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Intelligence économique

Une politique publique au service de la souveraineté

« L’intelligence économique est une arme au service de la stratégie de puissance de l’Etat » souligne Christian Harbulot, directeur de l’Ecole de guerre économique. Tout comme l’entreprise, l’Etat a aussi ses concurrents, ses adversaires. S’informer sur les faits et gestes du voisin, pour développer ses entreprises dans les secteurs de pointe devient indispensable pour une puissance économique comme la France. Ainsi, au-delà de sa mission de souveraineté, « l’État stratège » tente de discerner les secteurs dont le développement est essentiel à celui de notre économie, notamment dans les hautes technologies.

A qui se demanderait pourquoi l’Etat s’implique dans la démarche de l’intelligence économique, le site www.intelligence-economique.gouv.fr apporte quatre réponses. Tout d’abord, du fait qu’il contrôle directement près de 45% de la richesse nationale, l’Etat se doit d’assurer la protection de la sécurité publique et de la sécurité économique au même titre que la défense nationale. Ensuite, dans le cadre de ses pouvoirs régaliens, la législation, les normes techniques, la régulation des marchés, les négociations internationales sont autant d’outils qui lui servent à fixer les règles du jeu économique. Par ailleurs, l’Etat joue un rôle de « réducteur d’incertitudes » en prenant en compte un horizon généralement bien plus lointain que celui du marché, assurant ainsi à ce dernier une relative sécurité à moyen terme. Enfin, les 2,3 millions de PME qui forment l’essentiel du tissu économique nationale sont incapables de mener seules une veille concurrentielle.

Il reste qu’un des aspects majeurs de la politique publique de l’intelligence économique concerne son soutien aux entreprises dites stratégiques, autrement dit les entreprises qui développent des technologies, des savoirs faire intéressant la sécurité publique. Une liste révisable des secteurs en question a été définie et les entreprises ou les laboratoires intéressés ont été recensés afin d’identifier rapidement d’éventuelles menaces ainsi que les mesures de protection appropriées.

Dans ces secteurs, la puissance publique peut bloquer des investissements étrangers ou poser des conditions strictes au rachat de certaines sociétés. Par ailleurs, un dispositif spécifique de financement a été mis en place pour soutenir l’innovation et renforcer le potentiel de croissance des entreprises.

Pour identifier les entreprises sensibles intéressant l’Etat et pouvant bénéficier de fonds d’investissement en capital risque, un dispositif de veille couvrant quinze secteurs stratégiques (comme la recherche et la production en armement ou toute industrie fournissant le ministère de la défense), et 120 technologies a été mis en œuvre au niveau national et régional.

Cinq fonds thématiques ont alors été constitués dans le domaine de la sécurité globale (Sécurité), des technologies de l’information et de la sécurité (Occam I), de la sous traitance aéronautique (Aerofund), des nanotechnologies (Emertec 2), de la défense (Financière de Brienne) et des biotechnologies (BioAm 2). Tous ces fonds sont liés entre eux par des accords de coopération et l’ensemble représente un montant de près de 200 millions d’euros.

Les capitaux proviennent soit de fonds existants soit de nouveaux investisseurs institutionnels ou de groupes industriels comme le Commissariat à l’énergie atomique, EADS, Thalès ou Safran. La Caisse des dépôts et Consignations ou le Groupe Brienne sont des souscripteurs minoritaires dans chacun des fonds existants. ACE management, Occam, Emertec et Bioam, sociétés de gestion reconnues pour leur savoir-faire, ont été désignées pour sélectionner les dossiers et engager les capitaux apportés par les souscripteurs.

Toutefois, comme on prend soin de le souligner sur le site du Haut responsable à l’intelligence économique « soutenir et protéger les entreprises françaises ne signifie ni protectionnisme, ni pratiques déloyales. Le protectionnisme, en plus d’être contraire à nos intérêts, est inenvisageable dans le cadre de nos engagements communautaires et internationaux ».
 
 
Un référentiel pour la formation à l’IE
La formation joue un rôle clé dans la politique publique d’intelligence économique. Le caractère pluridisciplinaire de l’intelligence économique et la persistance de confusions, d’amalgames ont rendu nécessaire la définition claire du périmètre de formation à la matière.

Cela s’est traduit par l’élaboration d’un référentiel de formation présenté au public le 23 mai 2005, fruit du travail d’une Commission consultative nationale composée de quinze membres et associant des enseignants, des auteurs ou pédagogues reconnus dans ce domaine. Le but est réellement de concevoir un langage commun qui permette aux uns et aux autres de se comprendre et de partager des objectifs.

Support pédagogique avant tout, ce document décline cinq thèmes : l’environnement international, le système d’organisation des informations (pilotage, diagnostic, vérification), le management de l’information, sa protection et le lobbying. Sur la base de ce référentiel, deux axes de travail ont été retenus : celui des formations initiales et celui des formations continues. L’Institut des hautes études de défense nationale, l’Institut des hautes études de sécurité et l’Institut d’études et de recherche pour la sécurité des entreprises ont noué un partenariat afin de fournir des outils à un programme national de formation destiné aux PME et aux décideurs publics locaux.
 
 
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