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Que nous réservent les marchés pétroliers en 2013 ?

Que nous réservent les marchés pétroliers en 2013 ?

(Easybourse.com) Après avoir flirté avec de nouveaux records en 2012, le prix du brut devrait se maintenir à un niveau élevé en 2013, notamment en raison des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. A moyen terme, une baisse n'est pas à exclure, selon l'Institut français du pétrole.

Interview de Thierry Bros

Interview

Thierry Bros
analyste senior Marché gazier européen et GNL
Société générale CIB

Que nous réservent les marchés pétroliers en 2013 ? D’après l’Institut français du pétrole et des énergies nouvelles (IFPEN), trois facteurs continueront à influencer le prix du pétrole cette année : d’abord le contexte économique et financier, marqué par une reprise aux Etats-Unis et en Chine et par une récession en Europe, ensuite la situation géopolitique marquée par le contentieux entre Israël et l'Iran, et enfin l'équilibre – ou plutôt le déséquilibre- entre l’offre et la demande.

« Faute de vision claire, les marchés anticipent un prix pour 2013 autour de 110 $/baril », indique l’IFPEN, soit peu ou prou le prix moyen observé en 2012 (112 $/baril), un niveau proche de ses plus hauts niveaux historiques. Mais « des soubresauts à l'image de ce que l'on connaît depuis 2010 restent probables compte tenu du contentieux non réglé entre Israël et l'Iran, et du contexte économique européen et américain vacillant», précise l’institut.

La réélection en janvier du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, qui menace de frapper les installations nucléaires iraniennes, maintient les marchés sous tensions. En effet, s’il était attaqué, l’Iran a menacé à plusieurs reprises de fermer le Détroit d’Ormuz par lequel transite 20% du trafic mondial de pétrole. De quoi faire flamber les prix du brut. Côté économique, l’incertitude est également de mise. Si les Etats-Unis et la Chine semblent à nouveau en mesure de tirer l’économie mondiale, les premiers vont devoir s’attaquer à leur problème de dette et les coupes budgétaires devraient freiner leur croissance. Quant à l’Europe, en récession, elle peine à relancer sa croissance après avoir été au bord de l’explosion.

Huiles de schiste : les Etats-Unis exportateurs

Du côté de l’offre et de la demande, les évolutions sont plutôt favorables à une baisse du prix du pétrole. En effet, depuis plusieurs années, l’offre de produits pétroliers est plus importante que la demande, et cette « surcapacité » a vocation à perdurer. Dans son dernier rapport, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) anticipe en effet une remontée progressive des disponibilités excédentaires de production des pays de l'OPEP, malgré la hausse significative de la demande
attendue entre 2012 et 2017. Cela s’explique par la montée en puissance de la production des pays hors-OPEP comme le Brésil ou le Venezuela.

D’autres pays producteurs viennent s’ajouter à la liste. C’est le cas en particulier des Etats-Unis où l’on assiste à un développement « exceptionnellement rapide » de la production d’huiles de schiste, l’équivalent pétrolier du gaz de schiste. « À l'image du marché gazier, une transformation radicale du marché pétrolier américain est en cours avec l'exploitation récente mais très rapide des huiles de schiste. Elle a induit une progression de la production américaine depuis 2009, renversant ainsi un déclin progressif et régulier depuis le milieu des années 1980 », indique l’IFPEN. Comme pour le gaz, les prix du pétrole américain (WTI) s’orientent à la baisse alors que ceux du Brent de la Mer du Nord ont plutôt tendance à progresser. Cependant, « l'impact le plus spectaculaire se manifeste dans un changement de structure des échanges commerciaux de produits pétroliers, souligne l’institut. Les importations américaines d'essence reculent fortement, tandis que les exportations de gazole sont en progression rapide. Cette inversion, si elle se confirme, aurait des conséquences significatives sur le déficit commercial américain lié pour 58 % aux achats de pétrole et de produits ». D’après l’AIE, les Etats-Unis pourraient ainsi devenir en 2020 le premier producteur mondial de pétrole, devant la Russie et l’Arabie Saoudite. Ils deviendraient exportateurs nets de pétrole en 2030…

Vers une baisse des prix du pétrole ?


D’ici là, une exploitation plus large des huiles de schiste au niveau mondial est susceptible de bouleverser la donne pétrolière. Cela pourrait réduire le recours aux pétroles des pays de l'OPEP, dont la part devrait atteindre près de 50 % d'ici 2035 contre 42 % en 2011 si l'on en croit l'AIE. Cela pourrait également détendre le marché pétrolier et éviter de possibles envolées des cours à plus de 120 $/baril. « Une détente des prix vers les 90 $/b ne semble envisageable que dans trois cas : une situation économique fortement dégradée ce qui n'est pas le scénario central annoncé par le FMI, un retour vers plus de stabilité et moins de tensions en Afrique du Nord et au Moyen- Orient, et enfin, une progression plus rapide que prévue de la production américaine des huiles de schiste », précise l’IFPEN. Ces conditions ne sont pas réunies aujourd’hui mais « elles ne doivent pas être écartées a priori », selon l’institut.

L’AIE, elle, ne prévoit pas de baisse significative des cours du pétrole. Le prix du baril devrait se maintenir au-dessus des 110$ au cours des prochaines années, indique-t-elle, sous l’effet de l’augmentation des coûts de production (la part des forages non conventionnels devrait passer de 6% de la production aujourd’hui à 17% en 2035), et de la montée en puissance très progressive des huiles de schiste, qui n’atteindraient qu’une part de 3,5% de la production mondiale en 2035.


François Schott

Publié le 07 Février 2013

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