Bon cru pour les profits du CAC 40, ralentissement en vue
(Easybourse.com) PARIS (Reuters) - Les entreprises du CAC 40 ont dégagé près de 100 milliards d'euros de bénéfices en 2006, profitant de la croissance internationale tout en faisant face à la hausse des prix de l'énergie et des matières premières.
Cette hausse de 10,4% des profits est cependant nettement moins élevée qu'en 2005 (+26,4%) et certains spécialistes anticipent un nouveau ralentissement en 2007.
Les entreprises du CAC ont dégagé un bénéfice net cumulé de 97,39 milliards d'euros, contre 88,21 milliards en 2005, selon un calcul réalisé par Reuters à partir des comptes publiés de 38 valeurs de l'indice phare de la place parisienne. Il intègre les bénéfices attendus (selon Reuters Estimates) de Pernod-Ricard et d'Alstom, qui publieront respectivement leurs comptes décalés 2006-2007 le 15 mai et le 20 septembre.
Le chiffre d'affaires cumulé s'est pour sa part établi à 1.135 milliards, contre 1.042 milliards un an plus tôt (+8,9%).
Total arrive une nouvelle fois en tête du classement, avec un bénéfice de 11,77 milliards, devant BNP Paribas (7,3 milliards) et Sanofi-Aventis (7,04 milliards).
2006 a été un excellent cru pour les grandes entreprises du CAC 40. Il faut toutefois apporter un léger bémol, puisque leurs profits (...) ont globalement progressé moins vite que ceux de leurs concurrents européens, déclare à Reuters Pierre Sabatier, stratège chez FactSet.
Les bons résultats de 2006 s'expliquent notamment par des croissances européenne et mondiale solides et par un contrôle rigoureux des coûts, qui a permis aux grands groupes français d'absorber ou de répercuter dans leurs prix la hausse des matières premières et du pétrole.
Il ne faut pas chercher les raisons de la bonne santé de ces multinationales dans leur économie nationale, indique Pierre Sabatier, observant que près de 60% du chiffre d'affaires des entreprises du CAC 40 sont réalisés hors de France.
Les entreprises ont maintenu leurs marges, souvent grâce à des hausses de prix limitées mais qui ont permis d'aller chercher 100 à 200 points de base, ce qui était suffisant, souligne pour sa part Pierre Boucheny, responsable de la recherche chez Kepler Equities.
BELLE PERFORMANCE DES BANQUES
Les valeurs bancaires se sont une nouvelle fois distinguées, en particulier Crédit agricole SA qui a enregistré la plus forte hausse du bénéfice du secteur (+26,4% à 4.920 millions). BNP Paribas (+24,9%) et Société générale (+18,6%) ont également tiré leur épingle du jeu.
Les entreprises dont l'activité est liée aux services collectifs ont également brillé en 2006, en particulier EDF, Vinci, GDF, ou Suez.
L'automobile a en revanche souffert de la hausse des prix des matières premières et de l'énergie. Deuxième plus forte baisse des résultats du CAC, PSA Peugeot Citroën a notamment accusé une baisse de 83% du bénéfice à 176 millions.
EADS a pour sa part subi les mauvaises performances de sa filiale Airbus, qui ont fait chuter son résultat net de 94% à 99 millions d'euros. En 2006, le premier groupe européen d'aéronautique a vu son action reculer de 18,2%, soit la plus mauvaise performance du CAC 40 devant Thomson (-16,3%), STMicro (-16,3%) et Lagardère (-6,2%).
Autre secteur en difficulté, les télécoms, qui ont encore souffert d'un contexte déflationniste. France Télécom a ainsi publié un résultat net de 4.139 millions (-27,5%).
FORTE HAUSSE DES DIVIDENDES
L'exercice 2006 a en outre été marqué par une spectaculaire progression des dividendes versés par les entreprises du CAC.
La tendance à la plus forte rémunération des actionnaires se confirme. Les dividendes ont progressé presque deux fois plus vite que les bénéfices en 2006, souligne Pierre Sabatier, qui estime à 38 milliards le montant des dividendes du CAC (+20%).
Vallourec, qui a distribué près de 35% de ses résultats, ainsi qu'EDF ou Accor par exemple, ont été particulièrement généreux avec leurs actionnaires.
La politique de distribution (...) ne pose pas de problème tant que les mastodontes européens sont assis sur une montagne de cash, ajoute Pierre Sabatier. Toutefois, si les profits commençaient à se tendre, il faudrait distinguer entre ce processus non créateur de valeur et les investissements qui assureront la croissance sur le long terme.
Dans cette optique, un recul des dividendes du CAC est envisageable d'ici deux ans. Reste que les prévisions sont difficiles en raison des incertitudes liées à la croissance mondiale et plus particulièrement américaine.
Un peu comme tous les ans, nous partons sur des schémas assez classiques de progression des résultats d'une dizaine de pour cent, indique Pierre Boucheny, qui table sur une croissance similaire du CAC.
On se situe en fin de cycle en ce qui concerne les profits des entreprises occidentales (...). Pour preuve, le consensus sur les bénéfices prévoit pour l'ensemble des grands indices européens des croissances toutes inférieures à 10%, ce qui est complètement nouveau pour la zone. Pour le CAC 40, il se situe aujourd'hui à +9,2%, souligne pour sa part Pierre Sabatier.
La croissance mondiale pourrait ralentir plus fortement qu'anticipé initialement. Dans ces conditions, les révisions à la baisse pourraient s'accumuler et nous pourrions voir une croissance bénéficiaire moins élevée, entre zéro et +5% dès l'année 2007, ajoute-t-il toutefois, en indiquant tabler sur une progression du même ordre pour le CAC.
Depuis le début de l'année, le CAC 40 avait reculé lundi en clôture de 0,82% à 5.496,07 points.
par Benjamin Mallet
Publié le 13 mars 2007







