Easy Bourse Espace Financières

Interview de Marc Tournier : Directeur général adjoint de Tocqueville Finance

Marc Tournier

Directeur général adjoint de Tocqueville Finance

Le CAC 40, au-dessus des 5 000 points dans un an

Publié le 10 Juillet 2008

Quel regard portez-vous sur les perspectives d’évolution des marchés financiers ?
La situation est quelque peu différente de celle de 2003. Nous avions à l’époque un élément exogène fort qui a permis de mettre fin à la crise des marchés et à la baisse violente qui s’était produite (-60% par rapport au plus haut), à savoir le début de la guerre en Irak.

Les éléments exogènes ne sont pas par définition prévisibles. Dès lors nous n’anticipons pas d’évènements particuliers de ce genre dans les prochains mois.

Nul ne peut dire avec exactitude quand la crise financière sera terminée. Les banques ont particulièrement été affectées par la tourmente. UBS a baissé en un an de près de 70%, un niveau quasiment historique.

Même si Goldman Sachs a récemment considéré que les banques européennes devaient réinjecter encore 140 milliards, et que des nuages se profilent encore à l’horizon, nous pensons sincèrement que le pire est derrière nous.
Pour beaucoup le point critique a été atteint lors du sauvetage de Bear Stearns et les choses sont désormais relativement sous contrôle.

Historiquement, sur les 20 dernières années, les baisses les plus importantes ont tourné aux alentours de 30% par rapport au plus haut.
Nous sommes actuellement sur la CAC 40 à -24%. Nous pouvons dès lors imaginer que nous sommes proche du point bas des marchés.

Quel regard portez-vous sur les répercussions de la forte progression des prix des matières premières sur les marchés financiers ?
A côté de la crise des subprimes, il est certain que la forte progression des prix des matières premières a eu des répercussions négatives sur les marchés.
Parmi les sociétés qui ont le plus souffert, nous pouvons notamment citer Michelin. Le groupe de pneumatiques avait annoncé en février ses résultats 2007 et ses guidances 2008. Deux mois après, Michelin a déclaré que compte tenu de la forte hausse des matières premières, les résultats d’exploitation 2008 seraient impactés à hauteur de 600 millions. Le cours s’est depuis effondré, d'environ -43%.  

De quelle manière considérez-vous les anticipations faites concernant les résultats des entreprises ?
Les anticipations sur les résultats 2008/2009 ne sont certainement pas encore suffisamment ajustées. Il ne devrait par ailleurs pas y avoir d’ajustement drastique.
Ceci étant, nous sommes à des niveaux de valorisation extrêmement bas. Ce qui permet de compenser les éventuelles révisions à la baisse sur les profits.

Un élément rassurant réside selon vous dans la poursuite des opérations de marché ?
Absolument, nous avons eu de multiples mouvements ces temps derniers.

France Telecom qui a lancé une offre sur TeliaSonera s’élevant à plusieurs dizaines de milliards d’euros.
Inbev, la société belge a lancé une offre de rachat sur Anheuser-Busch a plus de 46 mds de dollars, avec une prime de 30%.

L’offre publique d'achat lancée par le groupe Open sur la petite SII Sylis à un prix de 4,25€ par action, faisant ressortir une prime de 73,47% par rapport au cours de clôture de Sylis du 4 juillet 2008, et de 55,30% par rapport au cours moyen pondéré par les volumes des 3 derniers mois.

DPAM a été racheté par H Partners Distribution, une société d'investissement contrôlée par Olivier Halley, héritier de la famille fondatrice du groupe de distribution Promodès qui a fusionné avec Carrefour en 1999. L’opération s’est faite avec une prime de 60%.

Nous pouvons également signaler le succès de l’OPA de la SNCF sur Geodis avec une prime de 79%.

La famille Courtin a annoncé cette semaine le rachat de 30 % du capital de Clarins en Bourse. La famille va mobiliser 800 millions d’euros avec l’appui de Crédit Mutuel (candidat au rachat de la  gestion privée de Citibank en Allemagne).

On a l’impression d’une certaine accélération de la tendance.
Par ailleurs contrairement à ce qui s’était passé lors de la dernière période de hausse des marchés, lors de la bulle Internet, les opérations se payaient presque toujours en titres.
Aujourd’hui ces opérations se font en cash avec des primes très élevées.

Une autre thématique importante concerne la croissance dans les pays émergents ?
Même si cette croissance sera impactée par le ralentissement de la conjoncture économique mondiale, pour autant elle restera élevée.
Il existe cependant des disparités entre les régions. En conséquence, une sélection minutieuse est requise.

Les pays émergents qui ont des gains considérables en raison de leurs ressources en matières premières ont la possibilité de placer des capitaux significatifs sur les marchés des pays matures dans les banques mais également les entreprises industrielles. Récemment, Cegelec, ancienne filiale d’Alsthom a fait l’objet d’un mouvement d’un LBO important. C’est un fonds qatari qui l’a emporté sur deux fonds LBO français.

Un parapétrolier chinois vient de partir à l'assaut du norvégien Awilco Offshore, avec près de 2, 5 mds d’euros avec une prime de plus 20% (prime plus faible car le secteur a mieux résisté).

Quelles ont été les répercussions de la crise financière sur la société ?
Nous avons subi une décollecte concentrée sur le début de l’année, à hauteur de 600 millions d’euros.
Nous sommes pratiquement à l’équilibre actuellement, du fait des nouvelles souscriptions.
La décollecte nette s’estime à une dizaine de millions d’euros.

La crise des subprimes n’a pas été en soi facile à analyser. Nous ne l’avions pas anticipée au sein de la maison. C’est principalement la raison pour laquelle nos performances n’ont pas été satisfaisantes depuis un an comparé aux autres périodes difficiles que nous avons pu vivre sur les marchés financiers.

