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Interview de Françoise Brugière : chef de division 'études et marchés' de Viniflhor

Françoise Brugière

chef de division 'études et marchés' de Viniflhor

La seule voie pour limiter la chute de la consommation en France serait une diffusion plus large du produit

Publié le 30 Octobre 2007

Quel bilan tirez-vous de la récolte 2007 ?
A 47 millions d’hectolitres la récolte 2007 s’annonce très réduite : -11% par rapport à 2006 et -10% par rapport à la moyenne des 5 précédentes récoltes. La moitié sud de la France est plus touchée. Climatologie atypique, pression cryptogamique et arrachage de 16 000 hectares de vignes se combinent pour expliquer ce résultat.

Quelle est la situation de la viticulture dans l’économie nationale ?
La viticulture occupe 3% des surfaces agricoles et produit 15,4% de la valeur de la production agricole. Avec 5 milliards d'euros le solde du commerce extérieur français des vins est le plus important du secteur agroalimentaire devant les céréales et oléo protéagineux (3,9 milliards d’euros)

D’après les études réalisées par Viniflhor, la consommation de vin en France semble baisser irrémédiablement. De quelle manière pourrait-on limiter cette dégringolade ? Les habitudes de consommation des Français ont-elles changé ?
La baisse de la consommation au cours des 40 dernières années est liée au changement de mode de vie. Après guerre, le vin contribuait à la ration calorique des ouvriers et paysans. La tertiarisation de l’emploi, la progression du travail salarié des femmes, l’éloignement croissant entre le lieu de travail et le domicile, ont profondément changé les modes alimentaires et induit une diminution de la pratique du vin quotidien.

Parallèlement, soutenu par les discours de prévention antialcoolique, la consommation occasionnelle de vins plus chers se développe. La seule voie pour limiter la chute de la consommation en France serait une diffusion plus large du produit, à un plus grand nombre de petits consommateurs.

Comment ont évolué les prix du vin depuis 2003 ? Quel(s) type(s) de vin se vend le plus en France ? Et à l’étranger ?
En 2003, suite à la canicule de l’été, l’offre a été réduite dans un certains nombre de vignobles, entraînant une tension sur les cours. En 2004, la récolte fut pléthorique.

Depuis, les cours baissent dans la plupart des vignobles. A l’exception notable des vins rosés, des vins effervescents (champagne et mousseux AOC). Les marchés des grands crus évoluent indépendamment, avec des logiques de marché de luxe.

Comment se sont comportées les exportations de vin français cette année, et comment l’expliquez-vous ?
Sur les marchés export le champagne tire les valeurs. L’orientation globalement favorable du marché se construit avec des progressions en volume qui restent limitées mais qui touchent des clients majeurs (Allemagne, Japon, UK…) et des hausses de prix suffisantes pour compenser le recul des volumes (Belgique, USA…).

Quelle est la consommation actuelle de vin par rapport à la production ? Y a-t-il encore surproduction ?
Au niveau mondial, la consommation de vin progresse faiblement mais régulièrement. La production subit des variations liées au déroulement de chaque campagne. Une récolte comme 2004, abondante au niveau mondial peut créer un excédent conjoncturel qui mettra plusieurs années à se résorber.

Mais une récolte limitée (-10% au niveau mondial pour les prévisions 2007) peut assainir la situation. En outre, environ 40 millions d’hectolitres sont utilisés pour l’élaboration d’alcool (bouche, usage industriel, carburation…).

On peut dire que le marché mondial n’est pas structurellement déséquilibré.

Quel constat tirez-vous de l’évolution du vin en France en matière de types d’exploitations, de production et modes de commercialisation ?
Comme pour le reste de l’agriculture, les exploitations viables sont de taille économique de plus en plus importantes et très spécialisées. La vigne, plante pérenne, peut être cultivée à temps partiel en complément d’activité, d’où le maintien d’un vignoble en marge de l’économie.

La part de vente directe par la propriété au destinataire final reste marginale (15 à 20%), la grande distribution écoule d’importants volumes (en France pour la consommation à domicile, 2/3 des volumes) et induit une concentration croissante de la filière. Le marketing devrait prendre de l’importance à l’avenir.

Quelle est la part de marché de l’Europe et celle des vins des nouveaux pays producteurs ?
L’Europe détient encore 2/3 du marché mondial en volume.

Quels sont les risques pesant sur le secteur viticole ?
Réussir la segmentation de l’offre en adéquation avec le fonctionnement des marchés internationaux va demander une réorientation radicale d’une partie de la production.

Trop tarder à prendre les décisions compromettrait les chances de succès de cette stratégie.

Propos recueillis par Nicolas Sandanassamy

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