Michael Sellam
président d’Iris Finance
«Des corrections de forte amplitude sont à prévoir mais elles ne remettront pas en cause la tendance de fond»
(Easybourse.com) Quelle est votre perception de l’évolution des marchés financiers à l’heure actuelle ? Pour le moment le marché est entretenu par des mouvements de prises de positions sur des titres pouvant faire l’objet d’opération de fusion, d’acquisition, d'OPA. Or nous constatons que certaines entreprises, y compris des fonds de private equity, reviennent sur leur projet compte tenu d'un niveau élevé de valorisation (nous avons dépassé les 5900 points sur l’indice CAC 40). À ce titre nous citerons l’exemple de Sainsburry, entreprise de distribution en Grande-Bretagne, qui a fait l'objet d’un désistement d'une opération d'acquisition de plusieurs fonds d’investissement en raison d’une valorisation élevée de l'entreprise et du prix que voulaient en tirer les vendeurs. On peut également citer l’exemple de François Pinault qui a jeté son dévolu sur Puma, équipementier sportif, plutôt que sur une entreprise dans le domaine du luxe comme Hermès. Ce dernier titre se négocie aujourd’hui à plus de 40 fois les bénéfices 2007. De plus, les résultats semestriels des entreprises, souvent meilleurs qu’attendus, continuent à entretenir ce mouvement haussier des marchés. Que pensez-vous finalement du ralentissement de l'économie américaine et de l'influence de ce ralentissement sur la croissance en général ? Nous sommes actuellement à des niveaux de valorisation élevés, mais le ralentissement économique observé n’est, à ce stade, pas inquiétant au niveau de la croissance économique mondiale. Particulièrement parce que la croissance d'autres zones a pris le relais de la croissance américaine. Par ailleurs, la croissance européenne est en train de s'améliorer, même si elle est toujours sujette à risques en raison notamment de problèmes structurels. Le seul point d'ombre résiderait dans le renchérissement des taux longs sur l'ensemble des marchés internationaux, aussi bien aux États-Unis qu'en Europe en passant par la Chine et l’Inde ainsi que le Japon. Ceci pourrait être un frein important à la croissance de l'investissement et de la consommation. Pour ce qui est de l'immobilier aux Etats-Unis, la baisse des actifs a entraîné une baisse relative de la consommation mais ce ralentissement a tout de même été maîtrisé et mesuré. Ainsi les commandes de biens durables aux Etats-Unis ont progressé de 3,4% en mars, alors que le consensus anticipait une croissance de seulement 2,5%. Hors matériel de défense, elles ont progressé de 4,9%. Pensez vous que la correction des marchés financiers est possible dans les mois qui viennent ? Des corrections de fortes amplitudes pourraient se produire, particulièrement du fait que certains risques ne sont pas pris en considération. Ces risques sont la baisse des actifs immobiliers aux US (entraînant une diminution de l’effet de richesse et donc de la consommation), la baisse du dollar par rapport à l’Euro, la baisse probable à venir de l'immobilier en Europe (compte tenu des hausses de taux opérées par la BCE, mouvement de correction déjà observé en Espagne). Enfin, les valorisations élevées des sociétés qui font que certains fonds de private equity hésitent à entrer dans certaines valeurs. Pensez-vous que cette correction pourrait être brutale ? Oui, mais ce serait une correction qui ne remettrait pas en cause la tendance de fond. C'est la raison pour laquelle la sélection des valeurs est primordiale. Ce choix sera le moteur de la performance des investisseurs. Il y a encore un certain nombre d'opportunités sur les marchés, notamment dans le secteur bancaire, le secteur de la santé, le secteur de l’automobile et les télécommunications. Si la sélection est bien faite, il sera possible de performer, même si les marchés venaient à opérer un retour en arrière. Privilégiez-vous des secteurs ou des entreprises ? Nous avons une approche bottom up, c'est-à-dire que nous sélectionnons les entreprises qui sont à même de nous apporter des performances. Il n'y a pas de secteurs d'activité précis dans lesquels nous souhaitons intervenir. Nous analysons les titres de valeurs européennes, et en fonction de leur valorisation, des ratios fondamentaux et de leurs potentiels, nous décidons d'entrer ou pas dans ces entreprises. Parmi les entreprises qui présentent, encore un potentiel d’appréciation, nous pouvons mentionner Peugeot. Plusieurs arguments militent pour cette valeur : sa restructuration fondamentale, l’intérêt spéculatif lié à l'équipementier Faurecia, qui pourrait être cédé, éventuellement. De plus c'est un constructeur qui sort de nouveaux modèles tout en réduisant ses coûts de production, en diversifiant sa production notamment dans les pays de l'Est. Saint-Gobain est également une valeur qui attire notre attention. La société est valorisée actuellement à un niveau relativement faible sachant qu’un programme de restructuration a été mis en place mais qui, pour l'instant, n'a pas encore produit tous ses effets. Nous pouvons également mentionner l’intérêt que nous avons, pour Arcelor Mittal, qui est une entreprise qui dégage un cash-flow d'environ 20 milliards de dollars annuels. La société est susceptible d’opérer des nouveaux investissements stratégiques. En outre, elle évolue dans un environnement porteur, à savoir une forte demande provenant des pays émergents. De ce fait, nous pouvons avoir une valorisation très intéressante à un horizon d'investissement moyen terme. Au-delà de ces trois premières entreprises, nous pouvons également citer AXA dans le domaine de l'assurance, et Christian Dior dans celui du luxe. Quel est votre point de vue quant à la croissance des zones émergentes ? Je pense que les zones émergentes vont prendre le relais de la croissance mondiale compte tenu de leurs croissances démographiques, de la croissance de leur PIB, des faibles coûts de production qui continuent à attirer beaucoup d'investissements et d’investisseurs étrangers. Toutefois un risque à venir semble se profiler. Nous observons que des entreprises locales s'efforcent de prendre, via des partenariats, ou en l’imposant directement, comme pour Areva ou Alstom, les technologies européennes et américaines dans des domaines sensibles. Ainsi, sans avoir à investir en recherche et développement, elles pourront produire des produits similaires à moindre coût. Ces pays sont donc en train d'asseoir leur propre développement sur la « contrefaçon ». Par ailleurs, nous constatons qu’il y a dans ces pays une très forte croissance des prix à la production et du coût du travail. Le coût de la main-d’œuvre qualifiée a augmenté d environ 45 % en Chine. Quelles pourraient être les conséquences sur les marchés financiers ? Ce sont des zones géographiques qu'il faudrait avoir en portefeuille, mais de manière mesurée, compte tenu de la forte volatilité et des risques importants de correction que l'on pourrait avoir. Ainsi, si la croissance mondiale venait à ralentir et que les liquidités sur l'ensemble des marchés occidentaux venaient à s'amenuiser, il y aurait une baisse de la consommation européenne et américaine, de produits provenant de ces zones. Ils seraient obligés de compter davantage sur leur consommation interne qui n'est pas en mesure actuellement d'absorber la production réalisée. Dans ce contexte, même si la croissance de ces pays venait à se réduire pour passer à 6-7% au lieu de 10-12% actuellement, leurs demandes en matières premières continueraient à être importante, et soutiendraient les cours de celles-ci. Ce secteur est donc à privilégier et à renforcer en cas de correction. Propos recueillis par I.H. |