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PARIS (Reuters) - Le projet de changement de statut de La Poste en une société anonyme sera gelé pendant la crise financière, une décision saluée comme une première victoire par les partis de gauche et syndicats opposés au projet. L'annonce de la mise en sommeil du projet a été faite dimanche sur Europe 1 par Henri Guaino, conseiller de Nicolas Sarkozy. "D'abord, il n'a jamais été question de privatiser La Poste. Il n'est pas question, dans la situation où nous nous trouvons, d'ouvrir le capital de La Poste", a-t-il dit. Cette décision semblait aller de soi depuis la tempête sur les marchés financiers, toute constitution d'un capital partiellement privé semblant impossible dans l'état actuel des marchés financiers. C'est cependant la première fois qu'une personnalité proche du pouvoir politique l'officialise. L'annonce intervient en pleine mobilisation des opposants. La CGT de la Poste doit remettre mardi prochain à Nicolas Sarkozy à l'Elysée une pétition avec 300.000 signatures de salariés et d'usagers de La Poste opposés au projet. Une journée d'action syndicale unitaire est programmée le 22 novembre. La direction de La Poste, qui emploie 288.000 personnes, affirme que le changement de statut, suivi de l'ouverture d'une minorité du capital au privé, est la seule solution pour trouver au moins trois milliards d'euros afin d'affronter l'ouverture totale du marché postal à la concurrence, en 2011, décidée au niveau européen. Les adversaires du projet, dont la gauche et les syndicats, estiment qu'il existe d'autres solutions financières et que l'ouverture à la concurrence n'implique pas l'ouverture au privé. Ils pensent par ailleurs que la privatisation totale de La Poste est l'objectif caché, à terme, du projet. LE PCF SALUE "UNE FORMIDABLE VICTOIRE" "Nicolas Sarkozy suspend le projet de privatisation de La Poste. C'est une formidable victoire. La crise financière impose l'évidence: la libre concurrence, la loi du marché, le libéralisme ont fait leur temps", a déclaré le Parti communiste dimanche dans un communiqué. De son côté, la fédération SUD-PTT a dit "prendre acte" de l'annonce d'Henri Guaino qu'il juge toutefois "insatisfaisante". Le syndicat exige "l'abandon pur et simple" du projet et maintient son appel à la mobilisation pour le 22 novembre. Certains envisagent de provoquer un référendum sur le sujet, option ouverte par la récente réforme de la Constitution mais qui nécessite de réunir l'appui de 182 parlementaires et de 4,5 millions de citoyens. Le projet suscite l'hostilité de 61% des Français, selon un sondage publié en septembre. Une première journée d'action avait jeté des milliers de personnes dans la rue le 23 septembre partout en France, avec des élus de gauche mais aussi parfois de droite, comme le député UMP Nicolas Dupont-Aignan. La privatisation totale de La Poste, avec ses menaces supposées sur les bureaux ruraux, est vue par les opposants comme le terme inéluctable de la réforme, comme ce fut le cas pour France Télécom ou Gaz de France. Le gouvernement a tenté de rassurer les opposants en assurant que l'Etat resterait majoritaire dans La Poste et garantirait le statut des employés et la continuité du service public. Devant la mobilisation, l'Elysée a nommé une commission qui doit rendre ses conclusions en décembre. Le PS s'est opposé au projet et a avancé l'idée d'une mise à contribution de la Caisse des dépôts et consignations pour apporter, à la place du privé, les trois à quatre milliards d'euros que La Poste demande, une option qui semble en question car cette institution est aujourd'hui requise pour d'autres dossiers liés à la crise financière. Thierry Lévêque
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