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Interview de Laurent Quignon : économiste à BNP Paribas

Laurent Quignon

économiste à BNP Paribas

Les opérations initiées par les banques européennes ont mobilisé au total 192Mds$ en 2006 contre 121Mds en 2005

Publié le 07 Mars 2007

Quelle a été l'importance des restructurations bancaires européennes en 2006 ?
Les opérations initiées par les banques européennes ont mobilisé au total 192 milliards de dollars en 2006 contre 121 milliards en 2005. Le niveau historique de 2000 (161 milliards) a été franchi.

Qui sont les principaux acquéreurs ? Et quels ont été les principaux pays d’accueil ?
S’agissant des fusions transfrontières, les principaux acquéreurs en 2006 étaient déjà des acquéreurs actifs les années précédentes. Les groupes français BNP Paribas (acquisition de l’italien Banca Nazionale del Lavoro pour 9 milliards d’euros), Crédit Agricole (acquisition des réseaux Cariparma et Friul Adria en Italie pour 5,9 milliards d’euros) et le hollandais ABN AMRO (finalisation du rachat de l’italien Antonveneta pour 3,6 milliards d’euros) appartiennent à cette catégorie. Certains établissements de taille moyenne, notamment danois (Danske Bank a racheté la banque finlandaise Sampo pour 5,2 milliards d’euros), autrichiens (Erste Bank a acquis Banca Comerciala Romana pour 3,7 milliards d’euros) ou grecs (la Banque Nationale de Grèce a acquis l’établissement turc Finansbank pour 2,8 milliards de dollars) ont procédé à des acquisitions en dehors de leur marché domestique pour des montants relativement élevés.
Le marché italien a mobilisé l’essentiel des opérations non seulement transfrontières mais également à l’intérieur des frontières. L’Europe de l’Est (Roumanie, Turquie) a aussi constitué une zone de conquête importante.

Quelle a été l'opération la plus importante de cette année ? Et quelles sont ses principales caractéristiques ?
La première opération domestique et la première opération transfrontière ont toutes deux concerné le marché bancaire italien : le rapprochement entre Banca Intesa et San Paolo (27 milliards d’euros) et le rachat de Banca Nazionale del Lavoro (BNL) par le français BNP Paribas (9 milliards d’euros).

Quelles sont les activités bancaires qui ont le plus bénéficié de ces opérations de restructuration ?
A l’évidence, c’est la banque de détail. Elle représente le cœur de métier des groupes transalpins impliqués dans une fusion. Cela étant, Banca Intesa et San Paolo Imi ont un profil d’activité plus universel que BNL, qui est largement orientée vers le retail. Globalement, la banque de détail et les métiers de la gestion d’actifs font partie des priorités stratégiques. Le deuxième est toutefois plus globalisé que le premier, qui reste fondamentalement national.

On constate un très sensible redémarrage des opérations domestiques en 2006. Cela témoigne-t-il du fait que la consolidation domestique n'est pas achevée ?
Oui, notamment en Italie et en Allemagne où les marchés bancaires demeurent fragmentés. En Allemagne, la suppression, en juillet 2005, de la garantie d’Etat dont elles bénéficiaient, a encouragé les Landesbanken (banques régionales publiques) à rechercher de nouveaux modèles de développement. La vague de privatisations partielles qui touche ces établissements accroît la perméabilité entre les secteurs bancaires public et privé. En Italie, un très grand pas a été accompli en 2006. Le changement de statut des établissements mutualistes souhaité par le gouverneur de la Banque d’Italie pourrait ultérieurement relancer le processus.

Quels sont les principaux facteurs qui ont conditionné les stratégies d'internationalisation?
Nous identifions cinq grandes forces structurantes : l’aboutissement des processus de consolidation domestique qui incite à élargir géographiquement le jeu, l’intérêt à agir rapidement pour chaque établissement afin de ne pas laisser échapper des opportunités, la bonne santé financière des grandes banques européennes, le potentiel offert par Bâle II et enfin, le glissement progressif des politiques des champions nationaux vers celles des champions européens.

Parmi les forces structurantes, vous faites allusion au potentiel de synergies financières offert par Bâle II. Pourriez-vous nous préciser de quoi il s'agit ?
Les nouvelles normes prudentielles libèrent du capital dans la banque de détail, en allégeant les exigences en capitaux propres destinées à couvrir d’éventuelles pertes. L’acquisition de banques de détail par des groupes bancaires plus diversifiés permet de réallouer les capitaux propres ainsi libérés vers des activités pour lesquelles les exigences ont été au contraire relevées, comme le trading par exemple.

Quelles sont les principaux obstacles qui continuent à freiner l'extension du mouvement de restructuration ?
Les principaux obstacles demeurent l’insuffisante harmonisation légale et réglementaire ainsi que les différences culturelles sur les marchés de la banque de détail. La levée progressive de certains de ces obstacles sur le moyen terme pourrait donner néanmoins raison à ceux qui ont choisi de se lancer assez tôt dans des opérations de croissance externes jugées de prime abord audacieuses.

Vous indiquez que la Commission européenne oeuvre afin de faciliter les fusions transfrontières d'établissements financiers, et ce de manière à constituer des champions paneuropéens capables de rivaliser avec les champions américains. Où en est-on ?
Aujourd’hui, l’absence de transparence et de règles suffisamment précises dans le traitement des projets de fusions-acquisitions par les autorités de surveillance freine la construction d’un marché unique. La Commission européenne a présenté le 12 septembre 2006 un projet de directive qui revoit les prérogatives des superviseurs nationaux en matière de fusions transfrontières. L’idée est d’harmoniser les critères de décision des autorités nationales compétentes pour autoriser, ou non, de telles opérations.

Quelle a été l'importance des acquisitions dans les pays émergents, notamment en Chine et en Inde ? Quelles sont les perspectives pour 2007 dans ces deux zones ?
Au regard de l’ensemble des opérations effectuées en 2006 (192 milliards d’euros), les acquisitions des banques d’Europe continentale en Chine (1,5 milliard d’euros) et en Inde (53 millions d’euros) sont demeurées très modestes. Il convient néanmoins de souligner que parmi les quatre opérations initiées par des banques européennes vers l’Inde, deux ont été le fait de banques françaises (BNP Paribas et Société Générale). Le potentiel important de développement de ces zones, la vague de privatisations partielles et la levée des restrictions réglementaires pourraient entraîner l’élargissement des flux d’investissement en 2007.

Comment se situent les banques européennes par rapport à leurs concurrentes américaines et japonaises en ce qui concerne l’implantation dans les zones à forte capacité de croissance ?
Les banques européennes ont privilégié assez tôt certaines zones émergentes. Les banques espagnoles sont, pour des raisons culturelles, bien implantées en Amérique latine. Les banques allemandes et françaises possédaient déjà plusieurs implantations en Europe de l’Est lorsque les géants américains ont commencé à s’y intéresser. La concurrence entre les prédateurs se traduit aujourd’hui par la raréfaction et le renchérissement des cibles de taille raisonnable. A titre d’exemple, Citigroup a acquis, en novembre 2006, 20% du capital de la banque turque Akbank pour un montant de 3,1 milliards d’euros, représentant 3,6 fois les fonds propres alors que les «Price to Book Ratios» des banques de la région oscillaient entre 1 et 2 fois avant 2004.

Propos recueillis par I.H.

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