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Taxe: le grand bluff des banques

Taxe: le grand bluff des banques

(Easybourse.com) Après avoir échoué à convaincre leurs partenaires du G20 d'instaurer une taxe internationale sur les banques, la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni vont devoir tenir bon face au lobby bancaire qui menace de fermer les vannes du crédit.

La taxe bancaire internationale voulue par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel a du plomb dans l'aile. Lors du dernier G20 de Toronto, la proposition européenne s'est heurtée à une fin de non-recevoir de la part d'un certain nombre de pays qui estiment que leurs banques n'ont rien, ou pas grand-chose, à se reprocher. C'est le cas notamment du Canada, de l'Australie, et des grands émergents. Quant aux Etats-Unis, qui avaient dans un premier temps défendu l'idée d'une taxe, ils semblent de plus en plus réticents et promeuvent désormais le renforcement des fonds propres des banques.

Paris, Berlin et Londres se retrouvent donc bien seuls, d'autant que les banques européennes n'ont pas caché leur hostilité à ce qu'elles considèrent comme une punition de nature à pénaliser leur compétitivité sur la scène internationale. Dans un communiqué publié fin juin, la Fédération bancaire française a ainsi estimé que la taxe bancaire était une «mauvaise nouvelle pour l'économie européenne» : elle réduira la capacité des banques à accorder des crédits, ce qui freinera le financement de l'économie et pourrait «remettre en cause la reprise économique». Et la FBF de reprendre l'argument des pays opposés à la taxe, à savoir que toutes les banques n'ont pas « fauté » au point de faire appel à la générosité du contribuable.

«La France fait partie des pays où aucun établissement bancaire n'a dû être sauvé ou nationalisé, contrairement à ce qui s'est passé ailleurs. Au contraire, le plan bancaire mis en place pour faciliter le financement de l'économie a rapporté plus de 2 milliards d'euros au budget de l'Etat. Il n'existe donc aucun fondement à récupérer de l'argent public sur la base d'interventions qui ont rapporté au contribuable.»

Londres montre la voie

Cet argument a été battu en brèche par la Cour des Comptes. Dans un rapport rendu public fin juin, l'institution fait un tout autre calcul que celui annoncé par le gouvernement et la FBF concernant le bilan du plan d'aides aux banques. Si l'Etat a bel et bien récupéré 1,3 milliard d'euros d'intérêts sur les prêts accordés, il s'est lui-même endetté, à hauteur de 9,5 milliards d'euros, pour maintenir les banques à flots. Cette augmentation de la dette publique est «susceptible d'annuler complètement le résultat budgétaire [du plan d'aides aux banques] à partir de l'année 2011», selon la Cour qui ajoute : «Si [le] bilan final devait faire apparaître un coût, rien ne s'opposerait alors à ce que les profits du secteur bancaire fassent l'objet d'un prélèvement ponctuel (...) destiné à compenser ce coût pour les finances publiques». D'autant que les banques se sont refait une santé grâce à l'achat d'obligations d'Etats…

Les trois principales économies européennes semblent donc déterminées à taxer leurs banques. Hier, le gouvernement britannique a confirmé l'instauration d'un prélèvement sur les 30 principaux établissements du pays à compter du 1er janvier 2011. Cette taxe devrait rapporter 2,5 milliards de livres sterling par an. La France, qui doit encore définir les modalités de sa taxe, compte sur un produit plus modeste de «plusieurs centaines de millions d'euros» en 2011. Mais à Londres comme à Paris, on rappelle la nécessité de «garantir des conditions équitables» ne pénalisant pas trop les établissements concernés.

En dépit de ces précautions, les banques ne désarment pas face à la taxe. Plusieurs établissements européens ont proposé cette semaine de créer leur propre fonds de sauvetage pour éviter d'avoir à nouveau recours à l'aide des Etats, et surtout pour échapper à la taxation. Ce fonds pourrait récolter jusqu'à 20 milliards d'euros dans les prochaines années, a assuré Alessandro Profumo, le patron d'Unicredit, à l'origine de cette initiative. Un montant lui aussi faible au regard des centaines de milliards injectés dans le système bancaire au cours des deux dernières années.

François Schott

Publié le 15 Juillet 2010

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