Les premiers gagnants de la crise
(Easybourse.com) Alors que les places financières ont dégringolé début octobre de manière historique et qu'elles peinent toujours à retrouver une certaine stabilité malgré les thérapies de choc des pays du G7 et de l'Eurogroupe, la crise financière n’a pas les mêmes effets pour tout le monde. Certains perdent, à l’image de nombreux banquiers, de constructeurs automobiles, du secteur de l'immobilier, de hedge funds, d'agences de notation... jusqu’à un pays, l'Islande en situation de faillite ; d’autres au contraire sortent leur épingle du jeu…
La tempête sur les marchés continue de faire rage, et alors que l’on voit les premiers perdants de cette déroute financière, tel que Richard Fuld, figure emblématique de l'establishment américain et ancien PDG de Lehman Brothers, ou d’agences de notation comme Standard & Poor's, Moody's ou Fitch accusées d’avoir aggravé la crise, d’autres en revanche, profitent de la situation…
Livret A record
A commencer par certains placements financiers, devenus de véritables refuges en ces temps troublés. Et le premier du genre est très certainement le peu risqué et non moins attractif, Livret A. Avec son taux d’intérêt à 4% exonéré d'imposition et de prélèvements sociaux, sans versement obligatoire et plafonné à 15 300 euros, ce placement est devenu au fil de la crise l’un des plus rassurants pour les petits épargnants. A la plus grande satisfaction de la Banque postale, du Crédit mutuel et de la Caisse d'épargne, seuls établissements autorisés, jusqu’au 1er janvier 2009, à le proposer…
De fait, les encours étaient en hausse de 10% à 130 milliards d'euros depuis le début de l'année.
Et dans le détail, la Banque postale comptait près de 260 000 Livrets A de plus à fin septembre, avec une collecte nette (entrées-sorties) multipliée par cinq par rapport à la même période l'an dernier, à plus de 4 milliards d'euros (à fin septembre).
Quant à la Caisse d'Epargne, la collecte record s’est montée à 6,2 milliards d'euros du 1er janvier au 15 septembre, soit une hausse de 350% par rapport à la même période un an plus tôt. Idem pour le Crédit Mutuel Centre Est Europe, où le Livret Bleu, équivalent du Livret A, enregistrait une collecte nette en progression de 143% à fin août 2008, à 1,023 milliard d'euros, contre 0,4 milliard un an plus tôt.
Actionnaires avec du flair
S’il y a de bons placements, il y également de bons actionnaires. John Paulson, par exemple, qui a raflé plusieurs milliards de dollars en pariant sur le retournement du marché des subprimes, ou encore Emilio Botin, le patron de la banque espagnol Santander, leader sur son marché national et bien implantée en Amérique latine, qui vient de conforter sa présence Outre-manche en rachetant Alliance & Leicester en juillet, certains actifs de Bradford & Bingley, la huitième banque d’Angleterre, et le 14 octobre, la banque américaine Sovereign pour près de 2 milliards de dollars...
Qu’ils soient grands ou petits, certains actionnaires ont donc senti le vent tourner et en ont profité pour faire de bonnes affaires. La meilleure solution selon eux, acheter à bas prix des actions dont la valeur sur le long terme, reprendra de belles couleurs…
A ce jeu, le plus célèbre est sans doute le magnat Warren Buffett. Le milliardaire américain ne s’en cache pas, il est temps, selon lui, de partir à la chasse aux bonnes affaires afin de renforcer sa fortune et dégager plein de profits. Et pour cela, la règle est d’or : «être craintif quand les autres sont avides, et être avide quand les autres sont craintifs.»
Après avoir fait parler de lui dans les dossiers General Electric et Goldman Sachs, il y a fort à parier que l’un des plus célèbres actionnaires de la place fasse encore des remous…
Acquisitions bonnes à prendre
Ce n’est pas tout d’éviter la crise, quoique pour une banque aujourd’hui cela relève tout de même d’une vraie performance, mais encore faut-il transformer l’essai. A ce jeu-là, certains établissements financiers ayant judicieusement évité la curée, en ont profité pour acquérir des concurrents et consolider leur situation.
