En pleine crise, la France renoue avec l’emprunt d’Etat
(Easybourse.com) L’annonce par Nicolas Sarkozy d’un emprunt national à l’automne a suscité des réactions mitigées dans la classe politique. Mais les français répondent généralement présents lors de ces appels à leur épargne.
Après avoir consacré près de 80 milliards d’euros à la sauvegarde des secteurs les plus touchés par la crise économique, ainsi qu’au soutien à la consommation des ménages, le gouvernement a besoin d’argent frais pour investir dans l’avenir. C’est le message adressé par le président de la République aux parlementaires réunis à Versailles, et plus largement aux Français, qui devraient être mis à contribution via un emprunt d’Etat à l’automne.
Le Premier Ministre, François Fillon, a en effet confirmé que le futur emprunt serait « au moins pour une part » souscrit auprès des particuliers, car l'idée « est d'associer la nation à cet effort ». Pour l’heure, on ne connaît ni le montant ni les conditions de la levée de fonds. Ils dépendront des « priorités nationales » qui seront fixées dans les prochains jours. Selon François Fillon, cet argent servira exclusivement à financer des « dépenses qui généreront de la richesse » : biotechnologies, énergie du futur, santé, éducation.
Cet appel à l’épargne des Français sera-t-il entendu ? Tout dépend du taux de rémunération de l’emprunt, autrement dit des intérêts annuels versés aux souscripteurs. Interrogé par le journal Les Echos, Philippe Marini, rapporteur du budget au Sénat, table sur un taux de 2% ou de 2,5%. « Aujourd'hui, l'agence France Trésor emprunte, à 5 ans, au taux de 2,8 %. EDF propose un emprunt à 4,5 %. Pour être raisonnable, l'emprunt de l'Etat auprès des particuliers devrait donc être proposé au taux de 2 % ou 2,5 % », a-t-il expliqué.
Des critiques sur le « plébiscite financier »
Le succès rencontré par l’emprunt obligataire d’EDF, qui a lui aussi fait appel directement aux particuliers, est de bon augure pour le gouvernement. Une semaine seulement après son lancement le 17 juin, il a été souscrit à hauteur de deux milliards d’euros, alors que le groupe n’espérait au départ lever qu’un milliard. Le taux de rémunération, de 4,5%, semble particulièrement attractif comparé à d’autres placements sûrs, comme le livret A, actuellement à 1,75%.
Certains économistes s’interrogent cependant sur la pertinence d’un emprunt aux ménages, réputé plus coûteux pour l’Etat qu’un refinancement sur les marchés auprès d’investisseurs institutionnels. Outre un taux de rémunération plus élevé, destiné à attirer des petits épargnants, il implique des dépenses de publicité et une distribution par le réseau des banques commerciales, qui prélèvent une commission sur le montant total emprunté.
Alors que le déficit budgétaire français devrait atteindre le niveau record de 7% du produit intérieur brut cette année, des voix s’élèvent pour dénoncer l’utilisation politique de l’emprunt d’Etat. « C’est un référendum populaire sur la politique économique du gouvernement », juge l’économiste Jacques Mistral dans les colonnes du Monde daté de mercredi. L’histoire a en effet démontré le succès des grands emprunts nationaux, notamment l’emprunt Pinay en 1958 ou plus récemment l’emprunt Balladur, mais également leur impact sur les finances publiques. Or, celles-ci devront s’assainir au cours des prochaines années sous peine de placer la France en contradiction avec ses engagements européens. Les emprunts contractés aujourd'hui seront les impôts de demain.
François Schott
Publié le 26 Juin 2009







