, téléphonie mobile etc.) arrivent en priorité dans le grand public, et en particulier auprès des jeunes. C’est ce qu’un Américain a appelé les « digital natives », c’est-à-dire les gens qui sont nés dedans, et pour qui un appareil photo est en général numérique. Il s’agit d’un phénomène majeur.

Le monde de l’entreprise, et en particulier les grandes, a besoin de plus de temps pour réagir, mais je pousse en sens. Il y a un décalage, à la fois dans les techniques et dans les usages. Mais certaines entreprises commencent à se rendre compte que leur culture est très différente, voire ringarde.

Le décalage est d’environ de trois à cinq ans. Mon métier à travers Microcost consiste à aider les entreprises à utiliser intelligemment ces techniques du Web 2.0 qui sont maintenant relativement fiabilisées et connues. Ce n’est donc pas tant un problème de technologie qu’un problème de culture, d’acculturation et d’accompagnement.

J’ai un métier important de veille technologique, et beaucoup d’entreprises avec qui je travaille me font confiance, je les aide à réfléchir sur ce qui va se passer.

Lorsque l’équipe de Google a lancé en France le 22 février ses applications Google Apps pour les entreprises, elle l’a fait à Paris, parce que plus de la moitié de leurs clients mondiaux étaient français, en grande partie grâce à moi… Que ce soit l’Oréal ou Essilor, j’avais déjà préparé le terrain avant.

A-t-il été long de convaincre des entreprises comme L’Oréal et Essilor ?
Non, dans la mesure où il s’agit d’entreprises qui ont une véritable culture de l’innovation. Ce n’est pas la peine de perdre trop de temps avec des entreprises qui sont à la traîne. Aujourd’hui, il y en a encore beaucoup qui ne vont pas y aller, il faut attendre qu’elles soient prêtes culturellement.

Quels sont les avantages pour une entreprise de s’équiper avec des solutions 2.0 ?
Il y en a deux principaux, bien que les raisons puissent être différentes selon les secteurs. Le premier est une réduction des coûts. Avoir un système informatique efficace pour trois euros par mois, ce n’est pas négligeable.

L’autre avantage majeur tient en effet au travail collaboratif : chez l’Oréal, par exemple, c’est cet aspect collaboratif qui compte, notamment pour la recherche, pour aider les différents chercheurs (spécialisés dans le cheveux, la peau etc.) à travailler ensemble de façon plus performante. Si ça coûte moins cher, c’est encore mieux.

Vous parlez d’entreprises traditionnelles. Qu’en est-il pour des entreprises Internet ?
On constate qu’en informatique, les innovations commencent souvent par des outils simples, de types bureautiques : messagerie etc. Il y a les applications transverses, qui vont être utiles à tout le monde, de la banque à l’entreprise pétrolière, aussi bien pour les grandes sociétés que pour les petites. Il est donc plus facile d’attaquer ce marché.

En termes de ventes, les entreprises qui fournissent des produits transverses ont un marché énorme. C’est le cas de Microsoft qui a fait sa fortune avec Office et Windows qui sont des produits, par définition, mondiaux.

Quand on fait du vertical, on a des marchés plus petits et c’est plus compliqué. Il y a donc des produits qui vont se généraliser, et il y a les produits métiers, c’est là où des gens comme Salesforce apparaissent. Ces solutions métiers sont aussi des solutions « full Web ». A mon avis, il n’y a pas d’avenir en dehors du Web.

Ce qu’il est intéressant de voir avec des entreprises comme Salesforce, qui a près de neuf ans d’existence et presque 30 000 clients, c’est qu’elles ont réussi à vaincre la grande peur des entreprises qui s’inquiètent que leurs données (commerciales, etc.) soient stockées en dehors de la société. Là, il y a un vrai blocage, en tout cas pour les grandes entreprises.

Du point de vue des clients financiers, ce qui est intéressant, c’est que ces outils de nouvelles générations représentent des possibilités extraordinaires pour tout le marché français des 95% de PME et TPE, qui peuvent enfin avoir une informatique de très bon niveau à des prix très bas. L’exemple de Crès Ricards est édifiant en la matière.
 
Le message à transmettre est simple : toute plateforme, petite comme moyenne, peut rapidement, sans faire appel à un informaticien, devenir autonome informatiquement. Il y a là un gigantesque gisement de productivité et de compétitivité française.

Il faudrait également que les Chambres de commerce et les associations professionnelles fassent un gros travail marketing.

