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Patrons: la fin des bonus ?

Patrons: la fin des bonus ?

(Easybourse.com) En 2009 comme en 2008, la baisse des résultats des entreprises a eu un impact sur la rémunération variable des mandataires sociaux. De nombreux dirigeants de grands groupes ont annoncé qu’ils renonçaient à leur bonus. Faut-il y voir un changement de cap après l’inflation délirante des salaires observée avant la crise ? Ou les patrons tentent-ils simplement de faire bonne figure en attendant de  renouer avec leurs mauvaises pratiques ? Les actionnaires ont-ils leur mot à dire dans la fixation des rémunérations ? Eléments de réponse.

Interview de Philippe Houillon

Interview

Philippe Houillon
Député
du Val d'Oise

Qu’arrive-t-il aux grands patrons ? Plutôt discrets d’ordinaire sur leurs salaires, les voici qui rivalisent d’annonces sur leurs émoluments, revus en forte baisse cette année en raison des résultats mitigés de leurs entreprises.

Le directeur général d’UBS, Oswald Gruebel, vient ainsi de diviser son salaire par trois et de renoncer à tout bonus pour l’année écoulée. Le patron de la première banque suisse ne touchera « que » 850 000 francs (environ 600 000 euros) au lieu des 3 millions qui lui étaient dus.

Outre-Manche, les patrons de Royal Bank of Scotland et Lloyds Banking Group, en partie nationalisées, ont fait des annonces similaires tandis qu’en France le PDG de la Société Générale, Frédéric Oudéa, a tiré un trait sur son bonus, ses actions gratuites et ses stocks-options. Il faut dire qu’il avait essuyé le feu des critiques l’année dernière lors de la présentation d’un plan de stocks-options particulièrement généreux, qui avait dû être annulé ne dernière minute.

[EXERGUE]
D’autres secteurs que la banque sont concernés. Chez L'Oréal, qui a souffert de la crise mais moins que la plupart des autres groupes du CAC 40, Lindsay Owen-Jones a renoncé à son bonus de 900 000 euros et s’est contenté de son salaire de 1,5 million. Pour l'année 2010, le président du numéro un mondial des cosmétiques poursuit son effort puisqu’il a demandé que son salaire fixe soit diminué à 1 million d'euros, et que son bonus soit supprimé.

Quant au géant pétrolier Shell, victime d’une chute de 75% de son bénéfice net en 2009, il a gelé les salaires de ses principaux dirigeants jusqu’en 2011 et entend «faire preuve d'une retenue appropriée dans l'environnement économique actuel », a indiqué le président du comité des rémunérations du groupe.

Entre 100 et 200% du salaire fixe

Mais les patrons ne font pas tous preuve de la même modération. Le PDG de JP Morgan Chase, Jamie Dimon, a ainsi reçu pour 2009 une prime de quelque 16,5 millions de dollars (12,1 millions d'euros) en options et actions, tandis que son homologue de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, en a touché pour 9 millions (6,6 millions d'euros). Le patron de Deutsche Bank, Josef Ackermann, a été gratifié d’un bonus de 8,2 millions d’euros pour avoir redressé les comptes de la banque, alors qu’il avait renoncé à une somme équivalente l’année dernière.

Dès que les résultats sont là, les bonus refont leur apparition. Sur le CAC 40, ils représentent entre 100 et 200% du salaire fixe des mandataires sociaux. Pour Colette Neuville, présidente de l’association de défense des actionnaires minoritaires (Adam), il serait illusoire, voire contre-productif, de vouloir les supprimer. « Diriger une entreprise en période de crise est plus difficile qu’en période d’euphorie. Lorsqu’un dirigeant fait mieux que ses concurrents, qu’il parvient à augmenter la part de marché de son entreprise dans ce contexte, il n’y a pas de raison de sabrer son bonus», estime-t-elle.

Le pouvoir aux actionnaires ?

Le problème réside dans l’inflation des bonus au cours de la dernière décennie. Selon l’institut français des administrateurs, la rémunération moyenne des dirigeants de grandes sociétés cotées a progressé de 15% par an entre 1997 et 2007 alors que celle des salariés a évolué, sur la même période, de 3% en rythme annuel.

Passée la crise, les salaires des patrons risquent de flamber à nouveau…à moins que les actionnaires décident d’y mettre un frein. Aux Etats-Unis, une loi d’août 2009 a imposé aux sociétés de consulter leurs actionnaires à chaque assemblée générale sur la question des  rémunérations. Une petite révolution, car même si ce vote n’a pas de valeur contraignante, il peut constituer un sérieux avertissement pour la direction,  comme ce fut le cas lors de l’assemblée générale de Shell en 2009.

Les actionnaires s’étaient alors prononcés contre une proposition de plan salarial pour les cadres dirigeants, poussant l’entreprise à revoir de fond en comble sa politique de rémunération.

Pour l’heure, une telle possibilité n’existe pas en France. Les actionnaires se contentent de voter sur  le rapport financier qui aborde de manière très peu détaillée les questions de rémunération. Or, comme le rappelle Jean Aymon Massie, président de l’association française de gouvernement d’entreprise (AFGE), « les actionnaires ne veulent pas  voter contre le rapport financier uniquement pour des raisons qui ont trait à la rémunération des dirigeants. C’est disproportionné. »

L’AFGE milite donc pour l’instauration d’un vote consultatif sur les rémunérations. « Si on donne aux actionnaires la possibilité de s’exprimer, il y aura certainement des votes sanction. Mais c’est un risque à courir si on veut instaurer une réelle gouvernance d’entreprise », assure M. Massie.
Outre les Etats-Unis, d’autres pays se sont engagés dans cette voie. C’est le cas notamment de l’Allemagne, de la Suisse et du Canada.

François Schott



Publié le 18 Mars 2010

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Evidence a dit:

Les financiers sont les principaux destructeurs d'emplois... La seule solution est de créer une nouvelle institution financière d'état liée directement au gouvernement et à la nation (genre Banque Postale). Et laissons tomber toutes les banques "véreuses Les dépôts seront redirigés vers ce nouvel organisme, où ils seront mieux gérés et apporteront beaucoup plus de dividendes, pour le bien du pays. La loi des marchés me parait exiger cela... sinon ! ce sera la zizanie partout en France, et à tous les niveaux : économique, social et politique.

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