Alexia de Monterno
directrice adjointe des études et responsable de Sciences Po Avenir
«Nous disposons d’une tradition de formation à la Finance»
(Easybourse.com) L'enseignement dispensé par l'Institut d'études politiques de Paris est avant tout " littéraire " or vous vous positionnez de plus en plus sur le créneau des écoles de commerce. L'école est-elle devenue une business school ? Sciences Po offre un vaste champ de formations aux métiers de l'entreprise (gestion des ressources humaines, finance, marketing, communication, droit économique) et 80 % de nos jeunes diplômés travaillent dans le secteur privé. En ce sens, il est vrai que les écoles de commerce font partie de nos concurrents, de même qu'en Europe, la London School of Economics, l'université de Saint Gall en Suisse ou encore la Bocconi à Milan. Néanmoins, Sciences Po continue à développer un projet éducatif qui lui est propre, différent de celui des écoles de commerce et qui vise autant à former de jeunes professionnels, mobiles et opérationnels, que de futurs citoyens. Ce projet est porté tout d'abord par un 1er cycle de trois ans, assis sur les sciences sociales, et dont la dernière année se déroule à l'étranger et par la présence, en master, d'enseignements de formation intellectuelle fondamentale. La création de premiers cycles en régions (tels le 1er cycle franco-allemand à Nancy, 1er cycle ibéro-américain à Poitiers, 1er cycle Europe élargie et 1er cycle orientée sur la zone Moyen-Orient et Méditerranée), qui accueillent à parité des étudiants français et étrangers, et la présence de 30 % d'étudiants étrangers en master, font partie intégrante de ce projet. L'école propose onze spécialités en Master dont une en Finance et stratégie, pouvez-vous nous expliquer ce choix ? Sciences Po dispose d'une longue tradition de formation aux métiers de la Finance. La section Eco-fi et le DESS " Finance d'entreprise et marchés de capitaux " ont longtemps contribué à la formation de cadres de haut niveau dans les métiers financiers, que ce soit dans le secteur bancaire ou en entreprises. La création du master Finance et stratégie en 2003 a tout naturellement consolidé l'expertise et la réputation de Sciences Po en la matière. Parlez-nous de la chaire Finances internationales de Sciences Po. La Chaire Finances internationales est un think tank, créé et dirigé par Marc Flandreau, historien et économiste, professeur des universités à Sciences Po. Il a pour objet de comprendre la mondialisation économique et propose d'utiliser l'histoire pour penser la prospective et servir à la décision publique et privée. Il propose deux activités principales, une activité de recherche et une d'enseignement. L'équipe de recherche regroupe des chercheurs et des doctorants spécialisés dans différents domaines de finance internationale et d'histoire économique internationale, régionale ou nationale : relations monétaires internationales, politiques de change, micro finance, migrations internationales, crises financières en Amérique latine aux 19ème et 20ème siècles, économies émergentes, histoire économique de l'Amérique latine, histoire bancaire de l'Amérique latine, histoire commerciale de l'Allemagne, histoire monétaire de l'Autriche-Hongrie, histoire du fédéralisme fiscal en Argentine, histoire bancaire du Chili. L'activité d'enseignement avec le parcours en économie du développement international du Master Affaires internationales de Sciences Po qui offre une formation en économie appliquée réunissant une discipline intellectuelle, un ensemble d'outils théoriques et techniques cohérents, et une capacité à appliquer ces outils sur le terrain Le principal reproche adressé aux étudiants de Sciences Po par les recruteurs est d'avoir une culture trop généraliste, or les métiers de la finance demandent des connaissances pointues et de l'expérience. Que fait l'école afin de combler cette " lacune " ? Le master de " Finance et stratégie " propose plus de 250 heures de formation professionnelle en outils de gestion, analyse financière, stratégie de l'entreprise, " corporate finance ", marchés financiers et des spécialisations pointues en " M&A " approfondi, " asset management ", gestion de trésorerie, audit interne et gestion des risques, gestion des risques bancaires, gouvernance d'entreprise, communication financière, théorie financière, initiation aux métiers du conseil, pratiques du conseil etc. L'accent a été mis sur l'acquisition des outils (mathématiques financières, comptabilité, informatique). Il est animé par des professionnels et les méthodes pédagogiques privilégiant l'interactivité et la mise en situation par des études de cas, la rédaction de notes stratégiques et par la réalisation d'un projet, commandité et coaché par une entreprise. La formation en science sociale qui est aussi délivrée aux étudiants en master (en droit, économie, sociologie, science politique, histoire, etc.), loin de s'opposer à la formation professionnelle, renforce les capacités de réflexion, de prise de décision et d'argumentation de nos étudiants, atouts qui leur seront indispensables tout au long de leur évolution de carrière. En outre, les qualités d'expression écrite et orale qu'elle permet également de développer font partie des qualités qui sont traditionnellement reconnues aux jeunes diplômés de Sciences Po. L'école a enregistré une hausse de 30% des candidatures en un an. Comment expliquez-vous ce succès ? Sciences Po représente une alternative à l'opposition traditionnelle en France entre Grandes Ecoles (dont le système de classes préparatoires peut constituer un repoussoir pour nombre d'étudiants) et Université. Le projet éducatif que nous proposons est unique, appuyé sur les sciences sociales, fortement international, et permet d'allier culture fondamentale et professionnalisation. |