Les casinos français réclament une aide fiscale de l'Etat
Mercredi 19 novembre 2008 / 13h23
Amélie Baubeau DOW JONES NEWSWIRES PARIS (Dow Jones)--Les casinotiers français ont réclamé mercredi une aide fiscale transitoire au gouvernement, pour faire face à une situation financière qualifiée de très difficile, et ont dit craindre que la loi en préparation sur les jeux d'argent en ligne ne soit pas à la hauteur de leurs attentes. "Le marasme s'est installé", a alerté Jean-François Cot, délégué général de Casinos de France, au cours d'une conférence de presse regroupant les trois syndicats patronaux du secteur. Au cours de l'exercice 2007-2008, achevé le 31 octobre, les 197 casinos français ont vu leur produit brut des jeux - les sommes misées moins les gains des joueurs - chuter de 10,2% à nombre de casinos constants, contre une progression de 3,1% un an plus tôt, ont annoncé Casinos de France, Syndicat des casinos modernes de France et l'Association des casinos indépendants de France. Cette baisse s'est accentuée l'été dernier, avec un produit brut des jeux en recul de 15% à 20% depuis juin 2008, a souligné J.-F. Cot, dont l'organisation représente 104 établissements français sur 197. "Et cette situation se poursuit en novembre", a-t-il ajouté. Selon les patrons de groupes de casinos, l'interdiction de fumer dans les casinos au 1er janvier 2008 a été le coup le plus dur porté à leurs établissements: "les clients restent moins longtemps et dépensent moins", voire préfèrent rester chez eux, a souligné Dominique Desseigne, patron du groupe Lucien Barrière. A ce facteur se sont ajoutés la généralisation des contrôles d'identité depuis novembre 2006, l'augmentation de l'offre de jeux des acteurs publics que sont la Française des Jeux et le PMU, la lutte insuffisante contre les sites de jeux illégaux sur Internet, et le ralentissement économique, qui pèsent sur les dépenses de loisirs des Français, ont argumenté les casinotiers. Cette baisse d'activité menace sérieusement la rentabilité du secteur, ont déclaré les patrons de casinos, affirmant que la moitié des établissements français étaient déficitaires en 2007-2008. Les casinos représentent 18.000 emplois directs et 30.000 emplois indirects en France, et constituent souvent la première source de revenus pour les commmunes où ils sont présents, ont-ils souligné. "Les quatre principaux opérateurs ont un endettement qui atteint 1,5 milliard d'euros", a déclaré D.Desseigne, ajoutant que les conditions de financement auprès des banques allaient se dégrader et que le groupe Barrière avait "du mal à tenir" les clauses attachées à ses prêts bancaires. "Il y aura en 2009 des plans sociaux et des fermetures d'établissements", a menacé Patrick Partouche, président du directoire de Groupe Partouche SA (5354.FR). Au sein du seul groupe français coté du secteur, "il est prévu une contraction de 5% à 10% des charges salariales, les seules sur lesquelles nous avons la possibilité d'intervenir rapidement", a-t-il déclaré, ajoutant avoir également décidé de réduire les horaires ou les périodes d'ouverture de certains établissements. Aussi, les dirigeants des casinos ont réclamé au ministère du Budget un allègement de la fiscalité "pendant une période transitoire de deux ans", un allégement des taxes sur les jeux de tables et une plus grande souplesse dans la procédure d'autorisation des nouvelles machines à sous. Aujourd'hui, les casinos français reversent en moyenne à l'Etat et aux communes 58% du produit brut des jeux. Les difficultés actuelles rendent d'autant plus urgente l'ouverture à la concurrence des jeux d'argent en ligne, qui pourrait représenter un relais de croissance pour les casinotiers, ont plaidé les dirigeants du secteur, estimant ne pas être associés à l'élaboration de la loi. Selon D.Desseigne, l'Etat français ne veut pas pénaliser la Française des Jeux, souhaitant en obtenir la meilleure valorisation possible lors de l'ouverture de son capital, théoriquement prévue l'an prochain. De plus, alors que le projet de loi excluait déjà les machines à sous sur Internet, il semble que la roulette et le blackjack ne seraient pas autorisés non plus, réduisant le périmètre des nouvelles activités aux paris en ligne - où les acteurs anglo-saxons disposent déjà d'une grande expérience - et au poker, a ajouté le dirigeant. Le ministre du Budget et des Comptes publics a présenté en juin un projet d'ouverture à la concurrence des jeux en ligne, prévoyant l'octroi des premières autorisations au second semestre 2009. -Amélie Baubeau, Dow Jones Newswires; +33 (0)1 40 17 17 40; amelie.baubeau@dowjones.com