Qu’est-ce que le Web 2.0 pourrait apporter vis-à-vis du client ?
Il y a un milliard de personnes sur le Web. Ca veut dire que toute entreprise, qui a un service ou un produit qui peut se vendre hors de France, atteint directement le marché. Pour exemple, j’ai des amis en Espagne qui fabriquent des céramiques pour fond de piscine et qui ont mis sur Internet des photos de leurs produits. Désormais, ils font 60% de leurs ventes à l’étranger.

Et, pour revenir au problème de confidentialité, qu’en est-il du risque de copies ?
Le risque existe, mais il fait parti de la dynamique. La seule protection réside dans la vitesse et l’innovation. N’importe qui peut prendre votre catalogue et partir avec.

Ce qu’il faut retenir, et c’est assez sympathique, c’est que ce sont de grandes entreprises françaises qui ont été les leaders dans l’usage des applications Google.

Y a t il un profil type de personnes préparées à cette innovation ?
Dans les secteurs à forte concurrence, oui. En outre, dans les secteurs où un « euro c’est un euro », je pense que là aussi c’est plutôt positif. Si on leur parle d’économies, ils comprennent très vite les avantages.

Mais fondamentalement, des personnes ouvertes font avancer les entreprises pour lesquelles elles travaillent. C’est le cas de Didier Lambert, le directeur des systèmes d’informations chez Essilor.

La Bêta version permanente ne pose-t-elle pas un problème ?
Pour Google Apps, 50 millions d’utilisateurs publics dans le monde ont la possibilité de demander des innovations ou poser des questions. La version Bêta sert justement à répondre à toutes ces questions, en améliorant le produit initial à partir des demandes des utilisateurs au jour le jour. C’est une innovation continue qui est alimentée à la fois par les fournisseurs et leurs clients.

Le côté collaboratif des outils se développe aussi entre le fournisseur et les clients. Au lieu d’avoir un fournisseur qui vous explique tous les cinq ans qu’il va faire une nouvelle version de Vista, ici on à un continuum.

Nous sommes d’ailleurs en train de mettre au point un site de collaboration de nos clients pour aller dans ce sens là, ce qui est assez rare pour une  entreprise de conseils. On joue la carte de la transparence et de la culture Web 2.0. L’idée est de créer une communauté de clients.

Il y a une dynamique passionnante « outil-attentes » et nous accompagnons cette dynamique. Microcost n’a pas vocation à développer des produits, on les attend.

Avez-vous instauré un dialogue avec l’Etat français ?
En France, quand on veut aider les PME, on fait des plans étatiques très structurés et très lourds, mais on n’a pas vraiment compris les choses. J’ai fait une réunion au Ministère des finances pour un plan PME et il y avait des gens qui de toute évidence, n’avaient jamais vu une PME de leur vie.

Je viens par exemple de découvrir un petit logiciel français qui serait très utile à une PME. Il vous fait des documents de base d’une entreprise (bons de livraison, factures etc.) en « full Web », pour soixante euros par an avec quatre mois d’essai gratuits! Des idées il y en a, mais le problème c’est de les vendre.

Comment la France devrait-elle faire pour aider le développement du Web ?
L’infrastructure Web est composée d’un réseau et de serveurs, le réseau étant tout de même l’élément fondamental. En la matière, la France se situe assez bien, avec des offres Internet parmi les moins chères du monde. En outre, le Wifi et le Wimax se développent de plus en plus.

Quant aux serveurs, il ne faut pas perdre de temps et attendre une solution franco-française.

Comment envisagez-vous l’avenir de Microcost ?
Nous sommes déjà une entreprise très internationale et nous souhaitons continuer d’attaquer le marché mondial. Nous sommes présents aux Etats-Unis, en Australie, en Espagne et en Angleterre, et nous voudrions être dans vingt à trente pays d’ici à la fin de l’année.

Il faut être rapidement présent partout, même à petites doses. Sans compter que nous travaillons avec des partenaires répartis également dans le monde entier, et avec qui nous avons créé une communauté de fournisseurs de nouvelle génération. Nous souhaiterions être intellectuellement présent partout.

Propos recueillis par N.S. et M.E.

Publié le 10 Avril 2007 Copyright © 2008  Retour à l'accueil
 
Microcost
J’ai créé Microcost il y a moins de deux ans, mais cette société existe sous sa forme actuelle, depuis environ six mois. Nous nous sommes clairement positionnés dans les techniques de Web 2.0 et nous avons des ambitions raisonnablement fortes. Maintenant que nous avons trouvé notre voie, nous souhaitons démarrer vite.
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