Dette publique : le laxisme français remis en question
(Easybourse.com) Le déchainement de la crise économico-financière qui continue de secouer l'Europe, au point que la France a même fini par perdre son précieux triple A, a été et est toujours l'occasion pour nombre d'experts et de politiques de venir dénoncer le train de vie dispendieux des Français depuis 30 ans. Mais certains chiffres officiels jettent un doute tenace sur cette vision rigoriste que plusieurs économistes tentent aujourd'hui de ramener à une juste réalité: la profondeur de la dette publique ne serait pas le fait de dépenses somptuaires mais bien le résultat d'une réduction continue des recettes. Explications.
Organisée dimanche 15 janvier par l'Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne [Attac], la journée de débats autour du thème "Leur dette, notre démocratie" a été l'occasion pour les économistes Geneviève Azam et Thomas Coutrot, de revenir sur le discours dominant sur l'endettement public de la France, lequel consiste simplement à marteler que les Français vivent à crédit depuis 30 ans.Si la plupart des experts et des politiques considèrent cet argument comme une évidence, il apparait que certains chiffres très officiels infirment cette observation. Il n'y a qu'à se tourner vers Bercy pour en avoir le cœur net. Ainsi, comme l'ont rappelé les économistes d'Attac, le rapport sur "La dépense publique et son évolution", publié par la ministère de l'Economie et des Finances, précise que "la part des dépenses publiques dans le PIB français est passée de 52,8% dans les années 1990 à 52,9% dans les années 2000".
Les dépenses étant restées assez stables, il apparait que la réduction des recettes a creusé les déficits.
Pour mémoire, la dette publique de la France [dette brute de l’ensemble des administrations publiques françaises] représente la totalité des engagements financiers, sous formes d'emprunts, pris par l’État, les collectivités territoriales et les organismes publics français (entreprises publiques, certains organismes de sécurité sociale…). "Au sens de Maastricht" cette dette estimée par l'Insee atteignait pour la fin du 3ème trimestre 2011, 1 688,9 milliards d'euros, soit 85,3% du PIB, contre 64,2 % du PIB à la fin de l'année 2007 
A en croire le député UMP Gilles Carrez, également rapporteur du Budget à l'Assemblée Nationale, le coût global des exonérations ou réductions d'impôts accordées dans les années 2000 atteint ainsi la somme fabuleuse de 100 milliards d'euros. Déjà mal en point, la trésorerie de l'entreprise France a également dû supporter la chute brutale des recettes publiques consécutive à la crise financière.
A quoi les économistes du collectif Atterrés, dont Henri Sterdyniak, ajoutent les aides massives des Etats accordées fin 2008 aux acteurs du privé -les banques et les hedge funds en particulier- et qui ont fait exploser les déficits.
Points de vue divergents, solutions différentes
Alors que les politiques se concentrent fiévreusement sur les moyens de restaurer le triple A français, et n'annoncent pour cela qu'une nécessaire réduction drastique des dépenses, les tenants d'une vision moins culpabilisante pour le contribuable français estiment qu'il faudrait non seulement réduire les dépenses de l'Etat, mais également réformer notre système fiscal afin de le rendre plus juste et re-distributif.
Les discussions autour de la réforme du quotient familial en sont un exemple parmi d'autres. Reste qu'au-delà des questions d'ordre politique, il est établi que sans recettes suffisantes, il n'est point de salut durable.
La question se pose également de savoir si la France, sinon l'Europe, a bien fait de choisir de se financer sur les marchés, ce qu'elle fait depuis les années 1980. Car contrairement aux sanctions que Nicolas Sarkozy déclarait vouloir imposer aux agences de notation en 2008, la perte du triple A français et ses conséquences n'ont fait que démontrer le pouvoir toujours prégnant des agences et plus largement, du marché.
Enfin un autre problème majeur pointe à l'horizon, celui de la croissance. Dans une analyse publiée lundi, Patrick Artus, chef économiste de Natixis, assure que "l'affaiblissement de la croissance à court terme dû aux politiques budgétaires n'aurait pas de conséquence grave sur la solvabilité budgétaire de la France si la croissance potentielle du pays était plus forte". Tout le problème est là, car, juge-t-il, la croissance française devrait "être de l'ordre de 1% par an au mieux", ce qui lui parait insuffisant pour compenser "la croissance quasi-nulle de 2012 en France".
A l'aune des ces considérations, les débats en cours autour de la TVA sociale, dont l'objectif vise à réduire le coût du travail pour renforcer la compétitivité des entreprises françaises, apparaissent pour le moins pertinents.
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Publié le 17 Janvier 2012
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