Crédit : les banques se réveillent
(Easybourse.com) Après un bilan 2009 décevant en matière d'octroi de crédit, les banques françaises affichent un certain volontarisme en ce début d’année 2010. La Fédération bancaire française a annoncé plusieurs mesures, notamment en direction des très petites entreprises, afin de les aider à surmonter leurs problèmes de trésorerie et relancer l’investissement. Mais les enquêtes de terrain montrent toujours la difficulté des chefs d’entreprises à obtenir les financements dont ils ont besoin.
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Interview
Jean-François Roubaud
Président
CGPME
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Interview
Sébastien Huygue
Député et rapporteur
Commission des Lois
A première vue, l’année 2009 s’achève sur un constat d’échec en matière de crédit, puisque les encours n’ont progressé que de 0,2% (+1,8% hors secteur financier) contre un objectif gouvernemental de 3 à 4%.
Si les crédits aux ménages ont augmenté de 4,1% à 986 milliards, tirés notamment par les prêts immobiliers, les crédits aux entreprises se sont repliés de 0,9% à 770 milliards. «Ce chiffre doit être apprécié en tenant compte du recours des grandes entreprises au marché financier, qui a été exceptionnellement élevé en 2009 et a sensiblement réduit leur appel au crédit bancaire», souligne la Fédération bancaire française (FBF), pour qui la baisse des prêts aux entreprises est avant tout un problème de demande.
«L'état des carnets de commandes a conduit les sociétés à des diminutions importantes de leurs stocks au cours de 2009, et plus généralement à la baisse de leurs besoins en fonds de roulement», explique-t-elle.
Faux, rétorque la CGPME, le syndicat des petites et moyennes entreprises, qui estime que les banques se montrent trop frileuses. «Il est beaucoup plus difficile aujourd’hui pour une PME d’obtenir un prêt [qu’avant la crise, ndlr]. Les banques demandent davantage de garanties, et accordent des montants plus faibles», déplore Jean-François Roubaud, son président (lire son interview).
Une fin d'année un peu meilleure
Ainsi, selon un sondage Ifop/KPMG/CGPME, 60% des patrons de PME déclaraient début janvier 2010 avoir au moins un besoin de financement, et 32% d’entre eux étaient confrontés à un problème de trésorerie.
«Il faut que les banques prêtent plus aux très petites entreprises, qui ont des mois difficiles devant elles, souligne Jean-François Roubaud. La plupart d’entre elles ont au moins un besoin de financement non satisfait, elles ont besoin de crédit à court terme.»
Il semble que le message commence à se faire entendre. D’après une enquête réalisée par la Banque de France, un tiers des banques disent avoir légèrement assoupli leurs critères d’octroi de crédit au quatrième trimestre, en particulier vis-à-vis des entreprises.
Le volume de nouveaux prêts aux entreprises a augmenté de 0,9% à 233,4 milliards d’euros entre octobre et fin décembre, après dix mois de baisse ininterrompue.
En outre, les crédits aux TPE et aux PME indépendantes étaient en hausse de 1,8% à fin novembre sur un an, et les chiffres sur l’ensemble de l’année qui seront annoncés le 10 février devraient confirmer la tendance.
Des engagements pour 2010
«Les banques sont présentes depuis la rentrée, mais ce n’est pas encore le moment de se féliciter», a commenté Baudouin Prot, le président de la Fédération bancaire française lors d’une récente conférence de presse.
«La question des délais de réponse est une préoccupation importante pour les chefs d'entreprises qui demandent un crédit. C'est l'un des principaux constats tirés des rencontres Banques /PME dans différentes régions que la FBF a organisées à l'automne dernier. Après ces rencontres et à l'issue d'un échange constructif avec la CGPME, les banques françaises ont décidé de faire un effort particulier pour améliorer leur qualité de service dans ce domaine.»
Au plus tard fin avril, chaque banque devra disposer d'un dispositif spécifique en faveur des TPE, a précisé M. Prot.
L'établissement devra être en mesure d'informer tout client TPE ou PME du délai qui lui est nécessaire pour répondre à une demande de crédit, et s’efforçer de réduire ce délai à moins de dix jours à compter du dépôt du dossier.
Concernant plus spécifiquement les TPE (moins de dix salariés), une enveloppe de 100 millions d’euros a été affectée par Oséo, l’organisme public de soutien aux PME, à la arantie de leurs emprunts de trésorerie.
Pour autant, la prudence reste de mise. Les banques ne prévoient pas d’assouplir à nouveau leurs critères d’octroi, et pourraient même resserrer le robinet du crédit si elles s'estiment victimes de contraintes réglementaires trop fortes. «Il faut veiller à ce qu'une augmentation excessive des exigences de fonds propres des banques ne diminue pas la capacité des banques à financer l'économie et n'hypothèque pas la reprise économique», a ainsi prévenu la FBF, en référence à l'instauration d'ici 2012 de nouvelles règles prudentielles, dites 'Bâle III'.
Le gouvernement est prévenu!
François Schott
Publié le 05 Février 2010





