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Interview de Antoine Lissowski : Directeur financier de CNP Assurances

Antoine Lissowski

Directeur financier de CNP Assurances

La fuite des clients vers la qualité et la sécurité a profité à notre groupe

Publié le 06 Mars 2009

Pourriez-vous nous faire quelques commentaires concernant les résultats de la société pour l'année 2008 ?
Il est important de retenir que nous avions prévu d'avoir un résultat courant qui progresserait au  moins de 10 %. Finalement nous avons atteint un niveau de 26 %.
Si nous retirons les reprises de provisions faites au premier semestre ce résultat revient à + 13 %.

La solidité affichée du groupe s’explique principalement par la forte augmentation de nos encours. Ils ont représenté en 2008, 88 % des sources des produits d'assurance.

De plus, la sinistralité dans nos métiers de risques est restée extrêmement maîtrisée.

La croissance importante de nos activités au Brésil même si celles-ci ne sont pas majoritaires en termes de volume de production, compte tenu des niveaux de marge qui existent, a également contribué à soutenir la bonne qualité de nos résultats.

En 2008, la zone d'ombre provient principalement de l'impact des éléments de fair value sur le portefeuille qui nous a coûté une série d’impairments sur le portefeuille actions, certains CDO, des produits Lehman et une série de moins values sur le portefeuille trading.

Comment expliquez-vous le dynamisme de vos encours ?
Il faut avoir présent à l'esprit que dans la conjoncture actuelle, les clients particuliers ont recherché la qualité pour leurs investissements et la sécurité pour les produits de risques et de retraite.
Cette fuite vers la qualité et la sécurité a profité à notre groupe qui est très sûr intrinsèquement et qui s'inscrit dans le secteur public.
Il est alors relativement normal que les clients se soient orientés vers les produits d'assurance-vie du groupe CNP en période de turbulences sur les marchés financiers.

Parmi les incidents qui se sont déroulés en 2008, il y a la faillite de Lehman et l'affaire Madoff. Quelles ont été les répercussions de ces événements sur les résultats de la société ?
Nous avons été quelque peu exposés à la faillite de Lehman. Nous avions eu égard à cet important établissement différents engagements. L'impact a été convenablement absorbé.

Nous avions une exposition indirecte très minime sur Madoff. Les produits très sécurisés que nous offrons à travers nos contrats d'assurance-vie en unités de compte sont gérés par des professionnels qui ont su éviter le risque Madoff de manière systématique.

S'agissant des perspectives pour l'année 2009, de quelle manière appréhendez-vous les répercussions de la baisse de la collecte des contrats d'assurance-vie en unités de compte sur le marché français et sur le marché italien ? De quelle manière envisagez-vous d'absorber ces chocs ?
CNP assurances est leader du marché du contrat d'assurance-vie en euros en France et est un acteur relativement modeste s'agissant des contrats d'assurance-vie en unités de compte.
Le fait que l'intérêt du client se reporte sur les euros va globalement nous affecter mais moins que nos concurrents car quelque part nous avons moins à perdre.

Ce leadership en euros nous permet également de rattraper des primes sur le marché italien. La gamme des produits italiens a en effet été totalement bouleversée. Nous avons depuis le début de l'année une commercialisation solide de nos produits en euros que nous avons introduits chez Unicredit Vita dans le courant du dernier trimestre de l'année 2008.

Ainsi notre ligne de force historique nous sert aujourd'hui comme moteur pour  répondre à des clients quelque peu perturbés par la variation des bourses. 
C'est aujourd'hui un atout dans un monde troublé par les variations de la bourse que d'offrir des produits moins affectés par ces turbulences.

Avez-vous une visibilité suffisante pour fixer des objectifs en termes d'encours ?
Lorsque nous discutons avec l'ensemble des assureurs et dans les salles des instances professionnelles, nous nous apercevons que les fourchettes d'anticipation sont très larges. Nous avons dès lors une préférence pour avoir une gestion très pragmatique, très  shortermiste de nos activités en regardant où se porte le marché et notamment en ce moment en ce qui concerne la France, en tentant de profiter de la baisse des taux courts, en particulier du taux du livret A.

