Des banquiers de marbre face aux députés
(Easybourse.com) L’audition des dirigeants des banques françaises ayant bénéficié de la générosité publique s’est tenue le 3 février dernier devant les députés de la Commission des Finances de l’Assemblée Nationale. L’objectif de cette rencontre était d’expliquer les raisons pour lesquelles les banques avaient eu besoin des deniers de l’Etat, l’usage qu’ils en avaient fait et, surtout, les contreparties exigibles. Pour sa part, le président de la Commission des Finances, Didier Migaud, a indiqué que l’Etat devrait pouvoir entrer au conseil d'administration des banques aidées…
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Ambiance étrange que celle de la Commission des Finances de mardi dernier, où les dirigeants des six banques (Crédit mutuel, Crédit agricole, Société générale, Caisse nationale des Caisses d'épargne, Banque fédérale des banques populaires, BNP Paribas) ayant profité de l’argent de l’Etat étaient auditionnés afin de s’expliquer sur l’utilisation de cette aide financière.
Aide «marginale»
Etrange, car les grands argentiers ont particulièrement médusé l’assistance en expliquant que la première tranche de 10,5 milliards d'euros prêtée par l’Etat afin de renforcer leurs fonds propres était «marginale».
Paradoxalement, si les six groupes bancaires français ont souscrit à la première tranche par souci de «confort», les responsables de la Société générale, de la Caisse nationale des Caisses d'épargne, de la Banque fédérale des banques populaires et de BNP Paribas ont, sans frémir, indiqué vouloir recourir à la seconde tranche. En revanche, le Crédit agricole et le Crédit Mutuel ont déclaré pour leur part ne pas avoir l'intention d’y souscrire. Pour le moment.
Mais les banquiers se sont également distingués lorsque la question des contreparties exigibles par l’Etat en échange de son aide a été soulevée, se cristallisant notamment autour de la question des dividendes.
Baudouin Prot, directeur général du groupe BNP Paribas, a estimé que les dividendes devaient être «plus modérés», mais ils restent selon lui nécessaires «pour que les banques françaises continuent à bénéficier de la confiance des actionnaires privés».
Sans surprise, Frédéric Oudéa, le directeur général de la Société générale lui a emboité le pas, indiquant qu'il lui semblait important que sa banque puisse distribuer un dividende en dépit de l’aide de l'Etat, rappelant en substance qu’il serait dommageable que les autorités publiques puissent intervenir dans la stratégie des banques.
Une observation directement lancée à l’attention du président (PS) de la commission des finances de l'Assemblée nationale, Didier Migaud qui n’a pas manqué de préciser qu’«à partir du moment où on prête et qu'on apporte des fonds propres aux banques, on doit exiger des contreparties. Je crois que cela doit passer par une présence de l'Etat aux conseils d'administration.»
«En quoi la présence de l’Etat serait-elle pour vous une gêne ?» a-t-il d'ailleurs tenté de savoir. «Nous sommes une union de banques coopératives qui entend pouvoir continuer à maîtriser sa stratégie» a fraîchement répondu Georges Pauget, le président du Crédit agricole.
Indicateurs flous
Une autre question d’importance a laissé perplexe les députés présents, concernant cette fois la distribution de crédit aux entreprises et aux particuliers. Pour mémoire, le gouvernement avait exigé en contrepartie de son aide, que les banques s’engagent à augmenter les encours de crédit de 3 à 4%.
Mission largement accomplie selon les banquiers qui, chiffres à l’appui, ont rappelé que les encours de crédit connaissaient une progression de près de 10% en novembre 2008 par rapport à novembre 2007, alors que dans le même temps, les établissements bancaires ont fait part d'une progression ralentie des nouveaux flux depuis octobre 2008.
Dès lors, selon Didier Migaud, «la progression mise en avant par le gouvernement et les dirigeants des banques apparaît de plus en plus paradoxale.» Et d’ajouter que «ce paradoxe apparent souligne en réalité l'inefficacité du critère retenu pour juger de la contribution réelle des banques au financement de l'économie.»
Pour l'heure, le président de la Commission des Finances estime dans un communiqué daté du mardi 10 février que «les données fournies sont très insuffisantes».
Aussi a-t-il adressé un courrier au gouverneur de la Banque de France afin d’en obtenir des données détaillées concernant «l'évolution sur les deux dernières années de la demande de crédit, le pourcentage des crédits titrisés, les taux des prêts en distinguant la prime de risque et la marge bancaire, les conséquences d'un retrait éventuel des banques étrangères du marché de prêts en France, le durcissement des conditions (demandes de garanties personnelles, exigences renforcées concernant le carnet de commandes de l'entreprise, passage de lignes de trésorerie aux découverts), et les conditions dans lesquelles sont traitées d'éventuels défauts notamment en matière de prêts relais.»
De quoi donner raison au député Jérôme Cahuzac qui indiquait au micro d’Easybourse que cette première audition, qui n’avait pas épuisé toutes les interrogations des députés, devrait sans doute donner lieu à d’autres…
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Nicolas Sandanassamy
Publié le 11 Février 2009







