Olivier Héreil
Directeur des gestions d'actifs et des investissements de BNP Paribas Assurance
«Evaluation de 45 milliards d'actifs au regard des critères de l'ISR»
(Easybourse.com) Jeudi 13 Septembre 2007, une conférence de presse est organisée par BNP Paribas Assurance afin de présenter les résultats de l’évaluation des 45 milliards d'actifs de son fonds en euros par Vigeo au regard des critères d’Investissement Socialement Responsable* (ISR). Olivier Héreil, Directeur des Gestions d’Actifs de BNP Paribas Assurance a accepté de nous livrer quelques précisions sur cette démarche. Pour quelles raisons avez-vous fait procéder à l’analyse de votre fonds par Vigeo ? Cette analyse s'inscrit dans le cadre de la politique RSE menée depuis 2006 par l'entreprise BNP Paribas Assurance dans son ensemble. La société a souhaité prendre en considération un certain nombre de domaines extra financiers tels que l'environnement, les ressources humaines... Dans cette optique, il nous a semblé pertinent de soumettre notre activité très importante de gestion d'actifs du fonds en euro, qui représente 45 milliards d'euros, à une évaluation spécifique. Pour procéder à cette évaluation, nous avons pensé assez naturellement à Vigeo, leader européen de la notation extra financière. Notre choix a été conforté par le fait que Vigeo pouvait couvrir une part importante de nos actifs, à savoir plus de 80%. Que signifie pour vous cette notation ? Il s’agit d’une sorte de mesure de point de départ servant à orienter nos actions dans le domaine de l’ISR. Plutôt que de procéder au hasard, il nous a semblé important d'évaluer quelles étaient nos forces et nos faiblesses et de déterminer une base en conséquence. Une différence est observée dans la notation des classes d’actifs : le portefeuille obligataire souverain (21,8 milliards d'euros) obtient la note de 65.4/100, alors que les deux autres portefeuilles, le portefeuille obligataire non souverain (13,7 milliards d'eruos) et le portefeuille actions européennes (5,3 milliards d'euros) obtiennent tous les deux 50.2/100. Comment l’expliquez-vous ? Tout d'abord, la différence s'explique par le fait que les critères d'évaluation ne sont pas les mêmes pour les Etats et les émetteurs privés. En effet, pour évaluer les obligations émises par les Etats, trois critères sont pris en considération : les institutions, le social et l'environnement. Alors que pour les émetteurs privés, 6 domaines sont analysés dont les droits humains, les ressources humaines, l’engagement sociétal, le comportement sur le marché, la gouvernance, l'environnement… Par ailleurs, il se trouve que nous travaillons principalement sur un portefeuille d'emprunts d'État appartenant à la zone euro, cela pour des raisons largement historiques ainsi que pour des raisons réglementaires (il nous est demandé d'investir dans la même devise que celle dans laquelle nous vendons nos contrats, à savoir en euros). Or il se trouve que les Etats de la zone euro ont globalement une notation de bon niveau sur l'ensemble des critères. L'État le moins bien placé étant la Grèce et l'État le mieux évalué étant la Finlande, l'écart dans la note attribuée à ces deux pays n'est que de quelques points. Tous les états ont pris conscience des préoccupations relatives à l’ISR, en particulier dans le domaine environnemental. Aussi il est assez logique que nous ayons un score élevé pour l'ensemble des obligations d'État. D'un autre côté, nous observons une grande disparité entre les émetteurs privés. Quelle est la différence observée ? Si nous prenons le critère des ressources humaines, l'accent est mis sur la politique menée par l'entreprise, en particulier le fait que celle-ci recrute. Vigeo note alors la bonne performance des sociétés financières qui sont nettement créatrices d'emploi sur le marché. Par suite, en ce qui concerne la gouvernance des entreprises, dans les cinq meilleures entreprises évaluées, nous trouvons quatre noms anglais ou néerlandais. Cela s'explique notamment par le fait que les règles de gouvernance sont plus développées dans les pays anglo-saxons en raison d'une forte présence des fonds de pension qui s'attachent à des questions comme la rémunération des dirigeants. Dans le portefeuille des émetteurs privés, font défaut l’environnement et la gouvernance d’entreprise. Qu’en pensez vous ? Si nous considérons les critères établis par Vigeo, ces résultats ne sont pas si surprenants. Sur la question de la gouvernance des entreprises, les pays d'Europe du Nord sont beaucoup plus engagés que les pays d'Europe du Sud. Là encore nous retrouvons la géographie des fonds de pension. Or notre portefeuille porte le poids de son histoire. Nous avons un coeur d'actions françaises très important. Comme les sociétés françaises ne sont pas les mieux positionnées dans la gouvernance d'entreprise, cela pèse sur le portefeuille. Du point de vue environnemental, les résultats s’expliquent en grande partie du fait de la répartition sectorielle du portefeuille. Globalement, les secteurs industriels sont moins biens notés que les secteurs de services. Or il se trouve que le portefeuille est plus investi dans le secteur industriel. Finalement quels risques, quelles opportunités ont été identifiées à partir de cette analyse? Sur les obligations d’Etats, le portefeuille est très marqué par les obligations de l'État français. Avant que la zone euro ne se crée, nous avions pour contrainte réglementaire d'être investis en francs. L'opportunité réside alors dans l’évolution de ce portefeuille dans le temps. Chaque année, en effet, nous avons des obligations françaises qui sont remboursées. C’est l’occasion pour nous de réinvestir en incluant les critères de l’ISR et en améliorant le score du portefeuille. En ce qui concerne les émetteurs privés, nous devons distinguer entre les obligations privées et les actions privées. Pour les obligations privées, le portefeuille est assez hétérogène. Cela est dû à notre stratégie de stock picking qui n’incluait pas à l’époque une vision globale de la satisfaction des critères de l’ISR. Mais comme, le portefeuille a la particularité d'être relativement petit en taille, nous allons pouvoir le renforcer dans l'avenir en incluant les critères de l’ISR. Enfin, s’agissant des actions privées, l'essentiel des investissements s’est fait dans les OPCVM actions. Nous avons décidé de créer un OPCVM spécifique qui répondra tout particulièrement à la logique de l’ISR. Cette OPCVM représentera 100 millions d'euros Finalement quel lien peut-on faire entre performance et ISR ? Beaucoup d'études ont été faites pour essayer de mettre en avant le niveau de performance atteint par les placements en ISR. À cette date, l’historique ne démontre rien. Sans doute n’avons-nous pas encore le recul nécessaire. Quelle est votre conviction personnelle sur le sujet ? Je pense tout d’abord qu’il est tout à fait compatible d'intégrer dans la recherche de performances, les critères de l’ISR. En outre, je pense sincèrement que dans l'avenir, il y aura un écart de performance qui se créera entre les entreprises qui auront une politique de l’ISR et celles qui n’en auront pas. La multiplication des fonds dédiés à cette thématique orientent les profits des entreprises dans le sens d’une meilleure qualité, d'une meilleure efficacité, et d’une meilleure satisfaction de la demande des clients. Ainsi une entreprise qui ne pourra pas démontrer qu'elle a fait des efforts dans le domaine pourrait être pénalisée. Propos receuillis par Imen Hazgui |