Le nouveau Fiat, façon Sergio Marchionne
(Easybourse.com) Le patron du groupe Fiat ne fait pas dans la dentelle pour transformer l'entreprise empêtré dans divers problèmes. Après avoir triomphé des syndicats italiens, Marchionne veut mettre à profit les quelques atouts du groupe pour reconquérir l'Europe. Des projets très coûteux et risqués...
À lire dans ce dossier.
- Page 2 : La quête identitaire de Fiat en Europe
- Page 3 : Comment Fiat relève le défi Chrysler
Le temps c'est de l'argent
Car la firme turinoise est mal en point : parts de marchés en baisse en Europe, projets très coûteux, appareil industriel obsolète, positionnement marketing brouillon… Marchionne dispose de très peu de temps. Cinq ans tout au plus. Il doit également trouver des sommes astronomiques pour financer tous ces projets. La seule contrainte Chrysler pourrait coûter quelques 8 à 9 milliards d’euros (lire notre article Comment Fiat relève le défi Chrysler), afin de rembourser les contribuables américains et canadiens et prendre le contrôle de la marque américaine. La construction d’une seconde usine au Brésil, afin de consolider sa position de numéro un et profiter de la croissance du pays, se chiffre à quelque 4 milliards d’euros. Enfin, la restructuration de son outil
On ne connait pas les projets de Sergio Marchionne pour Fiat Industrial
François-Pierre Arth n’est pas inquiet sur les capacités de financement du constructeur transalpin : «Fiat a des actifs monétisables, comme il l’a fait avec Fiat Industrial, et comme il pourrait le faire avec Ferrari et dégager du cash, sans perdre le contrôle de la marque». Sa nouvelle filiale spécialisée dans les poids lourds, leader dans les engins agricoles, est valorisée plus de 10 milliards d’euros. Sergio Marchionne va-t-il perdre le contrôle de l’entreprise afin de financer ses projets sans détériorer la santé financière du groupe ? «On ne connait pas les projets de Sergio Marchionne pour Fiat Industrial» reconnait François-Pierre Arth.
Les positions au Brésil sont également un atout pour Fiat. Avec 25% de parts de marché, le Brésil est le premier pourvoyeur de cash au groupe italien, et ce pour encore longtemps. «Le Brésil permet à Fiat de gagner du temps» juge François-Pierre Arth. Pas question de négliger cette rente pour autant, et Fiat prévoit d’augmenter ses capacités de production afin de suivre la croissance galopante du pays sud-américain en inaugurant une nouvelle usine. Les analystes sont toutefois plus mesurés quant à la santé financière du groupe à plus long terme surtout s’il continue à perdre des parts de marchés en Europe.
"Le pistolet sur la tempe"
C’est donc au tour des usines européennes de participer au processus de transformation du groupe, notamment les usines italiennes. Productivité en berne, taux d’absentéisme record… Marchionne n’hésite pas à stigmatiser les ouvriers italiens. Il fait valoir que quand un ouvrier polonais produit 100 voitures par an, un ouvrier italien n’en produit que 29. Sans langue de bois, le patron lâche devant une Italie médusée que Fiat «ne gagne pas un euro en Italie». La menace de délocalisation est sans équivoque. Marchionne a imposé à ses ouvriers italiens sous pression des restructurations inimaginables en France. Ce week-end, les 5 400 ouvriers de l’usine de Miratfiori près de Turin ont accepté à 54% leurs nouvelles conditions de travail : moins de pauses, plus d’heures supplémentaires, usine ouverte 24h/24, sanctions aggravées contre l’absentéisme… Le site historique du constructeur italien n’a pas résisté à la pression de son patron charismatique. En échange, ce dernier a promis d’investir près d’un milliard d’euros dans cette usine et de diversifier sa production, réservée pour le moment à la seule Punto.
Fiat ne gagne pas un euro en Italie 
C’est la deuxième victoire de Marchionne en quelques mois après avoir soumis l’usine napolitaine de Pomigliano, toujours par voie référendaire. «On nous a mis le pistolet sur la tempe» résume un syndicaliste italien. Sergio Marchionne a su également ménager le silence du gouvernement italien malgré l’émoi suscité par sa méthode à travers toute l’Italie. Mais, personne n’est dupe. La problématique première des usines italiennes reste dans leur sous-utilisation pour cause de volumes de ventes insuffisants.
Nabil Bourassi
Publié le 17 Janvier 2011







