France/ Allemagne : à chacun sa rigueur
(Easybourse.com) Quand l'Allemagne vote un plan d'économie de 80 milliards d'euros sur 3 ans, la France vise les 10 milliards en 2011 et se concentre sur les niches fiscales.
La nécessité des réformes est acceptée par l'ensemble de la zone euro. Mais tout le monde n'y met pas le même enthousiasme selon les pays. Alors que les allemands lancent la grosse artillerie, la France se montre plus modeste et porte ses mesures de la rentrée sur les niches fiscales de l'épargne. Comparons les deux modèles.L'Allemagne, rigueur ou rigidité?
Actuellement, l'Allemagne est portée au pinacle. Son modèle et sa réussite économique font figure d'exception au sein de la zone euro. Mais, c'est bel et bien le fruit d'efforts de longue durée. Les entreprises et les ménages outre-Rhin ont contribué et ont subi des mesures drastiques. Gerhard Schröder a initié le mouvement à partir de 2003. Et ce sont ces efforts communs dans le privé et le public, qui ont permis à terme l'embellie de l'économie allemande. Pour le deuxième trimestre, le PIB allemand affiche une croissance de 2,2%, il pourrait dépasser les 3% sur un an. Mais la cure d'austérité ne s'arrête pas pour autant. Alors qu'en France de tels résultats nous auraient galvanisés, les allemands eux préfèrent remettre le couvert et en redemandent.
L'Allemagne vient d'adopter le plan le plus drastique depuis la seconde guerre mondiale avec 80 milliards d'euros d'économies d'ici 2014. Pour le ministre des Finances Wolfgang Schäuble, «l'assainissement des finances publiques est une condition indispensable à une croissance économique pérenne». Tous les secteurs sont de nouveau concernés. Cela va de l'instauration d'une taxe sur les billets d'avion, à la réduction des prestations aux jeunes parents, aux chômeurs de longue durée, sans oublier des coupes dans le budget de la défense avec la suppression de 40 000 postes et 10 000 à 15 000 emplois dans la fonction publique qui devront disparaître avant 2014, ou encore la réforme de la législation sur les faillites qui devrait assurer plus de recettes au fisc.
La France mise sur les niches fiscales
Pour l'instant le gouvernement en France n'a osé qu'une seule mesure, s'attaquer aux niches fiscales. Il y a bien sûr la réforme de la retraite, mais rappelons que nous négocions pour un départ à 62 ans contre 65 ans en Allemagne (qui sera porté progressivement à 67 ans).
Depuis ce début de rentrée, les mesures annoncées concernent principalement les avantages fiscaux liés à l'épargne des ménages, en particulier celle placée en assurance-vie. Le gouvernement lorgne sur cette manne qui devrait rapporter 3,2 milliards d'euros par an pour aider à rembourser la dette de la sécurité sociale.
L'explication de Bercy est simple, les assureurs et les mutuelles sont «les secteurs d'activités les plus intimement liés à la sécurité sociale et qui ont le plus intérêt à ce que cette dernière ne se casse pas la figure financièrement».
Ainsi, les prélèvements de contribution sociale généralisée (CSG) et de contribution au remboursement de la dette sociale (CRDS) sur les contrats mixtes seront annualisés alors qu'ils devaient jusqu'à présent être acquittés au dénouement du contrat. Cette mesure rapportera 1,6 milliard d'euros par an.
Ensuite, les contrats de mutuelle de santé « solidaires et responsables » jusqu'à présent exonérés d'impôt seront assujettis à une taxe de 3,5% pour un gain de plus d'un milliard d'euro. Pour finir, le gouvernement prévoit d'appliquer un impôt sur les sociétés aux réserves de capitalisation que les assureurs sont tenus de constituer pour amortir les variations de taux d'intérêt. Pour un tout de 3,2 milliards d'économies. Mais, le gouvernement n'a pas dit son dernier mot, il a annoncé 10 milliards d'économies.
Stéphanie Villers
Publié le 02 Septembre 2010





