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Interview de Thierry Lefrançois : Economiste chez Natixis

Thierry Lefrançois

Economiste chez Natixis

Nous sommes sur un scénario à 85$ le brent en 2008

Publié le 07 Mars 2008

Est-il possible de déduire de la situation de backwardation que nous connaissons actuellement sur le marché du pétrole une évolution à la hausse du prix du baril ?
Je pense qu’il ne faut pas tirer des conclusions hâtives de ces niveaux de backwardation
Ces backwardations peuvent être plus ou moins forts. Il y a quelques mois, il y avait un niveau élevé de backwardation. Il était possible d’avoir sur une échéance lointaine une baisse de 20 dollars par rapport au niveau actuel. Cette courbe a eu tendance à s’aplatir. Les investisseurs pensent que la baisse du cours sera limitée.

A votre avis quel est le point de résistance du prix du baril ?
102,25 dollars.

Quelle sera l’évolution de ce prix pour cette année ?
Nous sommes sur un scénario à 85$ le brent en 2008. Ce qui laisse une marge de manoeuvre pour une baisse des cours de près de 20 %.

Nous considérons qu’il y a dans le prix du baril, 20 dollars liés à l’activité des fonds d’investissement. De plus en plus d’investisseurs souhaitent diversifier leurs actifs en plaçant une partie de leurs ressources dans le pétrole.
Du fait d’une aversion grandissante au risque action, ces investisseurs se retournent sur ce qui leur semble être porteur par rapport au risque d’inflation, autrement dit les matières premières.
Par ailleurs, une relation est établie avec la faiblesse du dollar : plus le dollar baisse, plus le prix du pétrole monte.

Nous nous attendons à un désengagement des investisseurs dans le courant du second semestre. La croissance aux Etats-Unis très molle au premier semestre devrait reprendre au second semestre. Il y aura alors un changement des allocations d’actifs, une réorientation vers des actifs plus risqués, comme les actions. 

Quel regard portez-vous sur les autres compartiments des matières premières ?
Nous avons procédé à une augmentation de nos prévisions s’agissant des métaux de base. Nous tablons sur 7500 dollars contre 6250 dollars pour le cuivre, 2840 contre 2480 pour l’aluminium.

Ces hausses s’expliquent notamment par les problèmes d’approvisionnement en énergie pour certaines mines. Eskom, l’opérateur en énergie d’Afrique du Sud se trouve saturé.
Les fortes tempêtes de neige en Chine ont conduit le pays à connaître des difficultés dans les capacités électriques. Une baisse de l’approvisionnement de l’ordre de 10% est estimée. Celle-ci devrait réduire le niveau  de production attendu sur l’aluminium.

En dépit du ralentissement de la croissance économique au niveau global, 4,5%, la croissance devrait rester soutenue dans les grand pays émergents, en particulier en Chine où la croissance  reste ancrée autour de 10%. De ce fait, il y a encore de la marge de croissance pour la demande en pétrole et en métaux.

Cependant les capacités de productions sont moins fortes que celles escomptées face à la saturation des installations électriques qui ne peuvent plus fournir l’industrie minière.
Les difficultés rencontrées s’inscrivent sur le long terme. Au final la hausse des stocks est  relativement limitée.

Il existe des fondamentaux qui justifient en partie les hausses de ces trois dernières semaines sur certains métaux. Mais sur d’autres métaux nous pouvons clairement parler de bulle : le nickel, le zinc, le plomb.
Il faut séparer le grain de l’ivraie.

Quel regard portez-vous sur l’évolution des matières premières agricoles ?
La population mondiale croit de près de 1,5% tous les ans. Et les modes d’alimentation évoluent avec une augmentation de la consommation de viande, ce qui nécessite un accroissement des besoins en céréales pour le bétail. Cela suppose une nécessaire augmentation de la productivité d’au moins 2% par an, et une extension des surfaces.
Or, il y a une insuffisance des terres cultivables.

Le développement des biocarburants accentue ce problème. L’Europe et les Etats-Unis ont décidé d’augmenter les surfaces cultivables pour fournir 10% des carburants sous forme de biocarburant.
Cette équation conduit à des prix durablement élevés.

Finalement quel est votre sentiment sur la hausse des prix des matières premières ?
Le seul moyen pour que la demande soit satisfaite réside dans une croissance économique moins forte. C’est ce qui se passe en ce moment.

Nous ne pouvons pas continuer sur un trend de 5% de croissance mondiale par an avec une capacité de production qui ne suit pas. Pour 2008, nous prévoyons un retour à une croissance de 4,7 % contre 5,3 % en 2007. Cette baisse n’offre qu’une faible bouffée d’oxygène

Les prix de l’énergie et des matières premières alimentaires, aujourd’hui poussés à la hausse par des prises de positions spéculatives et le mimétisme des investisseurs, devraient être plus bas fin 2008 comme nous l’avons vu pour d’autres actifs lorsque leurs prix deviennent manifestement trop élevés.

Propos recueillis par Imen Hazgui 

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