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Interview de René Carron : Président de Crédit Agricole SA

René Carron

Président de Crédit Agricole SA

Se préparer à l’après crise tout en tirant les leçons

Publié le 02 Septembre 2008

Pourriez-vous nous faire quelques commentaires sur vos résultats ?
Au cours de ce semestre caractérisé par la pousuite de la crise financière mondiale, Crédit Agricole SA vehicule coté du groupe Crédit Agricole, a dégagé 1 md d’euros de résultats (5 mds depuis juillet 2007). L’ensemble du groupe, en comptant les caisses régionales a réalisé environ 1 ,6 mds d’euros de bénéfices  (7,6 mds depuis juillet 2007).
Nos fonds propres, qui sont la meilleure garantie pour nos clients et actionnaires, sont de 42 mds pour Crédit Agricole SA et de 64 mds pour l’ensemble du groupe, ce qui nous situe parmi les groupes bancaires les plus capitalisés en Europe.

Vous affichez pour ce premier semestre de très bons résultats dans l’activité de banque de détail. Comment l’expliquez-vous ?
Nos résultats démontrent qu’au-delà de la crise des subprimes,  la progression de nos résultats sur tous nos  métiers historiques (banque de détail en France et à l’international, gestion d’actifs, assurance, services financiers spécialisés) est supérieure à la moyenne du marché
Cela s’explique par notre forte expertise, et le dynamisme de nos réseaux.
Nos actionnaires l’ont bien perçu. Pour preuve, la réussite de notre augmentation de capital.

Quelle est votre perception de la crise financière ?
Ayant analysé les fondamentaux de la crise, j’avais été un des premiers acteurs à indiquer que celle-ci serait durable.
Les pertes estimées liées à cette crise n’ont pas cessé d’être revues à la hausse. De 400 milliards de dollars, nous sommes passés à 800 milliards puis à beaucoup plus.
A la vérité les engagements sur les actifs dits à risque n’ont pas changé. Mais l’état de la situation américaine a conduit le régulateur et l’ensemble de la communauté financière à   faire évoluer le curseur.

Chaque acteur s’efforce pour l’heure, par rapport à  son niveau d’engagement,  de délimiter la crise, et ce faisant la visibilité de la situation s’en trouve renforcée.

Diriez-vous que nous sommes parvenus à une situation de crise plus classique ?
Nous avons aujourd’hui une idée beaucoup plus précise de la façon dont les choses peuvent évoluer.

L’idée dorénavant est de se préparer à l’après crise, tout en tirant les leçons de la crise. C’est la raison pour laquelle nous avons réalisé une augmentation de capital.
Nous avons considéré que dans le contexte international dans lequel nous nous inscrivions, la solidité capitalistique des banques sera l’élément déterminant pour construire, investir et accompagner l’économie.

Plusieurs analystes craignent le second tour de recapitalisation des banques. Qu’en pensez-vous ?
Les banques qui après recapitalisation ont des tiers 1 de 5 ou 6 % peuvent en effet s’inquiéter.  D’autant que l’on observe dans bien des cas que l’accès au capital est limité sinon impossible. 

Nous sommes pour notre part très sereins à ce sujet.  Crédit Agricole SA est au premier rang des banques françaises cotées par le ratio Tier 1 :  8,9%, après augmentation de capital.

De quelle manière envisagez-vous le positionnement du groupe dans l’après crise ?
Notre présence à l’extérieur de la France est le reflet de la forte solidité du groupe que ce soit dans la banque de détail, dans l’assurance, les services financiers, le crédit à la consommation.

S’agissant de la banque de financement et d’investissement, Calyon, nous projetons l’annonce d’un plan de réorientation stratégique sur des lignes particulières et précises le 10 septembre prochain. L’idée est alors de tirer les leçons de la crise, de nos faiblesses et aussi de nos forces et de nos atouts.

Diriez-vous que le secteur d’investissement pour le groupe est en crise ?
Nous avons été impactés différemment, selon notre expérience, notre volonté de nous développer.

Pour autant si nous considérons une société comme Calyon, nous avons réussi à cerner et à circonscrire nos difficultés.
Par ailleurs, il faut bien distinguer dans les activités de la BFI, les métiers de marché et les métiers de financement. Dans ce dernier pôle d’activité, tous nos objectifs ont été atteints.

Quelles ont été les répercussions de la crise financière dans vos activités d’asset management ?
Contrairement à d’autres, nous n’avons pas été impactés négativement par la crise.
Je pense que les troubles qui ont caractérisé les marchés ces derniers mois ont incité un certain nombre de nos clients à sécuriser leur portefeuille.

Quelles sont vos perspectives pour la fin de l’année ?
Nul n’est aujourd’hui en mesure de dire catégoriquement quelle est la réalité économique exprimée par les dépréciations d’actifs qu’il subit. Si on regarde le cas de Meryll Lynch, il y a vraisemblablement une incompatibilité entre les deux sphères.

Les actifs liés aux prêts consentis aux Etats-Unis et que nous avons rachetés n’ont certainement  pas un remboursement égal à zéro.Par ailleurs, des éléments exogènes liés au contexte économique global sont à prendre en compte : le niveau de l’inflation, la hausse des matières premières ...

Aussi, il est prématuré de dire avec précision ce que seront nos comptes au 31 décembre.

Ce que l’on peut dire à ce stade, c’est que nous avons les compétences et la solidité financière pour continuer à bien performer  par rapport au marché dans son ensemble.

Le groupe fait-il face à une situation de crédit crunch ?
Une situation de crédit crunch est avérée lorsque la banque se retrouve dans l’incapacité de prêter. Ce n’est clairement pas notre cas. La croissance de nos encours de crédits est supérieure à 10%.
Nous avons anticipé depuis janvier qu’il y aurait un certain nombre de secteurs qui subiraient un impact plus prononcé de la crise économique.Nous avons dans ces secteurs soit cédé des actifs, soit laissé des actifs s’amortir. Nous avons en cela opéré une gestion rigoureuse des risques.

Il n’y pas de notre part une posture de restriction des crédits.
Ceci étant, on observe une diminution des ventes dans le logement neuf de 30%, nous supposons qu’il y aura un impact à terme sur l’activité de crédits au logement. Ce n’est pas là l’initiative des banques mais la conséquence de la situation économique.

Enfin, les marges dégagées rémunèrent correctement le risque et la remontée du coût de la liquidité. C’est un point non négatif pour ce qui est de la rentabilité des banques.

Propos recueillis par Imen Hazgui 

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