Le grand gagnant ici est sans conteste BNP-Paribas qui a repris à très bon compte la banque belge Fortis, devenant de facto le principal groupe d’Europe en matière de dépôts. Via cette acquisition, la banque dispose de filiales non seulement en France, mais aussi en Italie, en Belgique et au Luxembourg.
D’autant qu’en reprenant pour 15 milliards d’euros la banque Fortis, qui en valait 50 quelques semaines plus tôt, BNP-Paribas est parvenue à réaliser une union qui était déjà envisagée par le passé, mais cette fois, à un prix défiant tout concurrence…
Les emplettes intéressantes pourraient se poursuivre, notamment avec Axa, dont le PDG Henri de Castries aurait laissé entendre qu’il convoitait certains actifs de l’assureur américain AIG qui doit encore rembourser les 85 milliards de dollars prêtés par le Trésor américain au taux exorbitant de 12%...
Enfin, Outre-Atlantique, Bank of America, malgré des résultats en baisse de 68% au troisième trimestre et son besoin de 10 milliards de dollars de capitaux supplémentaires, apparaît également comme la grande gagnante de la crise aux Etats-Unis. La banque de Caroline du Nord vient effet d’absorber le numéro un du crédit immobilier, Countrywide Financial, et a récupéré Merrill Lynch, l’une des cinq grandes banques d’affaires de Wall Street, pour 50 milliards de dollars…
Derrière elle, reste JPMorgan Chase, qui a acquis en mars la banque d'affaires Bear Stearns et en septembre, les activités bancaires du groupe Washington Mutual ; et Citigroup, qui a renforcé sa présence dans la banque de détail, en rachetant le 29 septembre les activités bancaires de Wachovia.
Pays qui émergent
Les temps sont durs, mais pour certains Etats, la manne est bien là, et le moyen de se hisser parmi les premières puissances économiques mondiales aussi.
Du haut de leurs monticules de pétrodollars, les Emirats Arabes unis (Abou Dhabi, Dubai, Koweït) sont ainsi rapidement devenus des investisseurs très recherchés, qui en profitent pour se payer de belles entreprises européennes et américaines.
Dès les débuts de la crise, fin 2007, l’Adia, principal fonds souverain des Emirats doté de 875 milliards de dollars, avait acquis 4,9% de Citigroup déjà touchée par la crise des subprimes. Au total, la banque a été alimentée à hauteur de 22 milliards de fonds originaires d’Asie et du Moyen-Orient, en 2008.
Un peu différent mais non moins révélateur, le rachat du club de foot Manchester City de Londres par Cheikh Mansour Ben Zayed Al Nahyane, ministre des Affaires présidentielles, ou encore celui du Chrysler building à hauteur de 75% par un fonds souverain d’Abou Dhabi pour 800 millions de dollars...
Pour autant, le grand gagnant semble être la Chine à en croire bon nombre d’observateurs attentifs. Sa stratégie s’inscrirait sur le long terme, comme en témoignent ses récentes prises de participations notamment dans l’américain Blackstone, ce qui aura certainement un effet notable dans la gestion des réserves de change du pays.
Cela étant, après la mauvaise expérience de Blackstone acquis quelques semaines avant la crise des subprimes, et celle de Morgan Stanley surpayés en avril, le fonds souverain chinois ne devrait pas investir à court terme, en attendant que la situation se stabilise et pour se placer, à ce moment, en position de force…
Quant à l’Inde, via le groupe Mittal en particulier et qui a acquis le premier groupe sidérurgique européen Arcelor, elle démontre également un fort dynamisme et une ambition claire de rebattre les cartes de l’économie mondiale…
N.S.
Publié le 17 Octobre 2008





