Laurence Pessez
Directeur de la responsabilité sociétale de BNP Paribas Assurance
« La performance n’est pas un critère déterminant pour investir dans des fonds ISR dans le cadre de contrats d’assurance vie»
(Easybourse.com) Pourriez-vous nous rappeler le cadre dans lequel s’inscrit cette étude ? BNP Paribas Assurance a adopté une démarche en faveur de l’ISR dès septembre 2007. Celle-ci a consisté à faire évaluer notre fonds général en euros aux regards des critères ISR par l’agence de notation extra financière Vigeo. Suite à cela, nous avons pris un certain nombre d’engagements concernant la gestion de ce fonds. Nous avons informé nos clients de ces engagements à travers une lettre d’information annuelle qui récapitule la performance financière de leurs contrats. Pourquoi BNP Paribas Assurance a décidé de s’intéresser à la gestion ISR ? Nous gérons 49 mds d’euros d’actifs dans le fonds général pour le compte de nos 1,3 millions de clients. Dès lors nous avons un important levier pour investir en fonction des critères ISR à l’inverse d’autres assureurs ou banquiers qui se contentent d’avoir quelques unités de compte et rassemblent des encours plus modestes. Quel a été l’objectif de cette étude ? Cette étude poursuivait trois objectifs : valider l’appréciation de notre démarche ISR par nos clients, mesurer leur connaissance et leur appétence pour l’ISR, évaluer les attentes spécifiques en terme d’investissement. Quelle a été la méthodologie de l’étude ? L’enquête a été réalisée par téléphone en décembre 2007 par l’institut TNS Sofres auprès de 850 clients, tous détenteurs de contrats d’assurance vie : des clients retail, des clients banques privées et des clients Cardiff gérés par des CGPI. Ces clients ont été sélectionnés suivant la méthode des quotas : représentativité en terme d’âge, de région et de montant des avoirs. De quelle manière avez-vous mis en avant la notion d’ISR auprès de vos clients ? Nous avons expliqué que les placements ISR correspondaient à des placements dans des entreprises qui accordaient une importance particulière aux sujets d’environnement, de gouvernance, et aux sujets sociaux. Quels ont été les principaux enseignements de cette étude ? L’étude révèle qu’il y a une véritable méconnaissance de l’ISR. Si 84% de nos clients savent ce qu’est le développement durable, 27% seulement ont entendu parler d’ISR, et 5% déclarent détenir des placements ISR. Cela n’est pas très étonnant dans la mesure où le marché de l’ISR en France est un marché institutionnel. Sur l’ensemble des actifs investis en ISR à fin 2006, 67% l’étaient par des institutionnels. 5% qui déclarent détenir des placements ISR. C’est peu ? Nous savons d’après nos sources internes qu’il y en a environ 2 fois plus. Cela démontre le fait que certains clients ont des placements ISR qui ne sont pas mis en avant dans le cadre de leur contrat. C’est typiquement le cas dans les produits de retraite par exemple. Comment expliquez-vous une telle chose ? Il s’avère que la présentation du produit aux clients axe davantage sur la performance financière que sur la composition des produits. Cela peut s’expliquer par le fait que certains réseaux de vente ne pensent pas que les gens sont sensibles et réceptifs à ce type d’arguments. Dans la mesure où les fonds ISR ont un historique moins long que les fonds traditionnels, il est difficile de comparer les performances respectives. De quelle manière appréhendez vous cette question de la performance auprès de vos clients ? Un des a priorii réside dans le fait que les fonds ISR performent moins bien. En posant la question dans le cadre de l’étude nous avons remarqué que, 35% des sondés indiquent ne pas savoir ce qu’il en est, et 34% estiment que les fonds ISR performent aussi bien que les investissements traditionnels. Ainsi le critère de la performance n’est pas déterminant, il est décorrélé de l’envie d’investir dans les produits ISR. Il ne constitue pas un frein. Le premier critère dissuasif étant le manque d’informations et de transparence. Ceci étant, il faut bien comprendre que nous ne faisons pas primer les critères ISR sur le critère de la performance. En ce sens que le choix des valeurs est tout d’abord basé sur les critères financiers, puis sur les critères extrafinanciers. Quelles sont les autres conclusions de l’étude ? Il y a une attente importante pour les fonds ISR, et un passage à l’acte qu’il faut faciliter. 40% des clients déclarent qu’ils ont vocation à accorder plus de place aux critères éthiques dans leurs décisions d’investissement. 56% indiquaent qu’ils sont prêts à investir une partie de leur contrat d’assurance vie dans ces produits. Quelle est la part d’investissement des clients de BNP Paribas Assurance dans les fonds ISR ? Elle est de l’ordre de 10%. Avez-vous un objectif quantitatif ? Non. Ce qui est certain, c’est que nous allons poursuivre notre démarche afin de développer notre taux de pénétration. Par exemple nous souhaitons notamment proposer des unités de compte thématiques. Nous avons pour intention de sortir trois unités de compte orientées respectivement sur l’eau, les énergies renouvelables, et sur les problématiques sociales (aide à la création de micro entreprises, micro finance, entreprises qui accordent une importance particulière à leur politique de ressources humaines, aux droits syndicaux).
Actuellement il n’y a pas beaucoup de fonds qui ont pour thématique des considérations sociales. De quelle manière appréhendez vous cette difficulté? Nous faisons face à un problème de volume. Vous avez une approche de best in class s’agissant du choix des valeurs. Pouvez vous nous expliquer en quoi cela consiste ? L’univers d’investissement concernera la zone euro, tous profils d’entreprise, quelque soit le secteur d’activité. Nous considérons les meilleures entreprises au regard des critères extrafinanciers dans tous les secteurs. Il est alors possible d’investir dans des pétroliers, des cimentiers…des secteurs d’activité qui a priori n’entreraient pas automatiquement dans le champ de l’investissement éthique, mais que nous tirons vers le haut. Cette approche se distingue de celle qui peut exister dans d’autres pays, comme au Royaume Uni, au Pays Bas, qui repose sur l’exclusion. Sont alors écartés des secteurs tels que l’armement, le tabac, les pétroliers. Pour quelle raison n’utilisez vous pas cette approche ? Cette approche revient à laisser des portes ouvertes à l’absence de gouvernance dans les secteurs qui font l’objet d’exclusion. Nous considérons que les entreprises présentes dans ces champs d’activité sont des acteurs économiques au même titre que les autres. Ils ont des salariés, un impact environnemental. Cela permet de concilier performance et ISR. Quels enseignements tirez vous de cette enquête ? Nous avons un travail d’information et de pédagogie à faire aussi bien envers les clients qu’envers nos réseaux de vente et nos équipes marketing. Nous allons expliquer que le sujet principal à aborder avec les clients n’est pas la performance financière mais la motivation éthique et ce qu’englobe précisément l’ISR.
Propos recueillis par Imen Hazgui |