Northern Rock va être nationalisée. Après avoir essayé en vain de trouver un repreneur avec un plan de redressement jugé convenable, le gouvernement a finalement décidé de nationaliser la banque en difficultés. Cette dernière a d’ailleurs été à l’origine au début de la crise d’une panique des clients sans précédent depuis près d’un siècle et demi. Malheureusement pour le gouvernement, ce plan de sauvetage est critiqué de toute parts pour plusieurs raisons.
Une nationalisation décriée
Le gouvernement est attaqué de toute part. L’opposition critique ainsi une décision prise trop tard à cause d’une hésitation injustifiée.
La dénonciation de cette opération est forte au niveau politique alors que la loi visant à entériner cette nationalisation est en cours de négociation au parlement afin de la mettre en œuvre «dans les tous prochains jours». Le candidat conservateur à la Chancellerie, George Osborne, est virulent à l’égard de cette mesure qui lui rappelle la sombre décennie 1970 marquée par une crise économique majeure. Seuls les libéraux démocrates semblent défendre cette mesure laissant le gouvernement bien seul face à l’adversité.
Cette déception a été partagée par la direction de la banque qui se déclare «très déçue» de la tournure des événements, souhaitant une solution privée. «Le conseil d'administration espérait qu'au moins l'une des solutions de reprise réussirait (...), en particulier celle qui avait été présentée par la société, dont le conseil d'administration estimait qu'elle défendait les intérêts de toutes les parties prenantes».
Enfin, cette nationalisation a été décriée tant par Virgin, qui partait favori pour la reprise de la banque, que par les actionnaires. Sans oublier la grande majorité de la presse britannique, à l’exception notable du Financial Times plus réservé jugeant la décision «délicate, difficile et non idéologique», qui critique ouvertement cette décision. Ainsi, le Daily Telegraph déclare que «la crédibilité du gouvernement Brown en matière économique a subi un coup sévère».
Devant tant de volée de bois vert, le premier ministre, Gordon Brown, est venu appuyer son ministre des finances. Il a en effet déclaré que le gouvernement a pris «les bonnes décisions» en attendant près de cinq mois pour nationaliser, jugeant que celui-ci a pris le temps de la réflexion…
L’Union européenne inquiète
L’Union européenne s’est inquiétée, quant à elle, de cette situation, puisqu’une grande banque se trouve désormais dans les mains du pouvoir public créant ainsi un déséquilibre sur le marché.
Cependant, Alistair Darling tente de rassurer la communauté européenne en se déclarant «très conscient» de ces objections tout en étant prêt à être «honnête». La banque devrait assurer ses activités dans le total respect des normes européennes. «Les conditions dans lesquelles Northern Rock mènera son activité doivent être approuvées dans le cadre de la réglementation européenne sur les aides publiques qui a été mise en place pour faire cesser une éventuelle concurrence déloyale de la part d'une entité qui aurait derrière elle la puissance publique», a-t-il ainsi déclaré lors d’une conférence de presse.
Par ailleurs, Northern Rock doit rembourser l’Etat de ses quelques 25 milliards de livres sterling (33,29 milliards d’euros) de dettes d’ici au17 mars. Un délai impossible à tenir qui va pousser le gouvernement à demander à Bruxelles une autorisation pour une aide de restructuration. Or, les autorités européennes sont très pointilleuses pour accorder une telle autorisation.
«Une aide de restructuration nécessite que la société en question soit ramenée à la viabilité de façon à ce qu'elle puisse survivre à l'avenir sans nouvelle injection d'argent public», rappelle ainsi Jonathan Todd, porte parole de la Commission européenne, qui demande également non seulement une réduction de capacité (diminuer le nombre d’agences de la banque par exemple) mais aussi «des mesures compensatoires pour compenser la distorsion de concurrence causée par la subvention».
Cette demande est d’autant plus délicate que Ron Sandler, le nouveau patron de la banque, prévient qu’il faudra plusieurs années pour remettre la banque à nouveau dans le chemin de la prospérité, c’est-à-dire rembourser ses lourdes dettes…
Ce «n’est pas une question de mois, mais plutôt d’années», a-t-il prévenu lors d’une conférence de presse tenue à Newcastle. Cependant, il est resté vague sur le calendrier, sur les restructurations à réaliser ou encore sur d’éventuelles suppressions d’emplois. Il a préféré rassurer les salariés de la banque sur la décision de nationaliser : «Cela va donner à la banque une période de stabilité, pour récupérer une partie de ses forces et repartir de l'avant».
W.A.