Vous pensez donc que du fait des taux bas des produits à court terme, les clients vont se réorienter vers les contrats d'assurance vie ?
Tout à fait, notamment dans les réseaux qui avaient auparavant du livret A au détriment des réseaux qui vont tenter de prendre une part du marché du livret A et qui donc devraient moins vendre de contrats d'assurance-vie cette année.

La crise financière et la crise économique remettent-elles en cause substantiellement le déroulement de votre plan stratégique ?
Notre propos est de dire que les éléments de force pris en compte dans notre plan stratégique (telles que la gestion des encours, la faiblesse des coûts...) perdurent.

En revanche, nous attendons pour rechiffrer les conséquences économiques et financières de notre stratégie car aujourd'hui nous n'avons pas les paramètres d'environnement.
En particulier dans le domaine des unités de compte, aucune prévision ne peut être raisonnablement établie tant que nous n'aurons pas un retour au calme sur les marchés.

Ceci étant, nous sommes d'avis qu’aujourd'hui le marché donne plutôt raison aux acteurs très spécialisés qui se sont beaucoup diversifiés et qui ont été très rigoureux sur la gestion financière et la gestion des coûts.

Vous avez annoncé une baisse du taux de participation aux bénéfices donnés aux clients. Pour quelle raison ?
Nous avons une politique qui consiste à serrer l'ensemble de nos coûts.
Dans ces charges il y a la rémunération attribuée aux assurés sur l'année 2008. Nous avons effectivement souhaité réduire cette rémunération davantage que la moyenne du marché. Nous avons voulu par là maintenir une capacité à servir durablement des rendements de bonne qualité plutôt que d'utiliser toutes nos réserves tout de suite.
Ce n'est pas le seul acte de réduction des charges auquel nous avons procédé.

Justement une étude récente vient de mettre en avant le fait que vous étiez l’assureur qui avait eu la meilleure gestion des charges en Europe en 2008…
Nos charges administratives sont budgétées à aucune croissance pour l'année 2009. Elles avaient connu une croissance très faible de 1 % en 2008.
Nos charges de distribution des produits d'épargne individuelle ont également baissé car nous sommes dans une logique de coûts variables dans ce domaine : moins de distribution signifiant automatiquement moins de charges.

Faut-il s'attendre à une baisse des effectifs.
Non.

Où en êtes-vous s'agissant de l'éventuel partenariat avec Malakoff ?
Nous sommes aujourd'hui dans des conversations très approfondies avec Malakoff  Mederic.
Chaque étape de notre conversation aboutit à un accord de principe. En cela nous avons des succès progressifs suite à nos entretiens.

Nous pensons dans les prochaines semaines pouvoir faire connaître publiquement un niveau d'accord plus développé.
Des problématiques d'évaluation, de valorisation ont vocation à se poser. Mais ils seront traités une fois que les comptes de part et d'autre seront analysés.

Quels sont vos autres projets en termes de partenariats pour l'année 2009 ?
Pour l'instant nous nous concentrons surtout sur le projet Malakoff. C'est un très grand sujet. Cela correspond à la mise en commun d'un métier important dans l'entreprise, celui de la retraite collective.
C'est également un point majeur pour le marché français car cette alliance vise à lui donner un partenaire important pour le développement de la retraite que ce soit la retraite collective ou la retraite individuelle.
Dans le contexte où nous sommes, avec les interrogations sur les systèmes publics de retraite, ce partenariat qui devrait certainement être appuyé par la Caisse des dépôts, ouvre une perspective utile pour nos concitoyens.

Vous avez mis en avant le décalage entre la valeur intrinsèque du groupe supérieure à 70 euros et le cours boursier...
La valeur intrinsèque est un mode de calcul qui reflète à notre sens sincèrement le prix des actifs et des passifs de l'entreprise.

Comme le marché, pour un certain nombre de raisons, se méfie de l'ensemble des valeurs financières, toutes les compagnies d'assurances sont aujourd'hui cotées en dessous de la valeur intrinsèque publiée.

Nous pensons cependant que les qualités propres de notre bilan et la transparence de notre publication justifient que la décote soit beaucoup plus limitée que chez nos concurrents.

Un dernier mot pour vos actionnaires ?
La politique de CNP assurances aujourd'hui est très clairement de pouvoir traverser une crise éventuellement longue en bonne santé.

Propos recueillis par Imen Hazgui

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