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Interview de Antoine  Lissowski : Membre du directoire et directeur financier de CNP Assurances

Antoine Lissowski

Membre du directoire et directeur financier de CNP Assurances

La capacité de la société à absorber les chocs tout en continuant à produire de la valeur est confirmée

Publié le 25 Février 2010

Quelques commentaires sur vos résultats annuels ?
2009 a vu un relatif rétablissement des marchés financiers en fin d’année,  ce qui a permis à CNP Assurances d’atteindre un résultat d’un milliard d’euros tout en ayant renforcé ses provisions et en ayant mis à jour les niveaux de dépréciation nécessaires sur les activités en Italie.

On remarque un contraste entre le résultat net et le résultat brut d’exploitation, engendré par des éléments exceptionnels. Est-ce à dire que nous devrions nous attendre à un RBE plus élevé en 2010 ? 
La baisse du RBE a deux sources précises : une reprise de provisions de l’année dernière qui crée un effet de base élevé pour plus de 220 millions d’euros ; et une diminution du rendement des actifs financiers pour compte propre. Nous n’escomptons pas une poursuite de la baisse sur les exercices suivants. Nous resterons au moins au niveau de 2009.

La pression exercée sur les marges se veut-elle structurelle ?
Nous avons trois grands métiers, épargne, retraite et risques. Dans le métier risques, la baisse est due à la dégradation de la conjoncture qui a pour effet une montée importante du taux de chômage, provoquant ainsi une aggravation de la sinistralité. Nous agissons de manière à faire face à cette situation.

Le métier retraite a vocation à reprendre de l’élan. Le métier épargne rapporte le même montant de marge brut pour CNP Assurances que l’année 2008. Le seul impact négatif intéresse les campagnes promotionnelles qui ont été faites qui représentent moins de neuf millions d’euros de coûts.

Les résultats ont nomment été affectés par une faible collecte dans les supports en unités de compte. L’année 2010 s’annonce-t-elle meilleure ?
Les clientèles de nos partenaires ont été très réticentes à la prise de risque depuis la chute des marchés de 2008-2009. La production en unités de compte s’est alors avérée historiquement basse.

Ceci étant, nous avons pu noter à partir de décembre un retour en grâce des unités de compte. Ces dernières ont dépassé 10% de la production de l’un des deux réseaux.
Les premiers résultats de janvier semblent confirmer la tendance haussière. Même sans atteindre les niveaux élevés des années antérieures à la crise, nous atteindrons en 2010 une collecte supérieure à celle de 2009 dans ce pôle.

La valeur intrinsèque du groupe mesurée par la MCEV (Market Consistent Embedded Value)  du groupe, qui s’élève à 78,19 euros, est largement supérieure au cours de bourse. Peut-on s’attendre à une compensation du décalage en 2010 ?

Cela dépendra de l’appréciation que le marché fera de manière générale de la valeur intrinsèque  des compagnies d’assurance et des perspectives. 

Toutefois, nous pensons que la solidité de notre modèle que nous démontrons par le biais des chiffres,  notre bonne capitalisation notamment dans la perspective des dispositions de Solvency II, ne justifient pas une telle décote. Il serait logique que le marché en tire des conséquences.

De quelle manière appréhendez-vous les nouvelles dispositions de Solvency II ?
Le dispositif est beaucoup plus exigeant pour l’ensemble du monde de l’assurance que le dispositif Solvency I que nous pratiquons aujourd’hui.
Pour l’ensemble des acteurs et pour CNP, vivre dans un environnement plus exigeant et plus volatil est source de difficultés. Cela dit, CNP est bien positionné aujourd’hui. Le modèle d’évaluation de Solvency II prend bien acte du fait que CNP Assurances a une maitrise très solide de ses risques.

Vous avez procédé à des modélisations pour envisager la soutenabilité des exigences pour le groupe. Quelles ont été les principales conclusions ?
Avec la norme Q IS 4, dans la précédente série de tests, fin 2007, la couverture de CNP s’élevait à 380% alors que celle du marché français était à 260%. Fin 2008, la couverture était de 305% alors que le marché français était à 177%.  La crise était passée par là.
Avec la norme Q IS 5, le marché français a un taux de couverture actuel de 62% sans tenir compte des dettes subordonnées dont on ne connaît pas encore le sort. A cette aune, notre propre taux de couverture est de 100%. Si on tenait compte des titres subordonnés dans le passif, le marché français serait à un taux de couverture de 87% et nous serions à 120%. 

Il est certain que nous préférons être dans une zone de 300% que dans une zone de 100%. Mais en soi, nous abordons le sujet avec une certaine sérénité. Même sans trahir les mesures de risques posés, utiliser convenablement les éléments de passif existant en Solvabilité I pour couvrir le bilan dans les prochaines périodes, nous aurions un taux de couverture qui demeure raisonnable.

Un pilotage plus rigoureux des fonds propres vous conduit à miser sur les partenariats plutôt que de la croissance externe ?
La règlementation Solvency II et IFRS (pénalisantes en matière de goodwill en l’absence d’une forte croissance) pousse à envisager plus souvent des alliances avec des investissements capitalistiques faibles parce que la solidité de CNP Assurances est suffisamment attractive pour que d’autres acteurs souhaitent pouvoir négocier avec le groupe sans que la question de la montée dans le capital d’une société particulière ne se pose préalablement. 

Est-ce à dire à ce stade de l’année qu’il n’y aurait pas d’acquisition à annoncer pour 2010 ?
Rien n’est prévu à ce jour.

Quels sont les domaines dans lesquels vous souhaitez accentuer vos partenariats ?
Nous envisagerions le domaine de la dépendance et plus généralement de prévoyance. C’est une préoccupation majeure pour les Français et nous avons des expériences confirmées sur longue période pour assurer les gens par rapport à leur risque de dépendance. Nous sommes essentiellement focalisés sur la France, étant donné le débat politique de l’année.

Un dernier mot pour vos actionnaires ?
Nous avons franchi la période la plus difficile, 2008-2009, sans encombre. Aujourd’hui la capacité de la société à absorber les chocs tout en continuant à produire de la valeur est avérée. Dans cet environnement troublé, nous pensons constituer un pôle de stabilité pour  les acteurs qui veulent être bien positionnés. 

Les capitaux propres sont passés de 10,38 milliards d’euros en début d’année à 11,548 milliards d’euros en fin d’année. Il reste un peu plus de 800 millions d’incorporels.

Propos recueillis par Imen Hazgui

 

imen

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