Il faut arrêter de fustiger les investisseurs par rapport au prix des matières premières agricoles !
(Easybourse.com) Les investisseurs ne sont pas responsables de la flambée des prix des matières premières agricoles. Ils ajoutent du bruit mais ne le provoquent pas ! Et les régulations qui viseraient à limiter leur intervention ne servent à rien !
A lire également le dossier : «Pourquoi faut-il réguler le marché des matières premières agricoles ?»C'est du moins ce qu'avance Jean-Philippe Olivier, responsable du département matières premières agricoles au sein de BNP Paribas Investment Partners arguant que «l'histoire prouve le contraire. J'en apporterais trois illustrations».
La première illustration donnée par l'expert concerne le marché du riz. Globalement dans le marché mondial du riz, nous avons 5 à 10% seulement de la production mondiale qui fait l'objet d'échanges internationaux. Le reste correspond à de l'autoconsommation des pays producteurs. Parce qu'il y a plusieurs espèces différentes, il n'existe quasiment pas de marché de futures pour le riz. Il y a un marché à Chicago mais celui-ci a une très faible liquidité quotidienne.
Un autre marché existe en Inde. Ce marché a été fermé par le gouvernement indien en 2006 par crainte de la spéculation. Il a résulté de cette fermeture une moindre transparence du juste prix du riz dans le pays. La volatilité a explosé. Les cours ont atteint des niveaux record notamment du fait de l'embargo décidé sur les exportations consécutif à un niveau de production insuffisant. «Ce sont typiquement les échanges physiques (ou plutôt leur absence), s'établissant sur la consommation marginale (les 5 à 10% d'échanges internationaux en question) qui avaient entrainé la hausse des prix très forte au tout début de l'année 2008, qui s'était répercutée sur le marché des futures. En effet, celui-ci agit comme un thermomètre pour afficher le prix / la température du marché. D'ailleurs, vous conviendrez qu'un thermomètre ne peut pas avoir d'influence sur la température, et nous considérons le marché des futures dans cette même logique» explique Jean-Philippe Olivier.
Un autre exemple réside dans le marché des oignons qui a été un marché relativement prospère aux Etats-Unis. Tellement prospère qu'un marché des futures avait été créé et avait fonctionné jusque dans les années 1950. En 1958, le membre du congrès Gerald Ford qui est ensuite devenu président du pays, a fait fermer le marché des futures des oignons. Et d'aucuns disent qu'il a d'ailleurs gagné en notoriété grâce à cet amendement de loi.
«De nombreuses études ont alors montré que depuis la fermeture de ce marché, la volatilité du prix de l'oignon s'est fortement accrue et que la découverte du juste prix avait cessé» met en avant le responsable de BNP.
Le dernier cas de figure évoqué intéresse le marché du thé. Il n'existe pas sur le thé de marché de futures. Or le prix du thé est monté ces derniers mois de 20 à 50% suivant les types de thé.
«Ces différents cas de figure tendent à démontrer que le fait de fermer un marché de futures de matières premières est beaucoup plus problématique que le fait de laisser différents types d'investisseurs agir sur ce marché».
Selon Mr Olivier les prix sont davantage fixés en fonction de l'état de la production et de la consommation suivant la classique loi de l'offre et de la demande que par de méchants investisseurs qui viendraient déformer le juste équilibre.
«Ces investisseurs peuvent tout au plus déformer la courbe des futures par leurs interventions. C'est ce qui fait qu'il y a des possibilités d'arbitrage exploitables. Mais en soit, à terme le prix de la matière première sera fixé par la rencontre acheteurs-vendeurs».
Imen Hazgui
Publié le 23 Août 2010





