Alexis Cuirot
gérant de la cave Elzevir et courtier en vins
«Le marché des grands crus est à la correction»
(Easybourse.com) Comment se porte votre activité actuellement ? Nos ventes se sont développées de manière très claire sur les vins du Top 8 bordelais (Château Ausone, Cheval Blanc pour les grands crus classés 'A', le Saint Emilion, Château Haut Brion, Lafite-Rothschild, La Tour Margaux, Mouton-Rothschild et Pétrus). 80% de nos ventes se font grâce à notre site Internet et au référencement sur les moteurs de recherche ou sur des sites spécialisés qui servent de portails intermédiaires comme wine-searcher.com. Ce genre de sites héberge nos offres et nous renvoie une large clientèle étrangère. Cette clientèle peut provenir de pays hors Union européenne, comme la clientèle chinoise, taïwanaise, russe, et plus récemment brésilienne, mais cette clientèle peut également venir de pays européens, principalement de Grande-Bretagne, d’Allemagne et de Suisse. Clairement, les gens qui ont le plus d’argent… Des gens qui ont de l’argent en ce moment, absolument. Quels sont les vins qui se vendent le mieux ? Dans les vins que nous proposons à la vente, ce sont les vins de Bordeaux. Ausone a vu ses cours grimper de manière spectaculaire, c’est aussi le cas de Lafite-Rothschild et de Mouton-Rothschild. Au rang des vins les plus demandés, on compte aussi les premiers crus classés du Médoc et les premiers grand crus classés 'A' de Saint-Emilion, ainsi que certains vins qui se vendent bien sur l'Asie : Lynch Bages, Duhart Milon, Talbot, Lagrange, ... Plus globalement, comment se comporte l'ensemble du marché des grands crus ? Le marché est à la correction. Sur les prochains millésimes, on ne va pas connaître d’augmentation, comme on en a connu depuis juillet 2005. En fait, les prix des grands vins de Bordeaux ont augmenté jusqu’à fin juillet. Le mois d’août est traditionnellement calme. L’année 2007 a essuyé une mini crise boursière, il y a donc beaucoup de vins sur le marché. A cela s’ajoute un euro très fort, ce qui pénalise les achats asiatiques et américains. Le prix du Lafite 2004 s’affichait à 380/400 euros il y a encore quelques semaines, aujourd’hui on le trouve autour de 260 euros. Même chose pour le Lynch Bages 2004 qui valait entre 45 et 50 euros et qui, aujourd’hui, coûte aux alentours de 36 à 37euros. Plus globalement, on a observé une forte correction sur des millésimes 95 et 96, avec au moins 15% de baisse sur certains vins. De combien ont progressé les prix depuis juillet 2005 ? L’augmentation a vraiment été incroyable, par exemple sur le millésime 2004, même si maintenant il souffre un peu. Autre exemple. Le millésime 1982 de Lafite-Rothschild valait il y a un an, 800 euros, et se négocie aujourd’hui, à prix de place, à 2000 euros. Pourquoi cette augmentation ? La progression des prix s’explique notamment par la pratique sur les marchés anglais et suisse de considérer le vin comme une valeur de placement. Les Français ne font pas ça, sauf cas exceptionnel. Les gros importateurs dans ces pays proposent à leur clientèle privée l’achat de vins en primeur ou sur stock physique. Ces clients revendent ensuite leurs investissements pour dégager une plus-value. Il y a une société qui est particulièrement active dans cette activité-là, c’est un gros fonds d’investissement au Royaume-Uni qui s’appelle Vintage Wine Fund qui totalise une capitalisation d’environ 60 millions de livres sterling de vin. Est-ce que cela signifie que des gens ont déjà acheté des grands crus 2007 ? Non, le cru 2007 n’est pas encore proposé en primeur. Comment fait-on, aujourd’hui, pour acheter les très grands crus ? On s’adresse principalement au négoce bordelais, mais on diversifie aussi nos sources d’approvisionnement en s’adressant à des sociétés de courtage internationale, comme la société Amadea, à Londres, exclusivement orientée BtoB. Cette société est l’une des premières à avoir créé le courtage au travers d’un site Internet. Cela nous permet d’obtenir très rapidement des millésimes rares du Top 8 bordelais. Pouvez-vous nous citer des vins qui sont devenus tellement rares qu’ils sont maintenant presque impossibles à acheter ? Ce sont des vins que l’on ne trouve plus auprès du négoce bordelais. Ce sont tous les grands millésimes des années 80 à 90, c’est-à-dire 1982, 1985, 1989, 1990. Donc, on s’adresse aux sociétés de courtage, qui, elles, les trouvent auprès de professionnels. Quelles sont vos prévisions en matière de ventes pour cette année ? Pensez-vous voir encore votre chiffre d’affaires progresser ? Nous pensons effectivement voir progresser nos ventes, principalement grâce à Internet. Dans les prochains mois, nous souhaitons d’ailleurs augmenter de manière significative nos offres en ligne avec une mise à jour quasi quotidienne. Comme je l'ai dit précédemment, nous tirons 80% du Net, qui lui-même se partage en 50/50 entre le BtoB et le BtoC. Nous avons pas mal de clients importateurs à l’étranger qui sont des distributeurs sur leur marché local. Propos recueillis par Marjorie Encelot |