Finances publiques: la France rappelée à l’ordre par Juncker

Finances publiques: la France rappelée à l’ordre par Juncker

(Easybourse.com) M. Juncker président de l’Eurogroupe est aux premières lignes pour «sentir» le vent venu d’outre-Atlantique. Alors récession ou pas récession ? Et quel impact sur l’économie de l’Euroland ? Dans un entretien aux Echos, il a déclaré que la crise américaine aura des conséquences, mais «pas graves». Comprenez : «Il n'y aura pas de récession en Europe». Deuxième actualité : la situation des finances publiques en France, une exception en Europe avec l’Italie, qui la met en porte-à-faux avec ses engagements européens. Au moment -symbolique- où la France s’apprête à modifier la Constitution pour ratifier le traité européen.

Le président de l’Eurogroupe est, en tant que président de la zone euro, particulièrement attentif aux signes de ralentissement ou de récession venus des Etats-Unis et qui, sans être transmissibles à l’Europe selon lui, n’en représentent pas moins une menace.

Car la situation aux Etats-Unis s’est dégradée avec un très net ralentissement constaté au quatrième trimestre (0,6% seulement du PIB contre 4,9% au troisième), le plus faible taux de créations d’emplois depuis près de 4 ans sur le mois de janvier et une baisse répétée des taux d’intérêts qui ne semble pas rassurer les investisseurs et les acteurs économiques.

Or l’Europe dépend en partie de l’économie américaine et la situation qui empire aux Etats-Unis ne peut que rejaillir en partie sur l’économie européenne.

Jean-Claude Juncker reste sur la même position qu’il y a deux semaines : la crise financière aura des conséquences certes mais «pas de conséquences graves» pour l'économie européenne. Il déclarait il y a deux semaines :  «Nous n’avons pas senti en Europe un impact majeur sur l’économie réelle».

Crise américaine ou crise mondiale ? Diagnostic et réponse opposés de part et d’autre de l’Atlantique

Ne nous y trompons pas. Un règlement mondial de la crise américaine un temps pratique a vécu. En effet l'année dernières les banques centrales des grandes économies occidentales, les banques centrales suisse, européenne, anglaise, américaine et canadienne décidaient ensemble de réinjecter des liquidités de plusieurs centaines de milliards de dollars dans le système bancaire. Afin de relancer l'activité bancaire et notamment leurs prêts aux acteurs économiques mais également pour restaurer la confiance. Quelques semaines après, la situation a changé.  

La crise s’installant voire s’aggravant, les deux principales zones économiques du monde, les Etats-Unis et l’Union européenne réagissent en ordre dispersé. Objectif croissance aux Etats-Unis avec une baisse des taux d'intérêt décidée par la Fed et une relance budgétaire promise par Bush tandis que l’Europe et la BCE privilégient la lutte contre l’inflation.

Car «l'Europe ne risque pas une récession, contrairement aux Etats-Unis» d’après lui, ce qui explique l’absence d’un plan de relance européen et une baisse des taux d’intérêts. Alors que l’inflation n’a jamais été aussi forte dans la zone euro depuis 10 ans.

Jean-Claude Juncker juge la zone euro solide et considère donc que la crise américaine équivaut en Europe à un épiphénomène qui ne devrait pas saper la croissance de la zone. Une déclaration contraire aux conclusions du FMI, qui prévoient une croissance de 1,5% aux Etats-Unis et de 1,6% en Europe.

Des chiffres «peu crédibles» d’après lui. «La croissance y sera certes moins forte qu'en 2006 et 2007 mais elle ne sera que légèrement inférieure au potentiel de croissance, c'est-à-dire de 2%».

La situation des finances publiques françaises graves mais pas désespérées ?

La rupture voulue par le président de Nicolas Sarkozy n’est pas visible dans le domaine des finances publiques soumises aux critères du pacte de stabilité et de croissance européen (PSCE) qui limite le déficit public à 3% et la dette à 60% du PIB.

Des plafonds que la France franchit allègrement depuis des années et qui suscitent des commentaires certes mesurés mais fermes de la part des autorités européennes, Commission européenne en tête mais aussi de la part du conseil Ecofin et de l’Eurogroupe.

Leur reproche : la persistance de l’exception française alors que tous les pays européens se sont engagés avec succès dans la voie de l’assainissement budgétaire. Jean-Claude Juncker insiste sur cette question de principe : «Les règles sont les règles et un seul pays ne peut s'en exonérer».

Malgré tout, il insiste sur les voies du règlement plutôt que sur la finalité de «rentrer» dans les limites du pacte. Ainsi selon lui la France est sur la bonne voie grâce au «cortège de réformes, y compris structurelles, que la France a engagées ou qu'elle prépare».

Lui permettront-elles de tenir l’objectif d’un équilibre de ses finances publiques en 2010, objectif décidé le 20 avril 2007 à Berlin par tous les Etats membres ? Un engagement pris avant la présidence de Nicolas Sarkozy et dont celui-ci reconnaissait en juillet qu’il aurait du mal à les tenir.

En 2006, la dette publique atteignait les 64,2% du PIB tandis que le déficit public n’était «que» de 2,5%. Le respect de ces engagements parait difficile mais Jean-Claude Juncker invite Nicolas Sarkozy à faire preuve de volontarisme dans ce domaine autant que d'exemplarité.

Car la France s'apprête dans moins de six mois, à savoir le 1er juillet 2008, à prendre la présidence tournante de l'Union Européenne. Une chance autant qu'un défi pour un pays qui se sait attendu à la fois par ses partenaires européens et par sa propre opinion publique. En effet d'après un sondage de l'Ifop réalisé le 24 janvier 2008 67% des Français sont au courant de ce rendez-vous.  

Laure Gaillard

Publié le 04 Février 2008

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