L’euro ne cesse d’enregistrer des taux record face au dollar. En effet, la monnaie unique s’est appréciée, atteignant un nouveau plus haut à 1,55 dollar pour 1 euro après le record de la veille de 1,5495 dollar.
Une hausse soutenue
Plusieurs facteurs ont contribué à cette progression. Tout d’abord, en Allemagne, la hausse inattendue de l’indice ZEW mesurant la confiance des investisseurs allemands soumet l’euro à une pression à la hausse. Cet indice, calculé auprès de 285 analystes et investisseurs institutionnels, remonte à -32 en mars après -39,5 en février et -41,6 en janvier.
Par ailleurs, le niveau de la production industrielle dans les 15 pays de la zone euro a également surpris. Celui-ci a en effet été plus élevé que prévu pour le mois de janvier. Avec une progression de 0,9% sur un mois, constituant la plus forte évolution des cinq derniers mois, la production industrielle semble résister à une économie en ralentissement et à la vigueur de la monnaie.
Sur un an, cette dernière a progressé de 3,8%. En janvier, les principaux pays européens ont connu une augmentation de la production de biens durables et de biens d'équipement. Le secteur secondaire semble donc peu affecté pour le moment par la crise de l’économie.
L’inflation est un autre sujet d’inquiétude pour la plupart des analystes. Axel Weber, membre du directoire de la BCE et président de la Bundesbank allemande déclare ainsi être préoccupé par l’inflation en Allemagne.
Tous ces éléments contribuent au maintien de l’euro dans une tendance haussière. Alors que la BCE décide pour le moment à laisser son taux inchangé à 4%, certains analystes interrogés par Reuters tablent sur deux prochaines baisses successives de 25 points. Et ce même si l’inflation est attendue à 2,7% en zone euro cette année. Selon ces derniers, la première devrait intervenir vers le mois de juin en réaction au ralentissement de l’économie.
La BCE pourrait cependant conserver son statu quo, au vu de l’annonce des chiffres de la production industrielle et si l’inflation ne fléchit pas en cours d’année. Le taux actuel permet par ailleurs de maintenir la vitalité de l’euro dont le rendement est supérieur à celui du dollar puisque les taux d’intérêts aux Etats-Unis sont de 3%.
La Fed remise en cause
De l’autre côté de l’Atlantique, la Fed se trouve en difficulté. Sa politique est en effet remise en cause, puisque cette hausse de l’euro met fin au timide rebond du dollar hier après que plusieurs banques centrales aient annoncé un plan concerté pour lutter contre la crise du crédit.
La reprise du dollar n’a donc été que périodique, le marché estimant que la mesure de la Fed consistant à injecter 200 milliards de dollars (129,02 milliards d’euros) en titres du trésor à certaines grandes banques n’aurait qu’un impact limité. Par ailleurs, certains analystes craignent que la BCE renonce en contrepartie à baisser une nouvelle fois son taux pour le ramener à 2%.
La Fed diminue non seulement son taux et réinjecte des liquidités dans le marché mais assouplit également l'accès aux sources de refinancement pour les institutions financières en élargissant les garanties sur certains actifs financiers. Cependant, l’établissement aurait réagi trop tard ou trop timidement selon les analystes, dont Merrill Lynch.
Quant à l’euro, il continue sa hausse, au détriment des autorités européennes et des grands groupes industriels. Ainsi, Jean-Claude Juncker, président de l’Eurogroup, a déclaré lors d’une conférence de presse à la Banque Nationale de Belgique : «Dans les circonstances actuelles, nous sommes très vigilants concernant les taux de change».
Il en profite également pour partager son scepticisme vis-à-vis de l’évolution de la monnaie américaine : «Nous avons dit publiquement dans plusieurs déclarations que nous pensons que les taux de change devraient refléter les fondamentaux économiques (…) nous sommes heureux d'observer que les autorités américaines répètent encore et encore qu'elles pensent qu'un dollar fort est dans l'intérêt de l'économie américaine».
W.A.