Même les dirigeants des banques essentiellement européennes ont eu beaucoup de mal à déterminer les impacts de la crise des subprimes.
La prise de conscience des dégâts occasionnés a été faite progressivement.
 
Qu’en est-il des perspectives ?
Nous ne sommes pas inquiets. Le passé nous a appris que c’est suite à des mouvements baissiers importants que nous avons les plus grands mouvements haussiers.

Nous sommes convaincus qu’à horizon d'un an, les bourses européennes seront à des niveaux plus élevés qu’aujourd’hui. Nous tablons sur un potentiel de revalorisation de 10/11%. Le CAC 40 devrait se retrouver au dessus des 5000 points.

C’est pourquoi nous pensons qu’il est opportun de revenir sur le marché des actions de manière progressive suivant un programme de plusieurs mois.

Quels sont vos principaux paris ?
Nous avons décidé d’allumer tous les moteurs. Nous possédons plusieurs fonds qui s’adressent à des profils d’investisseurs différents : or, environnement, value.

De quelle manière appréhendez-vous le second tour d’augmentation de capital que certaines banques devront faire ?
Ce risque fait peser des contraintes supplémentaires pour les banques. Les augmentations de capital se sont faites à chaque fois avec des décotes importantes: Société générale, UBS, Crédit Agricole. Ceci a pénalisé les actionnaires de ces banques.
Le secteur a fait -40% depuis le début de l’année.

Les institutions financières qui auront besoin d’avoir des capitaux propres supplémentaires devraient le faire en septembre, octobre.
Cela permettra d’assainir l’environnement, et de refluidifier le marché. Cela permettra aux banques de rejouer leur rôle de prêteur.

Quelles sont les valeurs qui vous semblent intéressantes à l’heure actuelle ?
Récemment nous avons décidé de réinvestir sur Saint Gobain dont le cours a été divisé par deux. Nous avions été attiré par la prise de participation de Wendel qui a constitué une position à hauteur de plus de 20%.
La société est évaluée à 6 fois ses résultats 2008 et offre 6% de rendement, un des plus hauts niveaux que nous ayons eu sur la valeur.
Par ailleurs, le dividende parait très protégé par le cash flow. En outre, depuis sa privatisation en 1983, Saint Gobain n’a jamais procédé à une diminution de ses dividendes.

Or ces dernières années, suite notamment à l’éclatement de la bulle technologique, les sociétés qui avaient des dividendes intéressantes ont largement surperformé le marché.

Nous aimons bien également Lafarge, qui a une exposition importante sur les pays émergents. La direction est très confortable sur l’atteinte de leurs objectifs 2010. L’opération avec Orascom doit en outre être saluée comme présentant des opportunités intéressantes en terme d’activités pour le groupe.

Une autre valeur que nous trouvons attrayante est Kesa Electricals. La société cotée en Angleterre, est la maison mère de Darty. Elle a vendu But en mars dernier.
Kesa a un bilan solide et offre 11% de rendement. La direction semble privilégier les dividendes au rachat de titres.

Seb, est également une grande capitalisation qu’on apprécie.

Dans les banques, BNP constitue une de nos positions. Nous pensons que la société n’aura pas besoin de recapitalisation.

Parmi les valeurs moyennes qui ont été beaucoup décriées et pas mal attaquées depuis un an, nous pouvons mentionner Manitou dans le secteur des biens d’équipement qui présente une gestion  sérieuse et un bilan solide ainsi que M6, qui offre 7,5% de rendement, et se caractérise par un bon management.

Propos retranscrits par Imen Hazgui suite à la conférence de presse organisée par Tocqueville Finance le mardi 8 juillet 2008

| Plus

Derniers commentairesAccès aux forums

ouvrir un compte en ligne

Espace pédagogique

Comprendre l'économie et la finance

Bourse, fiscalité, patrimoine,...

Le mot du jour Bâle I

Les dernières tendances

Paris

CAC 40: vers une ouverture dans le vert.

(CercleFinance.com) - La Bourse de Paris devrait ouvrir en hausse mardi matin, après s'être laissé dériver dans le rouge hier après-midi (-0,1%)... 29/05 - 08h35
suite...

Wall Street

À Wall Street, l'Europe et les indicateurs donneront le ton

par Chuck Mikolajczak NEW YORK (Reuters) - Désormais privés, ou presque, de résultats, les investisseurs utiliseront la semaine prochaine la... 27/05 - 19h17
suite...

Tokyo

La Bourse de Tokyo finit en hausse de 0,74%

TOKYO (Reuters) - La Bourse de Tokyo a fini en hausse de 0,74% mardi, soutenue en fin de séance par des anticipations de statistiques américaines... 29/05 - 08h25
suite...

Devises

CHANGES: Le marché est peu actif avant le PIB des Etats-Unis

Les marchés des changes montrent des signes de nervosité vendredi en... 28/01 - 14h13
suite...

Pétrole

Les cours du pétrole ont fini en hausse

Les cours à terme du pétrole ont fini en hausse jeudi, l'Iran et les grands puissances économiques étant pour l'instant incapables de... 24/05 - 22h09
suite...

Taux

Fortes anticipations sur une baisse des taux dans la zone euro

Les derniers indicateurs économiques de la zone euro ont incité nombre d'analystes et d'économistes à prédire d'ici quelques... 24/05 - 20h57
suite...

Accès Membre | Client

Mardi 29 Mai 2012 | 10:24:36

Notre offre de courtage

Vos ordres de bourse
à partir de

DJ30 :

Nasdaq :

Nikkei :

Brent :

CAC40 :

€/$ :

Or :

Recevez
la newsletter