André Added
président de l’Institut Français de l’Intelligence Economique, co-auteur de «L’intelligence des banlieues»
«Les banlieues ont un fort potentiel humain»
(Easybourse.com) Pourquoi avez-vous décidé d’écrire sur l’intelligence des banlieues ? Je suis moi-même issu de la banlieue de Marseille, je suis devenu chef d’entreprise et j’ai décidé qu’il était temps de restituer ce qui m’avait été apporté.
Avez-vous constaté que l’image des banlieues véhiculée par les médias est très différente de la réalité ? Oui effectivement, puisqu’on ne parle que d’assistanat et qu’on ne montre que le côté négatif. Il existe, mais il est limité à quelques personnes. Les banlieues représentent au contraire l’avenir de la France et la volonté de s’élever par la création. Le jeune de banlieue crée son entreprise avec 3 fois rien, il n’a aucune considération. On a une vraie énergie créatrice quand on est pauvre.
Quel est le potentiel des banlieues en terme de richesse économique selon vous ? C’est difficile à chiffrer car il s’agit d’énergie humaine. Mais le dynamisme d’un pays vient avant tout des individus, et les banlieues ont un fort potentiel humain.
Vous décrivez les banlieues défavorisées comme un réservoir de talents, pensez-vous que les organisations gouvernementales en sont conscientes ? On sent qu’il y a un début de prise de conscience, notamment grâce aux émeutes de banlieues. La France ne bouge que lorsque cela devient obligatoire.
A l’heure actuelle, les investisseurs ont tendance à fuir les banlieues. Vous expliquez qu’il faut trouver des voies de financement adaptées, pouvez-vous nous en donner quelques exemples ? Il faut appliquer les notions de l’intelligence territoriale aux banlieues. Il faut y orienter l’argent provenant de l’investissement productif et non pas celui de l’aumône.
Vous évoquez aussi l’utilisation des réseaux comme l’un des moteurs de la réussite. Pourquoi ne sont-ils pas suffisamment exploités dans les banlieues ? En intelligence économique, la notion de réseau est l’un des grands enjeux de notre société. Aujourd’hui, l’esprit français consiste à ce que chacun reste dans son coin, en banlieue comme ailleurs. Le travail de base, c’est d’identifier les réseaux et de réapprendre aux gens à travailler ensemble.
Pour finir, comment voyez-vous évoluer les banlieues dans les années à venir ? Je pense que les choses vont évoluer positivement, non par charité mais par obligation. La société est en train de se transformer pour accepter ces jeunes qui viennent d’ailleurs mais qui sont l’avenir de la France.
Propos recueillis par Marie-Laure Hardy. |