Audiovisuel : les places au soleil de la TNT sont chères
(Easybourse.com) L'autorisation de nouvelles chaînes sur le marché français de la TNT soulève plusieurs problématiques. L'appel à candidatures, les «chaînes bonus», les ressources publicitaires sont tout autant de questions en suspens pour les groupes audiovisuels.
À lire dans ce dossier.
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Interview
Alain Weill
PDG
NextRadioTV
Le dossier épineux des chaînes bonus
A la création de la TNT en 2005, les autorités ont promis aux chaînes historiques (TF1, M6 et Canal+) une chaîne bonus en contrepartie du coût de la double diffusion en analogique et en numérique jusqu’à la fin de la période de transition prévue pour fin 2011. Cependant, outre le mécontentement des nouveaux entrants de la TNT, la Commission européenne a remis en question la légalité de cette procédure d’attribution. En effet, traditionnellement, pour garantir la concurrence, un appel d’offres est émis pour attribuer un nouveau canal. La Commission européenne a déjà émis un avis négatif sur ces chaînes bonus, mais les autorités françaises préfèreraient attendre un «avis motivé» (dernière étape avant la saisine de la Cour de justice européenne) de la part de la Commission avant de se positionner.
Face à cette problématique, tous les acteurs de la sphère audiovisuelle n’adoptent pas la même position. Certains, comme M6, proposent de s’orienter vers un moratoire afin de laisser la situation se décanter au niveau réglementaire et de permettre aux groupes de mieux se préparer à l’arrivée de nouvelles chaînes. Jean-Baptiste Sergeant, analyste chez Gilbert Dupont, «pense qu’il va y avoir un moratoire sur ce processus jusqu’en 2016, date de la suppression de la publicité sur France Télévisions». «Ce qui risque de se dessiner, c’est que TF1, M6 et Canal+ auront alors leurs chaînes bonus, mais, pour satisfaire Bruxelles, un appel d’offres sera également lancé pour d’autres groupes comme Bolloré, NRJ et NextRadioTV. Le paysage devrait être un peu figé jusqu’en 2016», ajoute-t-il.
Un appel à candidature qui se fait attendre
Au-delà de la problématique des canaux bonus, les projets de chaînes ne manquent pas parmi les groupes audiovisuels, et c’est l’appel à candidatures qui se fait attendre. Des sociétés comme NRJ Group ou Bolloré ont déjà des projets de nouvelles chaînes, et, pour aller dans le sens de la Commission, le gouvernement pourrait décider de leur attribuer de nouvelles fréquences. NRJ Group voudrait lancer les chaînes Nostalgie et Chérie HD, Bolloré proposerait Direct Bien-être, NextRadioTV prépare RMC Sport. M6 a également fait part de deux projets de chaînes gratuites. Néanmoins, certains des nouveaux entrants craignent qu’un éventuel blocage sur les chaînes bonus ne vienne geler le paysage audiovisuel français pour un temps.
Certains projets soulèvent déjà le débat
Comme pressenti, TF1 a annoncé cette semaine qu’il a déposé une demande de changement d'agrément pour LCI auprès du CSA afin de la faire passer en gratuit sur la TNT. Si le CSA donnait son accord, LCI deviendrait la troisième chaîne d’information de la TNT aux côtés de BFM TV (NextRadioTV) et d’i>Télé (Canal+). Selon Alain Weill, dirigeant de NextRadioTV, non seulement une telle décision ne serait pas possible sans changer la loi, mais elle n’aurait pas de «justification économique». Pour sa part, Nicolas de Tavernost, patron de M6, a déclaré que si LCI était autorisé à devenir gratuit, il demanderait à ce qu’il en soit de même pour Paris Première. «Je ne crois pas que des chaînes payantes seront autorisées à basculer en gratuit. Le CSA ne pourrait pas dire oui à LCI et non à Paris Première, on rentrerait alors dans un casse-tête et comme les fréquences numériques ne sont pas illimitées ce serait ingérable», estime Jean-Baptiste Sergeant.
De son côté, Bertrand Meheut, PDG du groupe de télévision à péage Canal+, a indiqué en mars dernier que son groupe compte mettre en place une nouvelle chaîne de télévision généraliste gratuite qui serait prête pour novembre 2011. Dans un entretien au Monde, le PDG de TF1, Nonce Paolini, n’a pas laissé passer l’occasion de dénoncer «une situation inacceptable». «Ces canaux sont dus à TF1, à M6 et à Canal+ pour compenser un préjudice dû au passage de l'analogique au numérique. Vouloir, comme Canal+, compenser un prétendu préjudice sur un autre marché que le sien est étrange (…) Ce n'est pas un combat contre une entreprise mais pour une concurrence loyale», considère-t-il.
D’après Jean-Baptiste Sergeant, «Canal20 pourrait être une menace pour des chaînes comme TF1 ou M6. Canal+ a quand même une force de frappe et son coût de grille s’élève à près de 1 milliard d’euros. Il achète toutes les séries américaines en droits payants, qui après sont diffusées en gratuit sur M6 comme Desperate Housewives. Canal+ a les moyens de négocier les droits gratuits en plus des droits payants, et pourrait ainsi assécher le marché des droits des séries américaines notamment». Pour Conor O’Shea, analyste chez Kepler Capital Markets, «Le projet Canal20 pourrait représenter une menace importante pour les canaux historiques». «Si M6 et TF1 rajoutent des chaînes compensatoires sur la TNT, ce sera un processus graduel pour ne pas menacer leurs chaînes existantes. En revanche, si Canal+ arrive sur le marché du gratuit, il va investir significativement afin de gagner rapidement des parts de marché», observe-t-il.
«L’équilibre pour gérer du gratuit et du payant en même temps est délicat, mais Canal+ a déjà de l’expérience de gérer certains créneaux en claire qui génère un niveau de publicité dont la croissance est supérieure au marché, sans impact négatif sur leur base d’abonnées payante. Le groupe Canal investit dans la production de fictions françaises qui se rapprochent des attentes des téléspectateurs, et c’est cette capacité qui doit inquiéter les acteurs historiques concernant Canal20», ajoute l’analyste de Kepler Capital Markets.
Claire Lavarenne
Publié le 29 Juillet 2011







