Juillet, record historique pour les introductions en bourse aux Etats-Unis
(Easybourse.com) Depuis le début de l'année, près de 300 IPO ont été réalisées aux Etats-Unis. Ce mois de juillet a été un mois particulièrement dynamique. Un trend qui n'a pas été constaté depuis plus de 10 ans. Rien que cette semaine 12 sociétés devraient faire leur entrée à Wall Street pour lever au total un peu plus de 2 milliards d'euros. Ce rythme effréné devrait s'accélérer au cours de la deuxième moitié de l'année.
On assiste à une véritable année de rattrapage ni plus, ni moins. Complètement fermé pendant les années de crise, le marché des IPO a commencé à se rouvrir fin 2009. L’année 2010 s’était caractérisée par une évolution en dents de scie. 2011 marque le véritable retour de ces introductions, en particulier aux Etats-Unis.Il faut dire que les indices boursiers ont relativement bien tenus depuis le début de l’année. Le Dow Jones affiche une progression de plus de 8%, le Nasdaq enregistre un gain de plus de 7%. Le S&P 500 quant à lui est en hausse de plus de 6% contre 0,50% pour le Footsie, -0,26% pour l’IBEX -0,44% pour le Cac 40.
Au-delà de la bonne tenue de ces indices, la perception de risques macroéconomiques moins prononcés qu’en Europe, qu’au Japon ou que dans les marchés émergents semble avoir servi de moteur à ces introductions. «Les indicateurs économiques américains affichent une stabilisation mais pas forcément une dégradation. Par ailleurs, les investisseurs américains tendent à appréhender la problématique de la dette américaine de façon plus sereine que ce qui a pu se passer en Europe, en tout cas pour l'instant» signale Crédric Chaboud, gérant spécialisé sur les IPO chez Lazard Frères Gestion.
Ce sentiment d’un moindre danger a entrainé une grande vague de rapatriement de capitaux vers les fonds de pension et les fonds d’investissement américains. Les différentes phases d’assouplissement quantitatif auxquelles s’est livrée la Fed ont conduit à une profusion de liquidités supplémentaire. Enfin, les taux relativement bas ont favorisé l’emprunt facile et encouragé les effets de leviers. Du coup, un véritable appétit s’est dessiné pour investir sur le marché américain des actions.
Ce d’autant plus que plusieurs structures de private equity arrivant à maturité sur leurs fonds ont décidé d’offrir des cours d’entrée plus qu’intéressant permettant de compenser les incertitudes existantes. «Pratiquement une IPO américaine sur trois a eu pour origine un fonds de private equity. Les prix proposés ont offert des upsides fondamentaux de l’ordre de 40-50% qui ont ainsi donné un coussin de confort non négligeable» commente Cédric Chaboud.
Des thématiques d’investissement résilientes
Toutes les sociétés qui souhaitaient faire leur entrée en bouse ne sont pas parvenues à le faire. «Seulement une dizaine d’IPO se sont réalisées sur une cinquantaine d’opérations marketées en juillet, de telle sorte que les sociétés qui sont sorties ont suscité mécaniquement un véritable enthousiasme des investisseurs».
Les sociétés qui ont réussi l’épreuve sont des sociétés qui correspondent à des thématiques toutes particulières. L’agroalimentaire tout d’abord. Telle a été le cas de l’introduction de Dunkin’ Brands, la maison mère de la célèbre chaîne Dunkin’ Donuts, une des marques les plus connues pour les fameux beignets américains. Le groupe, valorisé à plus de 2 milliards de dollars, compte plus de 16 000 points de vente dans un peu moins de 60 pays. Avec son introduction en bourse, le groupe espère lever plus de 400 millions de dollars. «Ce deal a été sursouscrit des nombreuses fois. Il sera certainement pricé au dessus du range proposé» précise Cédric Chaboud.
Dans le même esprit, on peut citer une autre société spécialisée dans le thé, dénommée Teavana, ou encore Arcos Dorados détenteur de la marque Mc Donald en Argentine et au Brésil.
Des playeurs spécialisés dans l’infrastructure énergétique, un domaine en pleine effervescence en raison d’un important sous-investissement ces dernières années ou encore dans le service aérien ont également décidé de tenter l’aventure. «Une société comme C&J Energy Services ou Wesco Aircraft répondent à cette logique».
Beaucoup d’IPO ont été également faites dans le secteur de la santé, des maisons de retraite comme HCA qui a rapidement pris 15-20%, ou encore dans les semiconducteurs.
Un tri rigoureux à opérer
Investir dans ces IPO n’est pas une mince affaire. En premier lieu, toutes les IPO ne sont pas un succès.
La volatilité est, par ailleurs, importante. Les retournements peuvent être violents. «D’habitude une IPO suit un certain trend. 3-4% à l’ouverture puis une énorme performance sur six mois-un an. Aujourd’hui nous sommes davantage sur un marché explosif. Les investisseurs n’hésitent pas à entrer et à sortir tout aussi rapidement si le management ne délivre pas. On a pu voir des investisseurs de long terme sortir au bout de quelques jours après avoir effectué une analyse fondamentale de la société. Du coup de multiples titres ont perdu 40 à 50% de leur valeur et sont repassés en dessous de leur cours d’IPO» explique le gérant de Lazard.
C’est ainsi que le Facebook chinois, Renren, a été proposé dans les premiers échanges dans les 10-12 dollars par action. Avant même que l’IPO soit montée, le range a été remontée à 12-14 dollars. Le premier jour à l’ouverture, l’action a été valorisée 19,50 dollars. Elle a atteint 25 dollars dans la journée (plus de 70% au dessus de la proposition initiale). Deux à trois semaines plus tard, le titre a perdu 77% de sa valeur pour atteindre un minimum de 6 dollars (50% en dessous du cours à l’introduction). «L’investissement dans ce type de valeur répond typiquement à un appétit pour le risque. Lorsque la confiance est au rendez-vous, les investisseurs se jettent sur le titre sans vraiment se soucier de la valorisation fondamentale. Dès qu’il y a une tension sur le marché, on voit le phénomène inverse. Les premiers retraits auto entretiennent un rythme de sorties très puissant».
Une accélération des introductions attendue pour le second semestre de l’année
Les Etats-Unis seraient selon l’expert de Lazard le signe de la pré ouverture du marché mondial des IPO. «Nous sommes persuadés que nous sommes à l’aube d’un cycle colossal d’IPO qui va mettre plusieurs années à se résorber, ce sur tous les continents. Nous devrions en cela revoir ce que l’on a connu en 2005-2006».
Le pipe d’IPO est avancé comme étant unique et la liste d’attente comme étant très grande. «D’habitude, on voit aux Etats-Unis, 1000 à 1500 IPO par an. Les 300 IPO qui ont été réalisées ne sont que le début. On estime qu’au moins 180 IPO attendent dans le pipeline en Europe, aussi bien sur le Vieux continent qu’au Royaume-Uni ou encore en périphérie comme en Russie ou en Turquie. Beaucoup d’actifs devraient notamment être mis sur le marché pour baisser le niveau d’endettement des Etats comme on l’a vu en Pologne cette année».
Un premier trend haussier des indices sera cependant nécessaire pour que ces IPO aient l’engouement des investisseurs en dehors des Etats-Unis. «Pour le moment investisseurs rachètent les actions décotées qu’ils connaissent. Dès lors que ces actions seront mieux valorisées, les IPO seront recherchées ».
L’accélération du rythme des introductions devrait être observée à partir du 15 septembre.
Imen Hazgui
Publié le 26 Juillet 2011





